Leçons républicaines à l'attention de M. Sarkozy

"La République pour ceux qui l'ont oubliée et pour M. Sarkozy". Ou comment la nouvelle droite met en danger notre héritage commun : la République. [Ce blog n'engage que mes seules opinions personnelles, au titre de la liberté d'expression.]

12 juin 2009

NICOLAS SARKOZY PEAUFINE SON DISCOURS DE CHEF DE PARTI AU CONGRES

Nicolas Sarkozy et Louis XVI, une longue histoire!
Vidéo envoyée par LePostfr

Et n'oublions de remercier le socialiste Jack Lang ayant voté la confusion des pouvoirs, exécutif et législatif, qui permettra à l'hyper-"président" de la République, Premier ministre et chef de l'UMP d'opérer des coups médiatiques devant la représentation élue du peuple, sans débat ni vote...

Belle illustration de l'abolition de l'Etat impartial en France.

Comment réagiront les députés et sénateurs? M. Jack Lang applaudira-t-il debout l'ancien maire de Neuilly-sur-Seine?

L'opposition entonnera-t-elle la Marseillaise comme elle l'avait fait pour s'opposer à la volonté sarkozienne de la priver de son droit d'amendement?

1 Crise politique Article 13
Vidéo envoyée par GroupeSRC

Affaire à suivre...

Posté par Citoyen r j à 08:10 - OPINIONS - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : , , , ,

26 août 2008

NICOLAS SARKOZY FUSILLE LE PREMIER MINISTRE ET ABOLIT L'ETAT IMPARTIAL

La réforme institutionnelle voulue et promue par l'ancien maire de Neuilly-sur-Seine, votée au Congrès grâce à la voix de trop du socialiste Jack Lang, abolit donc de fait la fonction de Premier ministre et, avec elle, celle de président de la République. Au-delà des marchandages avec les partis politiques et de la pseudo-revalorisation du Parlement, c'est surtout à une grave confusion entre les missions de chef du gouvernement et de Président que nous assistons. La magistrature suprême est une nouvelle fois abaissée au rang de gouvernant voire de chef d'une majorité politique, dans le plus profond mépris de l'élection au suffrage universel direct. Pourtant, cette institution de Premier ministre a une histoire, que l'inculte Nicolas Sarkozy méconnaît évidemment. Celle-ci date au moins clairement de Richelieu, lequel souhaitait que la communauté politique, le royaume, fût incarné par un chef d'Etat, le roi, au-dessus des aléas de la vie politique quotidienne et notamment de la guerre civile perpétuelle. Comme il en allait pour le ministre de Louis XIII de la stabilité du royaume, le président de la République imaginé par le général de Gaulle, "au-dessus des partis", ne gouvernant pas mais présidant, incarnait la continuité de la souveraineté populaire, seule origine et transcendance d'un régime républicain mais aussi démocratique, dans lequel le peuple seul demeure in fine souverain. Aujourd'hui, le Président gouverne, comme un simple ministre. Et Nicolas Sarkozy se voit donc bien incapable d'incarner l'autorité transcendante d'une République désormais déboussolée... Peut-être aura-t-il encore plus de pouvoir et d'influence qu'il n'en a déjà, mais l'autorité de la fonction présidentielle en sort gravement affaiblie.

RICHELIEU

"Il est certain encore qu'il se trouve peu de princes

qui puissent seuls gouverner leurs Etats et, de plus,

il y en aurait beaucoup, ils ne devraient pas agir ainsi."

[...]

"L'intérêt du Prince l'oblige à [user d'un ministre suprérieur]

puisqu'il n'y a point d'homme qui puisse servir utilement

le public sans s'attirer la haine et l'envie de tout le monde."

Richelieu_de_Philippe_ErlangerRichelieu,

Testament politique

cité par Philippe Erlanger in Richelieu

.

.

I. UNE REFORME CONSTITUTIONNELLE POUR UN OMNI-PRESIDENT INCOMPETENT

La réforme des institutions voulue par Nicolas Sarkozy a donc été votée au Congrès avec une voix d'avance, celle de M. Jack Lang, socialiste postmoderne et membre de la commission Balladur censée l'avoir inspiré.

Contrairement au surcroît de démocratie parlementaire annoncé par le parti présidentiel, l'UMP, il se trouve que comme l'avait indiqué le constitutionnaliste Dominique Rousseau à Libération, le 15 juillet 2008, cette déformation de la Constitution de la Ve République consiste d'abord en une chose: "renforcer le pouvoir présidentiel" et octroyer "un pouvoir supplémentaire pour le parti du Président".

Le_portrait_officiel_de_MEn effet, au final, "la poudre aux yeux" que constituent la constitutionnalisation de la parité -déjà inscrite dans la loi-, de la pluralité -qui est l'essence même de la démocratie et du politique-, de la limitation à deux du mandat présidentiel -qui fait partie de la tradition républicaine-, des miettes de limitation du pouvoir présidentiel -que la sagesse devrait seule commander-, de la prise en compte de l'opposition -qui de toute façon est assassinée quotidiennement du fait de la "mainminse du clan Sarkozy" - selon l'expression de Ségolène Royal - sur la médiacratie et la télécratie; tout cela ne change rien au fait que si l'instabilité est promise au Parlement, les pouvoirs du Président se voient renforcés.

Les pouvoirs certes, mais en aucun cas l'autorité, déjà mise à mal par la pratique délétère et l'affaissement continu de la fonction présidentielle pratiqués par Nicolas Sarkozy depuis son élection.

Le_pr_sident_Val_ry_Giscard_d_Estaing_et_son_Premier_ministre_Jacques_ChiracRésumons donc: dans notre République aujourd'hui détruite, uneLe_pr_sident_Fran_ois_Mitterrand_et_son_Premier_ministre__Jacques_Chirac dyarchie avait été organisée au sommet de l'exécutif: d'une part le Président garantissait l'incarnation du peuple souverain, la continuité de la tradition républicaine et la stabilité des institutions; d'autre part, le Premier ministre, nommé par lui,  mais responsable avec son gouvernement devant le Parlement, gérait les affaires courantes et, dérive, était devenu le "chef de la majorité" présidentielle puis à l'Assemblée nationale.

Le Président représentait la France dans le monde, demeurait "au-dessus des partis" et des intérêts privés tandis que le Premier ministre s'investissait personnellement dans la vie électorale et politique quotidiennes. Evidemment, Nicolas Sarkozy n'a de cesse de ridiculiser la France aux yeux du monde, de satisfaire les intérêts privés de ses amis patrons et de se comporter en président ad vitam aeternum de l'UMP.

Depuis l'élection de l'ancien maire de Neuilly-sur-Seine, les articles de la Constitution organisant le duo exécutif ont été continuellement bafoués, dans la pratique, par le Président mais aussi par François Fillon, son Premier ministre.

Fillon faillite
Vidéo envoyée par PierreEP

La confusion des fonctions et le mépris pour le droit sont deux "qualités" communes au Président Sarkozy et à son premier ministre François Fillon. Tandis que le premier traite le second de "collaborateur", le second ose se dire être "à la tête de l'Etat"...

Quelques exemples suffiront à prouver que Nicolas Sarkozy a violé l'article 5 de la Constitution qui stipule que "Le Président de la République veille au respect de la Constitution [et] assure par son arbitrage le fonctionnement régulier des pouvoirs publics":

II. POURQUOI UN PREMIER MINISTRE? POUR QUE LE CHEF DE L'ETAT SERVE D'ABORD LE "PUBLIC"

Comment assurer la continuité de la République tout en y faisant vivre une démocratie politique et sociale faite de conflits idéologiques et d'intérêts contradictoires parfois violents.

Couronne_de_CharlemagneCette question s'inscrit en réalité dans l'histoire longue de la France. Comment bâtir un Etat monarchique au-dessus des clans seigneuriaux et des féodalités, des Grands puis des parlementaires, des intérêts catholiques et protestants, des étrangers présents à la Cour par le simple fait que les rois épousaient des princesses européennes? Comment finalement assoir l'incarnation sacrée de la monarchie par la personne du roi comme autorité suprême? Garantir à la fois l'unité du royaume, sa continuité et le prémunir de tout éclatement en imposant la paix civile? Telle fut d'abord la question.

Assassinat_de_Concini

Le 24 avril 1617, Concini, favori de la Reine-Mère est fait assassiné par Louis XIII. Son enrichissement personnel aux frais de la monarchie, son influence politique néfaste aux intérêts de la Couronne le conduisirent à la mort, au nom de la Raison d'Etat naissante.

Bien avant ce qu'on appelle la monarchie absolue façon Louis XIV, Richelieu, par sa culture mais aussi peut-être parRichelieu ambition, décida de placer au-dessus de toutes les affaires courantes, des "basses besognes", la personne et la fonction royales.

D'où l'invention d'un "ministre supérieur" - lui bien entendu -, ancêtre d'un Premier ministre qui laisserait au Président la magistrature suprême, la grande politique comme la garantie de l'unité du pays et de la continuité de l'Etat.

Richelieu, dans son Testament politique, écrivait donc:

"Il est certain que les Etats les plus heureux sont ceux où les princes et les conseillers

sont les plus sages. Il est certain encore qu'il se trouve peu de princes qui puissent

seuls gouverner leurs Etats et, de plus, quand il y en aurait beaucoup, ils ne

devraient pas en user ainsi. La toute-puissance de Dieu, son infine sagesse et sa

providence n'empêchent pas qu'il ne se serve, en ce qu'il pourrait faire par son

seul pouvoir, du ministère des causes secondes."

Richelieu d'insister sur le rôle d'assistance au roi dévolu au ministériat. Le "ministre supérieur" peut lorgner la boussole politique du moment tandis que le roi doit pouvoir toujours voir loin, au service du peuple:

"On peut dire hardiment que, si le souverain ne peut ou ne veut lui-même

avoir constamment l'oeil sur sa carte ou sa boussole, la raison veut qu'il

en donne particulièrement la charge à quelqu'un par-dessus les autres."

En outre, c'est déjà la suprématie de la "chose publique" à laquelle se voue, par la grâce de Dieu, le roi, qui rend indispensable l'appui d'un "premier ministre". Le roi doit être protégé dans l'exercice de sa tâche:

"L'intérêt du Prince l'oblige à en user ainsi puisqu'il n'y a point d'homme

qui puisse servir utilement le public sans s'attirer la haine et l'envie de tout le monde."

Constitution_1958Sans extrapoler outre-mesure et développer trop longuement ici, on ne peut que constater la parenté de cette vision de ce que l'on appelle l'exécutif, depuis la séparation des pouvoirs, et la doctrine gaullienne, contenue dans ce qui était la Constitution de 1958.

A savoir celle du Président "au-dessus des partis" avec un Premier ministre nommé par lui et pouvant, en cas de crise politique, être démissionné, sans que la République en fût destabilisée. Le Premier ministre était en fait ce que l'on appelle un "fusible", qui, pris dans une tourmente politique, polémique ou autre, devait être sacrifié, sans que le Président fût atteint.

On notera d'ailleurs, anecdote croustillante, que François Mitterrand, adversaire tenace des institutions de la Ve République, les endossera tellement qu'il fera sa seconde campagne victorieuse à l'élection présidentielle sur le thème de "l'Etat impartial", renvoyant, notamment lors du débat d'entre-deux-tours, son concurrent Jacques Chirac à l'image d'un chef de clan, son parti: le RPR.

Chirac vs Mitterrand
Vidéo envoyée par Nikoz

François Mitterrand, terrible bretteur, avant l'un de plus beaux coups rhétoriques, reprochait à Jacques Chirac, le 3 mai 1988, de ne pas posséder les qualités "de l'impartialité ni du sens de la justice dans la conduite de l'Etat": en fait les qualités proprement présidentielles.

Cinq ans plus tard, lors d'un débat houleux faisant suite à une grande défaite des socialistes aux élections législatives, Ségolène Royal, dans l'opposition, dénonçait "l'Etat RPR" et reprochait à Nicolas Sarkozy de faire partie d'une majorité de droite qui a "tous les pouvoirs, dans les départements, dans les régions, au Sénat, les pouvoirs économiques, les pouvoirs financiers, bien souvent les médias aussi".

Sego-Sarko - Debat 21.03.1993
Vidéo envoyée par nadysarko

Vingt ans plus tard, le 28 juin 2008, Ségolène Royal ne parlait pas autrement de Nicolas Sarkozy, l'ancien maire de Neuilly-sur-Seine devenu Président, servant selon elle les intérêts de "ses amis milliardaires", détruisant le modèle social universel français et menaçant l'indépendance des médias et de la presse.

Ségolène Royal - Interview sur la contribution
Vidéo envoyée par sandrinegarnaud

Ségolène Royal, ex-candidate socialiste à la présidentielle en 2007, dénonce la "mainmise [du sarkozysme] sur les médias, sur les réseaux financiers", "un pouvoir qui fait main basse sur la presse [...] un pouvoir qui donne aux riches encore davantage", "la reprise de contrôle des médias en particulier, le fait de servir ses amis, les groupes Bouygues, les groupes Lagardère, on voit un système berlusconien qui se met en place, on voit un Etat impartial qui recule".  Pour elle, il ne fait aucun doute, Nicolas Sarkozy n'est pas un Président impartial, servant l'intérêt public, mais un chef de "clan".

III. LE PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE, INCARNATION DE LA CONTINUITE, DE LA STABILITE ET DE L'UNITE DE L'ETAT ET DE LA REPUBLIQUE:

L'instabilité chronique de la vie publique française, en même temps que l'extrême solidité des institutions ont été relevées et expliquées par divers auteurs, chacun à leur façon.

Le_Collier_de_la_reineIl est certain que la décapitation de Louis XVI, dernier roi de France strico sensu, allait introduire le Napol_on_a_ditpeuple comme élément majeur des événements à venir. Dans un style littéraire, Alexandre Dumas prophétisait, dans Le Collier de la reine, que "la France ressemble à un sablier; pendant neuf cents ans, il a marqué l'heure de la royauté, la droite puissante du Seigneur l'a retourné; pendant des siècles, il va marquer l'ère du peuple".

La République elle-même, la démocratie ensuite, allaient mettre des lustres à durablement s'installer, le sang continuerait longtemps à couler. Comme l'écrivait Napoléon: "Tous les Français sont frondeurs, turbulents [...] leur légèreté est tellement de nature, leurs variations si subites, qu'on ne pourrait dire qu'elles les déshonorent".

Le_pr_sident_de_GaulleL'instabilité gouvernementale qui caractérisa les IIIe et IVe République conduisit à terme le général de Gaulle à vouloir en finir avec un régime politique strictement parlementaire. D'où son intuition de la nécessité de l'incarnation en un Président fort, non seulement de la souveraineté populaire - ce qui sera fait en 1962 avec l'élection au suffrage universel direct - mais aussi de la continuité et de l'unité de l'Etat, des institutions et de la République, même en cas de grave crise.

Dans L'impérialisme, Hannah Arendt, avait dressé une typologie assez intéressante des différentsL_imp_rialisme_de_Hannah_Arendt systèmes politiques européens avant 1958. Elle y distinguait le système bipartite sous la monarchie constitutionnelle anglaise du système continental des partis.

La_reine_d_Angleterre_Elisabeth_IID'une part, en Angleterre, "l'Etat, en tant que garantie permanente de l'unité du pays, est seulement représenté par la permanence de la Couronne". Institution justement non partisane mais politiquement intouchable.

D'autre part le système bipartite était conçu de telle sorte que l'alternance entre parti au pouvoir et opposition exerçant un "contrôle dont l'efficacité est renforcée par sa certitude d'être le gouvernement de demain" structurait la stabilité politique de l'ensemble institutionnel.

La Couronne alliée au système d'"alternance gouvernementale" empêchaient plus qu'ailleurs les projets de coup d'Etat, la prise de pouvoir par des partis nationalistes ou anti-monarchiques etc.

Hannah_ArendtLa situation de la France était bien plus complexe. Seuls le principe républicain, son tryptique, la sacralité de sa fondation dans la Révolution de 1789 et la prééminence de l'Etat devaient être source de stabilité.

Or, les ligues monarchistes pullulèrent, l'extrème-droite menaça constamment les republiquegouvernements et la question de la décolonisation finit d'achever le consensus républicain en Algérie. Comme l'écrivait Hannah Arendt, en l'absence de principe d'alternance gouvernementale, "si, contre toute probabilité, il arrive toutefois qu'un parti ait la majorité absolue au Parlement et qu'il en résulte un gouvernement d'un seul parti, cela ne peut se terminer que par une dictature". Hannah Arendt écrivait évidemment à chaud, juste après avoir vu les démocraties parlementaires continentales, Allemagne et France d'abord, s'effondrer lamentablement avant ou durant la Seconde Guerre mondiale.

En France, la prééminence de l'Etat, "au-dessus des partis" n'était par ailleurs pas incarnée comme en Angleterre par un souverain et une Couronne.

Le_coup_d_Etat_permanent_de_Fran_ois_MitterrandC'est certainement pour toutes ces raisons que, in fine, le choix du général de Gaulle en 1958 d'instaurer un régime semi-parlementaire-semi-présidentiel, après avoir été dénoncé, notamment par François Mitterrand, comme un "coup d'Etat permanent" antidémocratique, fit finalement consensus.

L'élection au suffrage universel direct raffermit même la légitimité du président de la République, laquelle sembla, après la première cohabitation de 1986, au-dessus des échéances électorales législatives. C'est ainsi au nom de la chose publique, dont il se sentait le garant, que François Mitterrand, président de la République empêcha son gouvernement de droite de procéder à un certain nombre de privatisations.

Comme l'avait dit le général de Gaulle à Alain Peyrefitte, dans la Salon doré du palais de l'Elysée, en 1959: "l'Etat doitC__tait_de_Gaulle échapper aux partis, y compris le parti gaulliste!". Dans ces conditions, le président était un rassembleur mais aucunement le chef d'une majorité face à une opposition parlementaire dont De Gaulle niait, détenteur de la magistrature suprême, l'existence.

Le Président, nonobstant l'étendue, pour certains illimitée et quasi monarchique, de ses pouvoirs et de ses capacités d'influer sur la vie politique, prit d'abord la figure de l'incarnation et de la stabilité du régime. Les festivités du bicentenaire de la Révolution française, orchestrées par François Mitterrand, rappelèrent aussi que le Président assumait personnellement le lien entre la République et son moment fondateur.

IV. NICOLAS SARKOZY, UN CHEF DE CLAN ENNEMI DE LA CHOSE PUBLIQUE: LA PRESIDENCE DECHUE:

Nous avons vu que Ségolène Royal, opposante socialiste à l'ancien maire de Neuilly-sur-Seine, estimait implicitement que, comme président de la République, celui-ci ne défendait pas, voire n'aimait pas l'Etat, en tant qu'institution au service de la chose publique. Bien au contraire, de considérer Nicolas Sarkozy comme  favorisant les milieux rentiers et financiers, fragilisant le "modèle social français", se comportant comme le "chef d'un clan".

Mais politiquement parlant, il est patent qu'il en va de même. Si de Gaulle avait, à l'article 4 de la Constitution, en 1958, concédé que "les partis et groupements politiques concourent à l'expression du suffrage", il n'en demeurait pas moins que le même article précisait qu'"ils doivent respecter les principes de la souveraineté nationale et de la démocratie" à savoir, dans l'esprit gaullien, le peuple, dont le vote référendaire demeurait l'expression légitime suprême.

UMPDevenu président la République, Nicolas Sarkozy annonçait qu'il quittait la présidence du parti de droite, fondé par Jacques Chirac, dont il était le président pour "bien servir l'intérêt de la France". Mais fait inédit, il supprimait immédiatement cette fonction pour mieux contrôler ce qui restera son parti.

C'est ainsi que par sa seule volonté, Nicolas Sarkozy créait à la place de ce poste de président de parti, qu'il "quittait", une "direction collégiale" - prompte à être manipulée -, décision approuvée par le bureau politique de l'UMP le 25 juin 2007.

Jean-Claude Gaudin de préciser que, puisque "moralement [sic] le président de l'UMP demeure Nicolas Sarkozy", ce serait désormais un triumvirat de trois vice-présidents qui dirigerait [sic] la famille politique de l'ancien maire de Neuilly-sur-Seine.

Discret putsch peu relevé alors mais pourtant contraire aux missions d'un chef de l'Etat, qui, s'il a toujours en France eu la haute main, via ses conseillers, sur son parti d'origine, quand il en avait un, n'était jamais allé aussi loin dans la partialité.

SARKOZY Quitte la Présidence de l'UMP-2
Vidéo envoyée par Canal-Historique-06

L'esprit de rassemblement cher au général de Gaulle, et déjà remplacé sous Pompidou par le principe de laMinistres_sans_fonri_re_politique majorité et de l'opposition, sera alors gravement dévoyé par Nicolas Sarkozy par la constitution d'un gouvernement de pseudo-ouverture, invitant des personnalités médiocres du centre ou de gauche à appliquer un programme présidentiel de droite dure voire d'extrême-droite sur quelques sujets, renonçant bien entendu à toutes les emphases bonimenteuses de campagne. La politique menée par ce gouvernement de potiches médiacratiques sera évidemment non pas ouverte mais purement sarkozienne, autoritariste, anti-étatiste voire contre-révolutionnaire.

Point d'ouverture donc, mais une mainmise sur l'UMP.

L'apogée la plus caricaturale de cette obsession présidentielle de tenir et "son" parti et son fief d'origine, Neuilly-sur-Seine, éclatera au grand jour avec le putsch du fils Sarkozy dans cette même ville, feuilleton piloté par l'Elysée, mêlant vie publique et vie privée, dès le 1er octobre 2007, avec le parachutage de David Martinon, bientôt renversé par Jean Sarkozy.

Lors des élections municipales de 2008, Nicolas Sarkozy décida, avant de "palinoder", à la vue de sa galopante impopularité, de s'impliquer personnellement dans la campagne et d'en faire un "test national". C'est un Nicolas Sarkozy bouffi de contentement qui, en guise de coup d'envoi médiatique de la campagne, reçut en personne, devant 2 000 cadres de l'UMP, lors d'un Conseil national de l'UMP, l'ancien Premier ministre de gauche britannique, Tony Blair. A cent mille lieues des impératifs de sa fonction et de l'impartialité qu'elle devrait lui imposer...

tony blair à l'ump!
Vidéo envoyée par peuplededroite

Tony Blair, ancien Premier ministre britannique de gauche, invité personnellement par Nicolas Sarkozy le 12 janvier 2008 au Conseil national de l'UMP, en présence du président de la République...

C'est sans hésiter une seconde que Ségolène Royal toujours, releva le défi lancé par le Président (sic) du test national des municipales, qu'il perdra au bonheur mesuré de la gauche, mais sans en tirer aucune conséquence politique.

JT France 2 - 12 janvier 2008
Vidéo envoyée par segolene-royal

Le 12 janvier 2008, Ségolène Royal, ex-candidate socialiste à l'élection présidentielle, répondait du tac au tac au Président Sarkozy étrangement descendu dans l'arène des élections locales expliquant que "Nicolas Sarkozy a annoncé que les élections municipales étaient un test national [et que] cela veut dire qu'il nous demande si oui ou non nous sommes contents de lui et de ce qu'il fait." Et d'ajouter à l'adresse de son ancien concurrent: "eh bien moi, je dis topons-là"...

Sarkozy & Grève, du mépris qui insulte les Français
Vidéo envoyée par alizoh8

Un_pr_sident_anti_gr_vesLe 5 juillet 2008, c'est encore devant son clan UMP que le "Président de tous les Français", lors d'un Conseil national toujours, ridiculisait la Constitution, les travailleurs, autant que leurs représentants syndicaux et la population de ce pays en déclarant, tout sourire: "désormais, [en France], quand il y a une grève, on ne s'en aperçoit pas"...

Si l'encadrement de la pratique de la grève est le palliatif à l'abolition du droit constitutionnel de grève, que réclament ses éditorialistes affidés et le grand patronat, encore une fois, tant le lieu que les paroles prononcées par le président de la République témoignaient de ce que celui-ci n'est pas à laMarielle_de_Sarnez_du_MoDem hauteur de la fonction...

Marielle de Sarnez, vice-présidente du MoDem, qualifiait le 7 juillet 2008 dans Le Figaro de "choquante" la présence de Nicolas Sarkozy devant le Conseil national de l'UMP. Elle rappelait fermement que "la fonction de président de la République qui rassemble tous les Français" n'est pas celle de "chef de parti". Une fois de plus tout était dit.

______________

Il faut d'abord comprendre que cette révision institutionnelle a tout simplement consisté à conformer in concreto et non pas in abstracto, c'est-à-dire selon les principes républicains, le droit à la pratique sarkozienne violente et vulgaire de la fonction présidentielle. Ce qui constitue une dérive constitutionnelle et juridique vertigineuse, le droit ne se contentant plus que d'entériner telle ou telle pratique, à savoir celle du plus fort...

Il n'y aura eu, bien entendu, pas de référendum sur cette question cruciale des institutions, comme sur l'Europe d'ailleurs.

Pour ce qui est de l'accroissement des pouvoirs du Parlement, il n'en est rien. Selon Max Gallo, mitterrandien passé par rancune au sarkozysme le plus éhonté,  dans Le Point du 21 août 2008, "l'adoption du quinquennat et la concomitance de l'élection présidentielle", voulues par l'ancien Premier ministre socialiste Lionel Jospin, "font du président un homme de parti, qui n'est plus en situation d'être au-dessus des appareils". Certes, mais alors pourquoi cette nouvelle réforme qui enfonce le clou et est contraire à l'intérêt général?

Car cette réforme va plus loin. Le président de la République, "homme de parti", disposera désormais de la tribune parlementaire, sans pour autant que les élus du peuple puissent le sanctionner ou non, alors que lui peut dissoudre l'Assemblée nationale à sa seule discrétion. Alors que jusqu'à présent, le Premier ministre seul, responsable et pouvant avec son gouvernement être renversé par le vote d'une motion de censure, pouvait y prononcer le discours de politique générale, c'est maintenant un Président irresponsable politiquement qui le concurrencera...

Un "homme de parti", en l'occurence Nicolas Sarkozy, pourra présenter devant la diversité des élus du peuple réunis à l'Assemblée, le projet de "son" parti, sans rien risquer - sinon des débats réthoriques sans fin une fois son verbiage achevé.

Le fait de partager l'ordre du jour entre le gouvernement et les présidents des groupes parlementaires - dont celui de la majorité présidentielle sera le plus fort - n'enlève rien au fait que le Premier ministre, seul responsable politiquement devant la représentation élue, sera affaibli, non pas au profit d'une opposition toujours minoritaire, mais du Président partial, disposant d'une majorité docile plus que jamais.

D'où d'ailleurs les convocations régulières des députés du clan UMP et des récalcitrants de feue la droite républicaine à l'Elysée, qui risquent de devenir tout simplement des hyper-potiches.

Mais si l'on en revient à notre sujet, à savoir la nécessité pour une République d'avoir à sa tête un homme, au moins constitutionnellement impartial, et en-dessous de lui, un chef politique, le Premier ministre, battant le blé de la politique quotidienne, cette réforme est ahurissante.

Car avec la mort du Premier ministre et le pseudo-renforcement du Parlement présidentiel, nous assistons à l'avènement du Président partial et irresponsable.

Ce que Nicolas Sarkozy était dans les faits, il le devient béni par les textes. Sa conduite délétère, instable, illisible, hyperactive est désormais inscrite dans le marbre de la Constitution.

Il ne s'agit absolument pas ici de pleurer un Commandeur de la Nation mais, une fois encore, après avoir perdu la bataille de la médiacratie avec le nomination par le chef de l'Etat du président de France Télévisions, de promouvoir un Etat neutre et des institutions impartiales, au service, pour reprendre la sémantique de Richelieu, "du public".

Peut-on présider un pays aux yeux du monde et militer en permanence pour un parti politique, avec l'aval d'une Constitution acquise?

La réponse est non.

A l'instabilité des IIIe et IVe République, dénoncée en son temps par le général de Gaulle vient s'ajouter la dangerosité et la labilité d'un Président trop puissant, sans autorité, sans responsabilité pour ses actes, girouette lisant à peine les notes rédigées et défendues en public par des conseillers médiatisés.

Le difficile équilibre entre la république, qui requiert autorité et fidélité à quelques principes fondateurs et la démocratie qui suppose le changement constant, la controverse et le débat d'idées contradictoire est définitivement rompu.

Si certains pensaient que la Ve République n'était pas une panacée démocratique, ils n'avaient peut-être pas tort. Mais la République clanique en train de s'ériger n'a plus rien de républicaine - res publica signifiant, faut-il le rappeler, "chose publique".

On peut gager en tout cas que Richelieu ne se serait pas considéré comme un "simple collaborateur", contrairement à François Fillon et on ose espérer que Nicolas Sarkozy, en sus de se prendre pour de Gaulle et Mitterrand, ne se rêve pas en reine d'Angleterre...

"Les institutions, disait Marie-France Garaud, ça pourrit comme le poisson: par la tête". Eh bien c'est fait, elles sont moisies et sans queue ni tête.

La République n'avait plus de tête tant que Nicolas Sarkozy était à l'Elysée, jusqu'en 2012. Il est à craindre qu'elle n'en est plus jamais. Quant au Parlement, en l'état actuel des modifications constitutionnelles, il n'en sera que le corps chétif et avarié.

20 mai 2008

REFORME DES INSTITUTIONS, LA DERIVE DU POUVOIR PRESIDENTIEL ACTEE PAR LA CONSTITUTION... POUR SARKOZY

Sous couvert de redonner du pouvoir au Parlement, la réforme des institutions telle que l'a voulu le comité Balladur, en permettant au président de la République de se rendre au sein du Parlement, n'a qu'un seul but: instaurer un faux présidentialisme sans contre-pouvoir.

Dans un régime présidentiel, le président de la République peut être désavoué par les représentants du peuple. Or, dans la réforme voulue par Nicolas Sarkozy, aucun débat ne sera autorité, aucun vote ne sera possible après un discours du détenteur de la magistrature suprême.

Cette dérive est profondément inquiétante. Elle est rédhibitoire et condamne toutes les autres mesures prônée par le comité. Seul le gouvernement est co-responsable devant le Parlement, et seul, il peut y être renversé par une motion de censure.

Le président de la République n'a donc pas à mettre les pieds dans les chambres du pouvoir législatif, d'autant plus qu'il a le pouvoir de dissoudre l'Assemblée nationale. La monarchie comme l'Empire ont été abolis. Nicolas Sarkozy ne saurait les rétablir pour conformer la République française à sa pratique jusque là inconstitutionnelle du pouvoir.

MARIE-FRANCE GARAUD

"Mitterrand a détruit la Ve République par orgueil,

Valéry Giscard d'Estaing par vanité

et Jacques Chirac par inadvertance."

Marie_France_GaraudMarie-France Graraud

le 16 mai 2006 sur France 2.

Qu'on soit d'accord ou pas avec l'appréciation radicale de Mme Garaud, la question du rapport de Nicolas Sarkozy à la Constitution et à notre République doit interroger l'ensemble de la classe politique.

Les historiens, si cette réforme est votée, avec le concours de députés et de sénateurs des oppositions, trancheront pour déterminer ce qui a motivé l'ancien maire de Neuilly-sur-Seine dans sa destruction définitive du subtil équilibre  du régime semi-présidentiel-semi-parlementaire qu'est la Ve République.

Les gaullistes au Parlement, qui pourraient se référer logiquement au propos de Marie-France Garaud, devront voter en conscience...

_________

Cliquez ici pour lire également:

L’HYPER-PRESIDENCE ET SES ENTRAVES A LA CONSTITUTION

LA FAUSSE OUVERTURE DE SARKOZY: UN DENI DE DEMOCRATIE

L'EUROPE AU MEPRIS DU PEUPLE FRANCAIS

L'HYPER-PRESIDENT ET SON PSEUDO-PARLEMENT

18 janvier 2008

"PETITION POPULAIRE POUR L'EGALITE AUDIOVISUELLE" ET LE DECOMPTE DES PRISES DE PAROLE DE L'ELYSEE

A l'initiative de l'ancien Premier ministre socialiste, Laurent Fabius, une pétition circule pour réclamer "l'égalité audiovisuelle", actuellement bafouée par un Président en perpétuelle campagne politique et politicienne, relayé, fait inouï dans les annales de la République, par l'omniprésence de ses conseillers spéciaux, personnalités dépourvues de la moindre légitimité démocratique.

.

Nicolas_Sarkozy_sur_LCI__filiale_de_TF1   Henri_Guaino__conseiller_du_pr_sident_de_la_R_publique__omnipr_sent_sur_les_plateaux_de_t_l_vision

A gauche, le président de la République Nicolas Sarkozy, omniprésent à la télévision française, mais pas seulement en tant que "président de tous les Français", aussi en tant que chef de la campagne de l'UMP pour les municipales de 2008. A droite, autre dérive atidémocratique majeure, la présence télécratique des conseilles du président, en campagne pour expliquer et défendre les discours et mesures prises par l'Elysée. Ici Henri Guaino, débattant avec le journaliste Jean-François Kahn... Le tout au détriment du Premier ministre et du gouvernement d'une part, des élus du peuple d'autre part.

.

_______

.

.

"Les médias audiovisuels ont pris une place décisive dans l’équilibre de notre démocratie.

Actuellement, cet équilibre est bafoué puisque le temps de parole considérable du Président de la République et de ses conseillers dans les médias n’est pas comptabilisé. Il n’est légalement pas prévu pour les forces démocratiques de lui répondre d’une façon égale. C’est d’autant plus inquiétant qu’une partie des médias audiovisuels et de presse écrite est la propriété de groupes industriels et financiers proches du pouvoir.

C’est pourquoi nous exigeons qu’une disposition constitutionnelle soit adoptée, qui impose désormais le respect d’une vraie règle des trois tiers pour les temps de parole audiovisuel : un tiers pour le Président de la République, ses collaborateurs et le gouvernement, un tiers pour la majorité, un tiers pour les forces d’opposition.

Seule cette règle sera de nature à freiner la saturation et la propagande actuelles, et à amener un meilleur équilibre indispensable à notre démocratie.

Tel est le but de cette pétition populaire pour l’égalité audiovisuelle, dont nous sommes signataires".

Pétition populaire pour l'égalité audiovisuelle:

http://www.egalite-audiovisuelle.fr/

________

Cliquez ici pour signer également:

Appel contre la franchise Sarkozy (assurance-maladie en danger):

http://www.appelcontrelafranchise.org/

Appel du syndicat de la magistrature contre le projet de loi sur les "peines-planchers" et les mineurs récidivistes:

http://www.syndicat-magistrature.org/spip.php?article520

Collectif pour la promotion et la défense de l'école publique de proximité:

http://ecoledeproximite.free.fr

Non au contrôle génétique de l'immigration:

http://tmp.sauvonslarecherche.fr/spip.php?article1625#sp1625

.

Non au ministère de l'"immigration et de l'identité nationale" (pétition internationale):

http://www.upolin.org/

.

Pétition pour des services publics de qualité accessibles à tous (Confédération européenne des syndicats):

http://petition.etuc.org/spip.php?

.

Pour l'abrogation de l'article 89 de la loi du 13 août 2004 (favorisant l'enseignement privé):

http://ecoledeproximite.lautre.net/petition/php/index.php

Signez l'appel contre la franchise médicale Sarkozy:

http://www.appelcontrelafranchise.org/signer.php

Touche pas à mon ADN: Charlie-Hebdo et SOS racisme:

http://www.touchepasamonadn.com/

03 janvier 2008

LA FAUSSE OUVERTURE SARKOZY: UN DENI DE DEMOCRATIE

Depuis des mois, le débat public en France, sur des sujets majeurs -tests ADN, statistiques raciales, réception en grandes pompes du dictateur libyen- semblent se dérouler, sans que personne ne s'en offusque, dans le huis clos du Conseil des ministres, au palais de l'Elysée. Puis illico presto dans les grands médias... Au risque extrêmement grave, en ces temps de médiatisation et de personnalisation outrancières de la vie politique, de faire croire aux Français qu'il n'existe pas d'opposition politique en France.

Et c'est bien là tout le but de la fausse "ouverture" entamée par l'ancien maire de Neuilly-sur-Seine, Nicolas Sarkozy, dès la composition de son premier gouvernement. Pratique antidémocratique qu'il a annoncé vouloir poursuivre pour 2008, lors de ses voeux à la nation.

Il serait donc temps d'ouvrir les yeux et de condamner ouvertement ce qui est n'est en rien une "ouverture" mais un véritable déni constitutionnel et démocratique, un hold-up mené par le seul président sur le Parlement, les partis politiques et autres acteurs de la vie démocratique et sociale... Pour mieux liquider les fondamentaux de notre culture républicaine...

CHARLES DE GAULLE

.

"Si je n'avais pas tendu la main aux communistes [...],

nous n'aurions pas relevé nos ruines comme nous l'avons fait".

.

.

C__tait_de_GaulleCharles de Gaulle,

cité par Alain Peyreffite,

in "C'était de Gaulle".

.

.

LES FAUSSES POLEMIQUES INTRA-GOUVERNEMENTALES, EFFETS MEDIATIQUES GARANTIS, CONSEQUENCES POLITIQUES NULLES:

DES MINISTRES MARIONNETTES...

Charlie_Habdo_ADNLe 9 octobre 2007, Fadela Amara, secrétaire d'Etat "d'ouverture" à la Ville du gouvernement Fillon, nommée Fadela_Amara_solidaire_des_tests_ADNpar M. Sarkozy, créait une  pseudo polémique en qualifiant de "dégueulasse" [...] le fait que le gouvernement dont elle est un des membres solidaires, "instrumentalise l'immigration", dans sa dernière loi sur "l'immigration choisie". Elle vitupérait, s'agissant d'un des amendements à celle-ci, introduisant le tri sélectif des postulants au regroupement familial par l'usage des tests ADN: "l'ADN, je ne suis pas d'accord parce qu'on touche à quelque chose qui n'est pas bon pour le pays".

Conséquence "télé": un matraquage médiatique et des débats sans fin sur l'emploi d'un mot argotique dans la bouche d'une secrétaire d'Etat. Un rendez-vous avec le premier ministre... Mme Amara se ravisait et demeurait solidaire du gouvernement...

Résultat politique: aucun, zéro.

Test_adn_buccalLes tests ADN ne seront pas retirés par le président de la République, comme le lui demandait un front Fran_ois_Bayrou__Fran_ois_Hollande__Laurent_Fabius__au_meeting_antiADN__le_14_octobre_2007républicain regroupant des députés et sénateurs UMP, Nouveau Centre, MoDem, PS, PC, PRG, Mouvement républicain et citoyen, d'extrême gauche, des vedettes -comme Carla Bruni, actuelle "fiancée de Nicolas Sarkozy-, des responsables associatifs et les instances religieuses, de grands acteurs et artistes et même le New York times, qui osait, dans un édito d'une rare véhémence, établir un lien entre Vichy et cette mesure attentatoire à la dignité humaine...

In fine, le Conseil constitutionnel validait cette nouvelle pratique, certes plus encadrée que ne le préconisait l'amendement d'origine. Les tests ADN pourront être pratiqués au service du tri sélectif d'une partie des immigrés.

_____

Puis, face à la perspective de la réception en grandes pompes du dictateur libyen, Mouammar Kadhafi, chantre etBernard_Kouchner_partisan_fervent_de_S_gol_ne_Royal financier historique du terrorisme international, le ministre "d'ouverture" des Affaires étrangères, ancien socialiste et droit-de-l'hommiste Bernard Kouchner, s'avouait pitoyablement "résigné" sur France Inter, le 10 décembre 2007. Celui-ci avait fait campagne, faut-il le rappeler, pour la candidate socialiste adversaire de Nicolas Sarkozy à l'élection présidentielle, Ségolène Royal.

Conséquence "télé": l'image d'un ministre qui ne renierait pas ses convictions tout en les mettant sous le boisseau pour se coucher devant la volonté présidentielle: drôle de schizophrénie...

Résultat politique: aucun, zéro.

Rama_Yade_la_tr_s_m_diatique__solidaire_de_la_venue_du_colonel_KadhafiMme Rama Yade, secrétaire d'Etat aux droits de l'homme, "d'ouverture" elle-aussi, faisait la une du quotidien Le Parisien en y manifestant dans des termes très salés, son opposition à la venue du dictateur dans feu le pays des droits de l'homme. "Le colonel Kadhafi doit comprendre, osait-elle clamer, que notre pays n'est pas un paillasson, sur lequel un dirigeant, terroriste ou non, peut venir s'essuyer les pieds du sang de ses forfaits". Comminatoire, elle ajoutait que "la France ne doit pas recevoir le baiser de la mort", le jour d'un anniversaire de la déclaration universelle des droits de l'homme.

Conséquence "télé": tempête médiatique dans un verre gorgé d'eau couleur sang, journaux et télévision se faisant les relais d'une nouvelle polémique intra-gouvernementale d'une virulence toute sémantique. Félicitations naïves d'une partie de l'opposition de gauche, un sondage montrant que les Français partageaient le fond de sa diatribe, un rendez-vous à l'Elysée et Mme Yade changeait d'avis et se montrait bien plus circonspecte...

Résultat politique: aucun, zéro.

Le colonel Kadhafi est bel et bien venu essuyer ses pieds, non pas sur le "paillasson" qu'est devenue la France de Sarkozy, mais sur les tapis rouges déroulés en son honneur. Il aura même eu le bonheur d'être introduit en l'Assemblée nationale... Cinq jours d'humiliation pour la France des droits de l'homme, privée de vocation politique et de sa séculaire "diplomatie des valeurs", désormais apanage de nos amis allemands.

Nicolas_Sarkozy_et_Mouammar_Kadhafi

Le voyage triomphal de Mouammar Kadhafi dans la France de Sarkozy

...MARIONNETTES DE L'HYPER-PSEUDO-PRESIDENT

Alors à quoi bon ces mots, ces tapages médiatiques, ces cris d'orfraie et ces jérémiades de ministres ou de secrétaires d'Etat plus ou moins issus de la gauche et en désaccord apparent sur des sujets fondamentaux de la politique actuelle de la France?

A en croire Le Figaro du 14 décembre 2007, ces "couacs" gouvernementaux, ces désaccords brutaux et médiatiquement explosifs, profiteraient en fait à une seule et même personne, l'ancien maire de Neuilly-sur-Seine et actuel président, Nicolas Sarkozy.

Le_portrait_officiel_de_M

L'hyper-président ultra-incompétent, en intégrant des personnalités people ou des figures, à valeur médiatique ajoutée, dites "de gauche" à son gouvernement, pour mener une politique d'ultra-droite antirépublicaine, a réussi un pari: faire gober aux Français, aidé par l'incompétence du journalisme politique français et la soumission des grands médias, que l'opposition siégeait au gouvernement, et donc qu'il n'y avait plus d'opposition en France... Grave dérive antiparlementaire et antidémocratique...

Celui-là même qui a nommé ces personnalités, dénuées de toute légitimité démocratique, au gouvernement. Le titre de l'article du Figaro, plus que son contenu, résumait bien la situation: "Rama Yade, la star rebelle du gouvernement"... Tout un programme, savamment orchestré.

Logo_du_Figaro

Quelle peut donc être la fonction de ces colères très télégéniques?

A défaut de pouvoir sonder les âmes et les cœurs, le fait que ces personnalités ne démissionnent pas, restent en place et persistent à cautionner -tout en faisant semblant de la critiquer- la politique menée par le président Sarkozy, contre leur "for intérieur" et leurs convictions, sur des sujets hautement sensibles, nous permet de penser que l'"ouverture" a pour finalité une confiscation de la vie démocratique et du débat public du pays, au profit du seul président...

.

UNE CONFISCATION DU DEBAT DEMOCRATIQUE ET PUBLIC AU SEIN DU PALAIS DE L'ELYSEE ET DE SES RELAIS AUDIOVISUELS:

Tout cela peut paraître grotesque ou immoral. Mais ces gesticulations ministérielles amplifient un phénomène désastreux aux niveaux politiques et démocratiques.

TF1La "télécratie", le déplacement de la vie publique vers les unes des journaux ou les plateaux Mde télévision, est le résultat de toutes ces prises de parole politiquement nulles et non avenues, au détriment de la représentation nationale, composée des élus du peuple au suffrage universel.

La démocratie se déplace et se dégrade en glissant du Parlement et des territoires vers les "mass media" de masse.

Tout cela participe ainsi de la "virtualisation" de la vraie politique, qui se joue sur le terrain bien concret des communes, des départements, des régions, de l'Assemblée nationale et du Sénat... La politique incarnée par des actes et des paroles en cohérence et non pas seulement par des slogans télévisuels ou des "coups médiatiques".

Nicolas_Sarkozy__Bernard_Kouchner_et_Rama_YadeLe problème, qu'il convient de souligner ici, est qu'un ministre ou un secrétaire d'Etat, pris individuellement, n'a aucune légitimité démocratique, aucune légitimité populaire. Il n'est ni un élu ni un représentant du peuple. Il est en place, pour mettre en oeuvre la politique normalement conduite par le Premier ministre, sous l'autorité du président de la République.

Ces personnes ne tirent en fait leur fragile légitimité que du bon vouloir du président de la République, de leur nomination entièrement discrétionnaire, à partir du moment où la fonction de premier ministre est écrasée, par le président. Leur destin ministériel est en fait suspendu à la décision présidentielle.

Carla_Bruni__top_model_et_fianc_e_de_Nicoals_Sarkozy__future_ministre_d_ouvertureAinsi le locataire de l'Elysée, pourrait, s'il le souhaitait et si ceux-là l'acceptaient, nommer Olivier_Besancenot__militant_anticapitaliste__futur_ministre_d_ouverturele premier mannequin venu à un poste de ministre de l'identité nationale, par exemple. Il pourrait nommer un militant anticapitaliste au ministère de l'Economie et des Finances. Rien, aucune instance démocratique ne l'en empêche à partir du moment où le premier ministre n'a plus d'existence politique réelle.

C'est ce que M. Sarkozy a très bien compris, en nommant des personnalités connues pour leur incompétence mais aussi pour leur télégénie remarquables et, bien entendu, pour leur soumission au "chef".

En appelant à la table du Conseil des ministres des personnalités de gauche, comme il l'a fait, M. Sarkozy n'a en rien mis en place une "politique d'ouverture". Il n'a fait qu'exercer ses prérogatives constitutionnelles:

· article 8 : "Le Président de la République nomme le Premier Ministre. Il met fin à ses fonctions sur la présentation par celui-ci de la démission du Gouvernement.

Sur la proposition du Premier Ministre, il nomme les autres membres du Gouvernement et met fin à leurs fonctions".

Si on ne peut reprocher ni empêcher le président de nommer qui bon lui semble, on ne peut pas, par contre, tolérerAll_gorie_de_la_Justice qu'il laisse ces personnalités monopoliser le débat médiatico-public, ni exprimer, dans une caricature de démocratie ou de débats d'opinions, leurs désaccords sur des sujets aussi graves que les droits de l'homme, l'immigration ou encore la conduite de la politique étrangère dans le pays.

Et ce, parce que la Constitution, si elle n'interdit pas à un ministre de s'exprimer librement, pose la responsabilité et la solidarité de l'ensemble du gouvernement, face au Parlement, et donc, au peuple. Si les ministres ont des comptes à rendre devant le peuple représenté, c'est en tant que membres solidaires d'une même équipe gouvernementale, dont ils assument, toutes, je dis bien toutes les mesures.

UNE ATTEINTE GRAVE AUX PRINCIPES CONSTITUTIONNELS DE SOLIDARITE ET DE CO-RESPONSABILITE MINISTERIELLE ET GOUVERNEMENTALE:

Le_gouvernement_solidaire_et_responsable_devant_le_Parlement_du_peuple

Un gouvernement est une équipe collective et solidaire nommée pour mettre en oeuvre les grandes orientations d'une seule et même politique, celles qu'a présentées le président de la République au peuple français. Si le Parlement le renverse, il est démis en bloc. Il ne s'agit donc pas d'un amas d'individualités faisant leur cuisine et leur publicité chacun dans leur coin, travaillant à son compte et non pour les Français.

La_Constitution_de_la_Ve_R_publique_d_chir_eLa réalité légale, prévue par la Constitution, qu'aucun journaliste politique n'ose rappeler fermement -où ceux-ci sont-ils formés, on se le demande!- n'est pas la réalité de la politique-spectacle ou du cirque à paillettes. C'est cette réalité qui explique que les "coups de gueule" des ministres n'aient aucun poids politique et, plus grave pour les Français, ne changent rien à la politique désastreuse menée par l'actuel gouvernement.

La politique n'est ni une petite cuisine individualiste, ni un concours de "grandes gueules". Un ministre, tant qu'il ne démissionne pas, "appartient", au sens politique du mot, à un gouvernement.

La Constitution, que beaucoup de ces personnalités au pouvoir semblent mépriser, à l'image du président Sarkozy, est de toute façon claire s'agissant de la responsabilité collective du gouvernement: 

· article 20: "[Le gouvernement] est responsable devant le Parlement dans les conditions et suivant les procédures prévues aux articles 49 et 50.

· article 49: Le Premier Ministre, après délibération du Conseil des Ministres, engage devant l'Assemblée Nationale la responsabilité du Gouvernement sur son programme ou éventuellement sur une déclaration de politique générale.

· article 50: Lorsque l'Assemblée Nationale adopte une motion de censure ou lorsqu'elle désapprouve le programme ou une déclaration de politique générale du Gouvernement, le Premier Ministre doit remettre au Président de la République la démission du Gouvernement.

· L'Assemblée Nationale met en cause la responsabilité du Gouvernement par le vote d'une motion de censure. Une telle motion n'est recevable que si elle est signée par un dixième au moins des membres de l'Assemblée Nationale. Le vote ne peut avoir lieu que quarante-huit heures après son dépôt. Seuls sont recensés les votes favorables à la motion de censure qui ne peut être adoptée qu'à la majorité des membres composant l'Assemblée. Sauf dans le cas prévu à l'alinéa ci-dessous, un député ne peut être signataire de plus de trois motions de censure au cours d'une même session ordinaire et de plus d'une au cours d'une même session extraordinaire.

· Le Premier Ministre peut, après délibération du Conseil des Ministres, engager la responsabilité du Gouvernement devant l'Assemblée Nationale sur le vote d'un texte. Dans ce cas, ce texte est considéré comme adopté, sauf si une motion de censure, déposée dans les vingt-quatre heures qui suivent, est votée dans les conditions prévues à l'alinéa précédent".

Bien entendu, un président de la République, digne de ce nom, respecte et prend en compte les résultats de l'élection présidentielle dans le choix de ses nominations. Suivant le fait démocratique majoritaire, il met en fonction des personnes compétentes et convaincues de la nécessité de la mise en oeuvre du projet présidentiel.

Jean_Marie_Le_PenM. Sarkozy, disposant d'une avance honorable sur son adversaire socialiste, Mme Royal, puis d'une majorité La_gauche_battue_au_second_tour_des_pr_sidentielles_de_2007législative à sa botte, a pourtant fait le contraire. Il a nommé "n'importe qui", non pas sur une base politique, celle annoncée et tranchée par le pays, mais sur une base médiatique et purement politicienne, purement stratégique. L'ouverture n'ayant à aucun moment été soumise clairement au choix des Français durant sa campagne, marquée à droite et même à l'  extrême droite.

N'en déplaise à Fadela Amara, Bernard Kouchner ou encore Rama Yade, ils ne sont que les exécutants des orientations politiques choisies par le peuple français lors des élections au suffrage universel -présidentielle en premier lieu, législative dans une moindre mesure, sauf en cas de cohabitation.

Ils ne sont pas des petits présidents ou des petits premiers ministres en puissance, passant leur temps à abreuver les médias et les Français de leurs états d'âme. Ils n'ont pas à faire croire qu'ils influencent l'orientation politique du pays sous prétexte qu'ils sont reçus sur les plateaux de télévision ou font la une des quotidiens.

Le siège de la démocratie représentative n'est pas et ne peut pas être le gouvernement, qui mène une seule et même politique. Un ministre n'est qu'un des rouages d'une seule et même machine d'exécution. Le gouvernement n'est pas une assemblée démocratique.

Conseil_des_ministres_du_gouvernement_Fillon

Le débat démocratique doit absolument se dérouler au sein du Parlement, de l'Assemblée nationale et du Sénat, ainsi que dans la société civile et même, dans les conditions prévues par la loi, dans la rue.

H_micycle_de_l_Assembl_e_nationale

Les médias dominants, en jouant le jeu de la confiscation par le président du débat public, participent d'une grave dérive. Alors que la politique menée ne prend absolument pas en compte les orientations éventuellement contraires à celles du président, ils nous font croire que la pluralité n'est pas à l'Assemblée, qu'il n'y a pas d'opposition, que les députés ne font pas leur travail tandis que tout se passerait autour de Nicolas Sarkozy, à la table élyséenne du Conseil des ministres.

Rachida_Dati_au_soixanti_me_anniversaire_de_Christian_Dior_en_2007L'hyper-personnalisation de la politique, la confusion des idées -le président voulant faire passer son Une_ministre_de_la_Justice_amoureuse_de_l_argent__des_bijoux_et_des_robes_de_luxegouvernement pour un gouvernement ni de droite ni de gauche ni du centre ou de tout à la fois-, le mépris pour les partis politiques, pourtant reconnus par la Constitution comme des acteurs de la démocratie, la médiatisation outrancière et vulgaire des ministres -notamment de Rachida Dati-, la focalisation des médias sur les faits et gestes de ces personnalités nommées nuisent gravement au politique et à la démocratie représentative, laquelle repose sur la légitimité de l'élection et non de la nomination.

Votez_toutours__je_ferai_le_reste__affiche_de_mai_68Une fois de plus, les principes constitutionnels sont bafoués en France, au profit d'un président ainsi tout-puissant, qui prétend être le chef de la majorité UMP comme de l'opposition du centre et de la gauche, au moins en apparence. Il y a donc déni de démocratie implicite et piétinement manifeste de la Constitution qui régit cette même démocratie.

Voilà la triste réalité de cette fausse "ouverture", qui n'est rien d'autre qu'une stratégie d'internalisation du débat démocratique au sein de gouvernement, de privation de visibilité du Parlement et des partis politiques, le tout étant possible parce que le président a les moyens de nommer qui il veut et parce que l'éthique politique, qui suppose responsabilité collective et sens de l'intérêt général, s'est effondrée en France.

Le président n'agit pas comme président mais comme candidat perpétuel à sa propre succession, l'écrasement continu de l'opposition en étant l'une des conditions.

S_gol_ne_Royal_et_Fran_ois_Bayrou__opposants___Nicolas_Sarkozy

Depuis le 6 mai dernier, l'enjeu pour l'ancien maire de Neuilly-sur-Seine, Nicolas Sarkozy est de faire taire toute voix s'opposant à sa politique anti-républicaine. Il s'agit d'opposer un faux "consensualisme" médiatico-sondagier à tous les débats qui sont le signe d'une vraie démocratie. Ces débats passionnèrent les Français. Ségolène Royal et François Bayrou demeurent, malgré toutes les basses manœuvres sarkoziennes -fragilisation du Parti socialiste et attaque en règle contre le Modem de M. Bayrou-, deux grandes figures d'une alternative républicaine et démocrate à la désastreuse politique sarkozienne.

Pourtant, l'histoire de notre pays peut nous éclairer sur ce que sont de véritables stratégie et politique d'"ouverture", pratiquées à plusieurs reprises et sous différents régimes, même si le mot d'"ouverture" n'était pas forcément employé.

QU'EST-CE QU'UNE VERITABLE OUVERTURE?:

LA TENTATIVE MITTERRANDIENNE

R_sultats_de_Fran_ois_Mitterrand_en_1988On n'évoquera ici que brièvement l'"ouverture" tentée par le président de la République française, François Mitterrand, au lendemain de sa seconde victoire à l'élection présidentielle en 1988. Celle-ci correspondait à au moins quatre faits politique majeurs, qu'on ne retrouve absolument pas dans la victoire de l'ancien maire de Neuilly-sur-Seine en 2007:

· après 7 ans de présidence, dont 2 ans de cohabitation avec une majorité législative et un gouvernement de droite, le président Mitterrand sortant, recueillait le 24 avril 1988, au 1er tour des présidentielles, 34,11% des suffrages exprimés, tandis que son adversaire, M. Chirac, n'en obtenait que 19,96%. Le 8 mai 1988, François Mitterrand écrasait littéralement, avec un score de 54,02% des suffrages exprimés, son premier ministre de droite, qui n'en récoltait que 45,98%.

· la candidature du président sortant avait été annoncée par lui-même très tardivement, et deux slogans avaient été retenus pour sa campagne: "La France unie" et "Génération Mitterrand", posant de facto, les fondements d'une politique de rassemblement, notamment du centre. Celui-ci s'étant posé comme le "père de la nation" et le protecteur patenté de l'Etat impartial face à tous les clans partisans, jouant jusqu'à la caricature de sa stature présidentielle... Une ouverture aux idées du centre se dessinait donc, politiquement parlant.

La_France_unie_selon_Fran_ois_Mitterrand

L'un des slogans de campagne du président sortant en 1988, annonciatrice d'une probable "ouverture" au centre

· les élections législatives consécutives à la réélection de François Mitterrand ne donnant qu'une majorité relative aux socialistes et apparentés, le président décide de nommer au gouvernement des personnalités centristes et de la société civile, tels Jean-Pierre Soisson, Jean-Marie Rausch, Michel Durafour ou encore Olivier Stirn, avec comme premier ministre Michel Rocard.

Cette "ouverture" congruait tant avec la campagne de rassemblement menée par François Mitterrand qu'avec son positionnement dit du "ni-ni", ni nationalisations, ni privatisations, censé être encore le marqueur premier du clivage gauche-droite. Elle ne fera cependant pas long feu. Mais elle était fondée politiquement et n’avait rien à voir avec la tartufferie sarkozienne.

VERS LE SECOND EMPIRE LIBERAL: LES ORIGINES DE L'OUVERTURE

Napol_on_III_en_couleurL'"ouverture" a toujours eu lieu au niveau de la formation du gouvernement, en fonction d'un projet politique lui-même ouvert, transcendant les clivages traditionnels, négocié selon l'intérêt national, l'état de l'opinion et les rapports de force politiques, à un moment t. Originellement, elle intervient comme une nécessité de réajustement des forces au pouvoir au regard de l'état du pays ou des événements politiques.

Le passage de l'Empire autoritaire à l'Empire libéral, en 1869, se joua ainsi par l'arrivée au gouvernement de personnalités issues de l'opposition à Napoléon III, dont le pouvoir vacillait. Elle déboucha naturellement sur des mesures politiques elles-mêmes d'ouverture, impliquant des changements substantiels dans la conduite des affaires et des réformes inspirées par les nouveaux venus de l'opposition.

L'"ouverture" ne relève donc nullement de nominations fantaisistes dictées par les caprices ou la pure stratégie de l'exécutif tout-puissant, contrairement à ce que pourrait nous faire croire la tartufferie sarkozienne actuelle.

Le cas du Second Empire est donc à ce titre intéressant. Comme nous le rappelle Louis Girard, dans son "Napoléon Napol_on_III_de_Louis_GirardIII", "les élections de 1869 marquent, après vingt ans d’interruption, la renaissance de la vie politique avec une presse libre et des réunions publiques dans les grandes villes". Plus profondément, l'empereur doit comprendre que "l’Empire est menacé [et que] la république est candidate à sa succession".

Emile_OllivierCette même année, le député républicain Emile Ollivier, fer de lance de l'opposition, qui avait été le rapporteur de la loi du 25 mai 1864, légalisant les "coalitions ouvrières" et instaurant le droit de grève, fut donc nommé par Napoléon III ministre de la Justice et des cultes, chef de fait d'un gouvernement de centre droit et de centre gauche.

Cette nomination, loin d'être cosmétique, comme le sont les nominations sarkoziennes, aura eu des conséquences politiques majeures. Elle déboucha sur la fin de la tutelle impériale sur le Corps législatif, révolution institutionnelle dans l'esprit des vues parlementaristes du parti de Emile Ollivier.

L'évolution parlementaire du régime fut donc menée par ce gouvernement que l'on pourrait qualifier d'"ouverture", en ce sens qu'il était dirigé par un ancien opposant à l'Empire, député républicain, rallié mais aux conditions fixées par lui-même et ses camarades.

Rien à voir avec les ministres issus de la gauche, potiches, nommés par M. Sarkozy qui n'ont aucun poids politique et ne changeront rien à la "feuille de route" clairement de droite fixée par le président de la République. Lesquels, par contre, protègent le président de toute accusation de sectarisme tout en télescopant toute opposition.

DE GAULLE, LA SFIO, LES COMMUNISTES, LE MRP ENSEMBLE AU POUVOIR: LE GOUVERNEMENT PROVISOIRE DE LA REPUBLIQUE

Lib_ration_de_Paris__ao_t_1944

La libération de Paris et le défilé sur la plus belle avenue du monde, les Champs-Élysées, août 1944

C'est l'événement politique majeur que constitue la perspective de la Libération à la fin de la Seconde guerre Le_gouvernement_provisoire_de_la_r_publique_fran_aisemondiale, qui conduisit le général de Gaulle à constituer, dès le 2 juin 1944, un Gouvernement provisoire de la République française composé de communistes, de socialistes (membres de la SFIO) et de membres du Mouvement républicain et populaire (MRP), composé d'anciens résistants, plutôt démocrates-chrétiens.

Le rassemblement au pouvoir des trois grandes composantes de la Résistance, tant extérieure qu'intérieure, était commandé par la nécessité historique de constitution d'une forme d'union nationale, en vue de la reconstruction de la France libérée.

Ces composantes portaient pourtant des projets et des orientations politiques radicalement divergentes. Mais le général de Gaulle sut les réunir au nom de l'intérêt supérieur de la République et de la France. Après le retour à la République, il s'agissait en effet de "rendre la parole au peuple", et nécessairement dans sa diversité, d'où les élections et le référendum qui aboutiront à l'abolition de la IIIe République et à l'avènement de la IVe.

Charles_de_Gaulle__portrait_couleurCe qui nous intéressera ici, ce sont les mesures politiques qui résultèrent de cetteProgramme_CNR "ouverture" aux socialistes et aux communistes, sous la houlette du général de Gaulle. Rien à voir avec la nomination de personnalités médiatiques. La France, revenant du régime de Vichy et de l'occupation nazie, renoua ainsi avec les principes républicains fondamentaux, en mettant en oeuvre de nombreuses mesures issues du programme du Conseil National de la Résistance (CNR). Ces mesures, souvent d'inspiration socialiste et communiste, in fine, relevèrent la France et participèrent aussi de la constitution du gaullisme politique, renouant avec le souci de l'indépendance nationale, la prééminence de l'Etat, la solidarité, la méritocratie républicaine, inscrivant, également, la France dans la modernité politique du second XXe siècle. A savoir:

· droit de vote des femmes -qui l'exercent pour la première fois le 29 octobre 1945

Les_femmes_votent

· mise en place de la Sécurité sociale -ordonnance du 19 octobre 1945

S_curit__sociale_et_solidarit__des_hommes

· création des allocations familiales -loi du 22 août 1946

Allocations_familiales

· nationalisations, dont celle de l'énergie

· création de l'Ecole Normale d'Administration (ENA) pour former des hauts fonctionnaires recrutés, non pas selon leurs origines sociales, mais selon leurs "mérites" etc.

La formation, sous l'égide du général de Gaulle, du Gouvernement provisoire, intégrant des socialistes et des communistes, déboucha donc sur une politique d'ouverture et de rassemblement, posant les jalons d'acquis sociaux fondamentaux. En outre, il est certain que, malgré toutes leurs divergences idéologiques, au final, communistes, socialistes, démocrates-chrétiens se retrouvaient sur un socle commun: le rétablissement de la République et l'approfondissement de ses principes.

Ce sont ces mêmes acquis, issus du programme du Conseil national de la Résistance (CNR) et reconnus dans leur esprit par le préambule de la Constitution de la Ve République, qui sont aujourd'hui jetés au caniveau par la présidence Sarkozy et son soi-disant gouvernement d'"ouverture".

Les_acquis_sociaux_d_truits_par_Nicolas_Sarkozy

________

Pourquoi ces nominations de personnalités médiatiques dites de "gauche" par l'ancien maire de Neuilly-sur-Seine? Pourquoi cette stratégie politicienne qualifiée d'"ouverture"?

Rien ne justifiait que fût pratiquée, comme l'avait fait de Gaulle à la Libération, une politique d'"ouverture", consistant à accomplir un programme de réformes négocié entre les différentes composantes de la vie politique française républicaine -des communistes à la droite de l'UMP. Une telle politique aurait pu à la rigueur être tentée par Jacques Chirac, réélu en 2002 contre le chef du Front national, Jean-Marie Le Pen, avec les suffrages de la gauche. Mais en 2007, le débat droite-gauche avait repris ses droits au second tour des présidentielles. C'est bien pourquoi cette politique d'"ouverture" n'existe pas et est un leurre.

· Ni sortie de guerre, ni crise institutionnelle majeure, ni nécessité d'une union nationale en vue de reconstruire le pays ne se présentaient avant l'élection de Nicolas Sarkozy, le 6 mai 2007.

· La campagne électorale menée par ce dernier n'était pas une campagne ouverte aux idées de la gauche, mais aux idées de l'extrême-droite, à laquelle le président Sarkozy n'a pourtant pas fait appel lors de la composition de son gouvernement.

· Le nouveau pouvoir a été élu sur un projet de droite, socialement ultralibéral -au détriment des plus défavorisés et des classes moyennes, dans le souci constant de démanteler l'Etat et le droit social; économiquement favorable au capitalisme financier, à la finance spéculative et aux fortunes rentières -au détriment des petites et moyennes entreprises qui sont au premier rang de la relance de la croissance; culturellement ancré dans la réaction, dans le culte de l'argent-roi et dans la désignation de boucs-émissaires -les pauvres, les immigrés, les étrangers, les chômeurs, les retraités, les jeunes des cités etc.; internationalement, la France devait en finir avec la realpolitik, pour adopter une diplomatie des droits de l'homme, tourner le dos au monde africain et arabo-musulman pour se rapprocher des positions de l'administrations Bush, pourtant en fin de son désastreux parcours.

· Le président de la République dispose d'une majorité à sa botte au Parlement, et l'opposition n'est pas en mesure de menacer les gouvernements qu'il peut nommer à sa guise.

De ce programme sarkozien, toutes les  idées venues du gaullisme, du centrisme, des différentes tendances de la gauche, toutes forces républicaines, étaient exclues et le sont toujours. La soumission de l'ensemble de la droite au projet présidentiel, la réduction au silence de toute dissension au sein de l'UMP, l'appel aux fidèles du centriste François Bayrou pour mieux le fragiliser, le recours à des individualités de gauche, politiquement insignifiantes mais populaires: toutes ces manœuvres sont contraires à l'esprit d'une politique d'"ouverture".

Elles assurent en fait l'hégémonie d'un projet présidentiel unilatéral visant à détruire un à un tous les principes républicains fondamentaux en créant un pseudo-consensus médiatique autour de la personne du président. Elles visent évidemment à préparer sa réélection en 2012. Car en faisant croire aux Français que cette politique fermée et antirépublicaine est une politique d'"ouverture", il s'agit d'occuper tout l'échiquier politique classique, de désarçonner toute velléité d'opposition et de faire croire que le Président bénéficie du soutien massif de tous les Français, alors que 47% d'entre eux n'ont pas voté pour lui et ont une autre vision de la France.

Le mensonge grossier que constitue l'idée selon laquelle le président mènerait une politique d'"ouverture" est grave, car relayé par les médias les plus puissants, audiovisuels notamment, il implique plusieurs conséquences:

· l'arrivée au gouvernement de personnalités dites "de gauche" qui ne défendent aucune mesure de gauche mais monopolisent le débat publico-médiatique, symboles vivants de l'immoralité politique récompensée par le nouveau pouvoir comme de l'effondrement des convictions politiques

· la diffusion de l'idée fausse selon laquelle l'opposition ne se situerait plus au Parlement ni dans les territoires de la République, mais au sein du gouvernement

· l'internalisation du débat démocratique au sein du gouvernement, qui n'est en droit qu'une équipe de personnalités nommées et non élues, dépourvues de légitimité démocratique

· la transformation du gouvernement en un simulacre d'assemblée démocratique, ce qu'il n'est en aucun cas

· l'étouffement médiatique de toutes les véritables oppositions, des gaullistes aux communistes, par les prises de parole politiquement sans aucun effet des ministres dits d'"ouverture"

· le discrédit sur le débat d'idées et le "relativisme de toutes les valeurs", l'absence de concordance entre les paroles et les actes au profit du règne de l'image, tous phénomènes propres à la condition postmoderne

· la remise en cause de la fonction éminente que les partis politiques, dans leur pluralité et leur diversité devraient jouer dans la vie démocratique du pays.

Il s'agit donc d'une nouvelle forme de gouvernement, qui n'a absolument rien à voir avec une quelconque "ouverture" aux idées du centre ou de la gauche, mais qui relève d'un véritable déni de démocratie représentative.

Les débats au Parlement sont constamment télescopés par les pseudo-disputes internes à un gouvernement dont la Constitution prévoit qu'il doit demeurer solidaire et co-responsable devant la représentation nationale. Leur ultra-médiatisation permet de consolider une grave dérive, à savoir le glissement de la démocratie vers la "télécratie".

Il n'y a donc en France, en dehors des plateaux de télévision,  aucune politique d'"ouverture" menée par le nouveau pouvoir en place. Affirmer le contraire relève du mensonge politique.

Il y a simplement musellement de toute opposition et abaissement de la démocratie parlementaire et de la démocratie tout court. La preuve en est qu'aucune mesure de gauche n'a été et ne sera pratiquée par les ministres d'"ouverture", solidaires d'un gouvernement de "droite dure". Les coups de gueules des uns des autres, leurs pleurnicheries ou leur résignation témoignent en fait de leur impuissance et de leur soumission absolue aux volontés présidentielles.

Il serait temps que le journalisme politique français prenne la mesure d'une telle dérive et cesse de gober les mensonges présidentiels en reprenant à son compte le terme d'"ouverture", quand il n'y en a aucune.

Dénoncer sans relâche cette tartufferie serait la condition sine qua non du retour à un véritable débat démocratique. Sans quoi le peuple français ne trouvera plus aucun opposant à la politique de destruction des principes et des acquis fondamentaux de la République française, héritière de la civilisation démocratique athénienne, de la république romaine, des Lumières et de la Révolution française.

L'élection de l'ancien maire de Neuilly-sur-Seine, loin de marquer un retour du politique, comme le pensent naïvement nombre de commentateurs politiques, emboîte le pas à ce que le philosophe Zizek appelle la "sortie du politique". Si cette situation perdure, les mesures les plus gravissimes pourront être mises en oeuvre sans aucune résistance, sans qu'aucun débat démocratique digne de ce nom ne les accompagne, sans souffrir aucune critique.

Fonder et mener une politique qui liquide à la fois la Révolution française, les droits de l'homme, les acquis de la Résistance, le gaullisme comme le socialisme, le chiraquisme comme le mitterrandisme sur un tel mensonge relève d'une des plus grandes escroqueries que la vie politique de la Ve République ait jamais connues.

Le mensonge comme programme politique n'est jamais de bon augure. Le peuple français devrait s'en émouvoir, sans quoi il ne restera bientôt plus rien de son héritage commun, de ce qui faisait encore sa grandeur de par le monde et sa cohésion politique, à savoir la prééminence de la "chose publique" sur tous les intérêts particuliers... Ce que l'on appelait, avant l'élection de M. Sarkozy, la République...

_____

Cliquez ici pour lire également:

LE GOUVERNEMENT POSTMODERNE DE SARKOZY ET LA FAILLITE DE LA PENSEE OCCIDENTALE VUE PAR JORDI VIDAL

FADELA AMARA, VOUS ETES VOUS AUSSI RESPONSABLE DU PROJET DE LOI SUR L’IMMIGRATION, AMENDEMENT ADN COMPRIS

LA FAILLITE MORALE DES MINISTRES D'OUVERTURE, FRUIT DE LA TARTUFFERIE SARKOZIENNE DE L'"OUVERTURE"

LA SANTE DEVIENT PAYANTE EN FRANCE... PAR LA GRACE D'UN GOUVERNEMENT D'OUVERTURE

17 novembre 2007

LE JOURNALISME FRANCAIS A LA BOTTE DE SARKOZY? LA CROISADE ANTI-GREVES DE JEAN-PIERRE ELKABBACH

L'impartialité et la compétence de certains puissants journalistes français devraient se mesurer à l'aune du vocabulaire qu'ils emploient. Notamment s'agissant de l'actualité sociale qu'ils prétendent commenter.

Libert__de_la_presse_ou_relais_m_diatiques_du_gouvernement

Presse libre ou porte-voix du gouvernement? Il faudrait choisir, comme y invite cette caricature!

____

Les grèves et les manifestations se multiplient et vont se multiplier en cet automne 2007 en France:

-sur la question des régimes spéciaux de retraite parmi les cheminots et dans le secteur des transports

Manifestations_du_secteur_des_transports

-sur la réforme des universités parmi les étudiants

Manifestations__tudiantes_en_2005

-sur la réforme de la carte judiciaire parmi les magistrats

Manifestations_d_avocats_contre_la_r_forme_de_Rachida_Dati

-sur la destruction du service public parmi les fonctionnaires.

Manifestations_pour_le_service_public

En Allemagne, des grèves d'une grande ampleur historique ont été déclenchées dans le secteur des transports.

____

Gr_ves_de_1901

La grève, un mode d'action et de lutte des travailleurs qui fait partie intégrante de l'histoire de la République française

Phénomène et mode d'action sociale intrinsèques à l'histoire du régime du gouvernement représentatif, en Europe, et de la République, en France, la grève est pourtant attaquée, piétinée et ridiculisée, dans son fondement même, par certains journalistes dits "politiques".

Ceux-ci sont censés apporter éclaircissements non partisans et analyses impartiales sur la situation du pays. Ils semblent avoir pourtant décidé de s'attaquer, sémantiquement, et en toute partialité, à cette notion même de grève, reconnue par la Constitution de la Ve République. Laquelle, rappelons-le au passage, pose en son article 1er que:

"La France est une République [...] sociale".

____

Jean_Pierre_ElkabbachJean-Pierre Elkabbach est certainement la caricature la plus grossière, non seulement Nicoals_Sarkozy_et_Jean_Pierre_Elkabbachde l'archaïsme d'un certain journalisme français épuisé et encore englué dans les miasmes de la guerre froide, non seulement de sa mécompréhension ou de sa paresse intellectuelle à comprendre les problèmes socio-politiques du présent mais aussi, et c'est plus grave, d'une connivence idéologique, consciente ou inconsciente, avec le pouvoir en place, en l'occurence l'ancien maire de Neuilly-sur-Seine et actuel président M. Sarkozy.

.

_____

Lors d'une émission diffusée le 11 novmebre 2007 sur le service public audiovisuel, interrogeant Julien Dray, porte-parole du parti socialiste français, Jean-Pierre Elkabbach, a ainsi traité ce dernier et les grévistes d'"amis de Trotski", donc de "trotskistes"... A quoi bon? Nul ne le saura...

Julien_Dray_conseiller_sp_cial_de_S_gol_ne_Royal       L_on_Trotsky

Julien Dray, conseiller spécial de la candidate du parti socialiste à la présidentielle de 2007, favorable à un élargissement de la gauche au centre, assimilé par M. Elkabbach à Léon Trotski, assassiné en 1940, communiste révolutionnaire antistalinien, est-ce bien raisonnable?

M. Elkabbach, après avoir assuré, "ici on essaye d'être impartiaux", de lancer à M. Dray, qui a été conseiller spécial d'une candidate socialiste à la présidentielle, favorable au rapprochement avec les centristes et ardent défenseur du dialogue social:

"vous citez Trotski, c'est un de vos amis j'ai compris", "c'est l'ami de beaucoup d'entre vous, même de ceux qui vont organiser les manifs".

Tout cela nous rappelle une formulation du passé, portant sur un autre sujet dans un autre contexte, mais que l'on pourrait aisément reformuler  au sujet du traitement des mouvements sociaux par M. Elkabbach: "quand j'entends le mot "grève" je sors mon Trotski"!

______

Constitution_de_la_IVe_R_publique

Qu'il soit favorable ou non aux grèves et aux manifestations, sur la forme comme sur le fond, quel journaliste impartial, connaissant le contexte juridique, social et politique français, se permettrait-il de qualifier implictement grévistes et manifestants de "trotskistes", instillant l'idée qu'ils agissent aujourd'hui en fonction d'une idéologie vieille de plus d'un siècle?

Alors que ces derniers usent d'un droit constitutionnel, inscrit dans le préambule de la Constitution de la IVe République de 1946. Que dit ce préambule, toujours en vigueur? Il dit, dès ces premiers articles, que:

-"art. 5. Chacun a le devoir de travailler et le droit d'obtenir un emploi. Nul ne peut être lésé, dans son travail ou son emploi, en raison de ses origines, de ses opinions ou de ses croyances.

-art. 6. Tout homme peut défendre ses droits et ses intérêts par l'action syndicale et adhérer au syndicat de son choix.

-art. 7. Le droit de grève s'exerce dans le cadre des lois qui le réglementent.

-art. 8. Tout travailleur participe, par l'intermédiaire de ses délégués, à la détermination collective des conditions de travail ainsi qu'à la gestion des entreprises".

_____

Napol_on_IIISi M. Elkabbach méconnaît ou méprise la Constitution, s'il ne connaît pas l'histoire des luttes sociales en France, s'il ignore que le mot "grève" date de l'Ancien Régime et que le droit de grève est reconnu dans ce pays depuis le Second Empire, s'il ne comprend pas que la poursuite des grèves actuelles est exigée par la base -constituée notamment de jeunes travailleurs défendant, sans a priori idéologique, les conditions dans lesquelles ils ont choisi leur métier et intégré leur travail- plus que par des chefs syndicaux prompts au dialogue -qui eux peuvent éventuellement être soupçonnés d'une jeunesse "trotskiste"-, qu'il se taise sur ces sujets.

Si pour lui le mot "grève" évoque immédiatement Léon Trotski, né en 1879 en Ukraine, alors que la loi autorisant "les coalitions ouvrières" en France date de 1864 et est le fruit de l'"ouverture" républicaine amorcée par l'empereur Napoléon III, qu'il abandonne ses références périmées.

Si M. Elkabbach est convaincu que le monde est encore, en 2007, divisé entre vilains communistes révolutionnaires internationalistes: les "trotskistes" et bons libéraux: le reste de la population, qu'il prenne sa retraite et surtout qu'il quitte le service public audiovisuel.

Manifestations_d__tudiants

Manifestations d'étudiants inquiets pour leur avenir, peut-être exaspérants, jusqu'auboutistes mais loin d'être, dans leur majorité les "méchants trotskistes" en manque de révolution internationaliste que semble voir en eux M. Elkabbach?

____

A moins que M. Elkabbach ne soit prêt à déclarer enfin en direct, à la télévision et à la radio, qu'il est en fait en croisade contre toute amorce de mouvement de grève menaçant le gouvernement nommé par l'ancien maire de Neuilly-sur-Seine et actuel président de la République, M. Sarkozy.

Ce qui clarifierait le débat, l'orientation de ses entretiens "politiques" et permettrait d'éviter l'emploi pavlovien de termes archaïques et volontairement polémiques pour enfin ouvrir de vraies réflexions sur la question sociale en France -et notamment sur le manque cruel de dialogue social dans ce pays.

Mais peut-être M. Elkabbach, soucieux de son éthique journalistique, devrait-il alors rendre sa carte de presse... Cruel dilemne...

08 novembre 2007

LE GOUVERNEMENT POSTMODERNE DE SARKOZY ET LA FAILLITE DE LA PENSEE OCCIDENTALE VUE PAR JORDI VIDAL

Comment expliquer qu'un candidat à l'élection présidentielle française, tel que l'ancien avocat d'affaires et maire de Neuilly-sur-Seine, Nicolas Sarkozy, ait réussi pêle-mêle à rallier les classes populaires et les classes hyper-privilégiées, l'électorat de l'extrême droite xénophobe et populiste, de la droite gaullienne, une partie des sympathisants du centre et même certains électeurs de gauche?

Nicolas_Sarkozy_en_vedette_am_ricaine

__

Comment comprendre que cet ancien ministre de l'Intérieur de droite, au bilan désastreux, soit parvenu à attirer des "intellectuels de gauche" ou issus de la gauche, tels Max Gallo pour "la gauche républicaine", André Glucksmann pour "la soixante-huitarde antitotalitaire", parmi les plus médiatiques?

___

Sarkozy_liquidateur_de_l_h_ritage_de_de_GaulleQuelle mouche a donc piqué des gaullistes autoproclamés pour aller soutenir un homme qui avait vertement critiqué l'opposition gaullienne et salutaire, menée par Chirac, à la folle et désastreuse équipée guerrière irakienne de l'administration Bush, et réclamé qu'on l'appelât "Sarkozy the American"?

Qu'en est-il de ces souverainistes républicains, tels des Henri Guaino ou encore Max Gallo toujours, qui sont allés soutenir un candidat qui se prononçait pour la trahison des acquis de la Résistance, la remise en cause de la laïcité, l'adoption des statistiques "raciales" et du modèle de société multi-racial états-unien?

.

____

Par quelle manœuvre, une fois élu président de la République, cet homme a-t-il réussi à former un gouvernement Sigle_FNsolidaire composé de personnalités politiques "de gauche", autour d'un programme intégrant des mesures d'un thatchérisme archaïque, mis en échec dans le monde entier et axé autour d'une promotion sans complexes des inégalités sociales, assorti de propositions issues de l'extrême droite et attentatoires aux droits de l'homme et du citoyen, avec pour mot d'ordre la "liquidation de mai 68"?

Que font Fadela Amara, Bernard Kouchner, Rama Yade, Jean-Marie Bockel et d'autres autour de la table du Conseil des ministres d'un tel gouvernement?

___

Il serait naïf de croire à un "coup de génie" de M. Sarkozy ou encore à une mauvaise "performance" de sa rivale socialiste.

S_gol_ne_Royal__candidate_socialiste___la_pr_sidentielle_de_2007

Cette situation n'est que l'aboutissement d'une longue, lente et profonde faillite de la pensée et de l'action, certes de la gauche, mais de tous les républicains.

Et tous les personnages de cette triste comédie, ceux qui se disent de gauche, de droite, libéraux, gaullistes, souverainistes, républicains ou communautaristes, nationalistes ou "droits de l'hommistes", tous partagent en fait une même caractéristique: ce sont les enfants d'une nouvelle époque, la postmodernité.

C'est pour cela que le livre de Jordi Vidal, Servitude et simulacre en temps réel et flux constant, Réfutation des thèses réactionnaires et révisionnistes du postmodernisme, tombe à point nommé. 

Pour nous aider à comprendre cette déconfiture de la pensée en France, en Europe, aux États-Unis d'Amérique et dans l'Occident mondialisé, depuis au moins quarante ans.

Servitude_et_simulacre

Professeur aux beaux-Arts de Perpignan, fils et petit-fils de syndicalistes espagnols, Jordi Vidal analyse brillamment les Jordi_Vidalconséquences culturelles, médiatiques, sociétales, politiques et sociales de l'hégémonie de la pensée postmoderne dans le champ universitaire occidental.

Evoquant les tenants du postmodernisme et leur nouvelle hégémonie dans les cercles universitaires occidentaux, Vidal parle d'un "milieu sclérosé", immergé dans une civilisation désidéologisée, télévisuelle et fondée sur l'image, sur l'oubli de l'histoire comme de la géographie, sur l'hyper-spécialisation des savoirs.

Tout se passe comme s'ils réfléchissaient hors du monde, étrangers aux réalités culturelles et socio-économiques qui affectent l'homme occidental contemporain...

Aliénés des peuples, et se proclamant allergiques à tout populisme, ils s'encanaillent  ensemble grâce à leur connexion internationale, leurs échanges globalisés, leurs voyages financés par les universités et les centres de recherche, souvent aux frais du contribuable, en France en tout cas.

Le problème est que ceux-ci pensent être une nouvelle "avant-garde" critique alors qu'ils ne font que consolider la société qu'ils décrivent de façon abstraite.

Magie_post_moderne

Le post-modernisme, une pensée "magique", déconnectée du réel mais dont l'influence et les effets politiques sont eux bien réels...

____

Pour résumer, il s'agit de comprendre avec Vidal quelques éléments et idées-forces de ce courant de pensée, certes informe, mais uni autour d'une récusation des traditions humanistes, démocratiques, républicaines, des Lumières comme de la pensée marxiene et de toute la pensée du social:

  • il n’y a plus de principes intangibles, tout est relatif, tout se vaut, la recherche de la vérité est un leurre, un horrible "mythe" totalitaire qu'il s'agit de "déconstruire"

  • les images et les représentations toujours changeantes de la réalité comptent plus que la réalité elle-même, que l’historicité des faits et des situations, il faut accepter l'hégémonie des "simulacres" et de la confusion, de l’équivalence de tous les phénomènes : religion et politique; État et nation; nation et nationalisme; république et nation, peuple et populisme; fascisme et totalitarisme; race et ethnie; citoyenneté et identité; classes sociales, communautés et minorités; culture et vie quotidienne; moralisme et éthique politique ou même Orient et Occident etc.

  • il faut condamner les Lumières, la science, la révolution, tout universalisme et toute vision collective du monde, assimilés à l’impérialisme et à "l’universel blanc masculin hétéronormé" (sic) et primat du contenant sur le contenu, de l'auteur, de sa race, de son sexe sur son œuvre etc.

  • l'idée même de civilisation est un leurre masquant une volonté cachée de domination

  • il faut privilégier les seuls phénomènes, passés ou présents, particuliers ou minoritaires, isolés les uns des autres, décontextualisés puis juxtaposés au besoin - esclavage, antisémitisme, racisme, xénophobie, discrimination, colonialisme, impérialisme, massacres administratifs- et dévaluer toute l'histoire universelle au nom de ces phénomènes, en occultant tout le reste - abolitionnisme, Résistance et sauvetage de la majorité des juifs en France, sous Vichy, mouvements de lutte contre le racisme, anticolonialisme d'origine européenne, humanisme etc.

  • seule peut s'imposer une vision pseudo-religieuse et moraliste du monde avec en son cœur la défense émotionnelle des victimes sélectionnées selon leur "valeur polémique ajoutée", au détriment d’une idée universelle de la dignité humaine défendue par des citoyens agissant et se révoltant. Le tout au risque à gauche d’une collusion avec les islamistes et les fondamentalistes juifs et chrétiens, et à droite de la mise en place d'une politique compasionnelle thatchérienne de sous-traitance de la question sociale aux organismes de charité ou à des juges

  • il est temps d'abandonner toute vision historienne des concepts comme de la réalité au profit de "manipulations historiques" selon les besoins de sa propre théorie: on dira ainsi que les Français d'origine immigrée subissent le même sort que leurs parents (sic) "esclavagisés", que les HLM ont été construits dans le but délibéré de parquer les immigrés dans des ghettos, que les noirs états-uniens sont des Africains ou encore que la démocratie athénienne doit être rejetée parce qu'elle tolérait l'esclavage etc.

  • toute ambition d’analyse globale de la société de consommation, des frustrations qu'elle génère et des inégalités qu'elle produit, est vaine et ennuyeuse, on préfèrera s'intéresser au malheur des "minorités", aux pratiques sexuelles, aux "représentations", télévisuelles, médiatiques etc. offertes en pâture par la société de masse de communication et de consommation

  • il faut partager la certitude de l’impossibilité de tout changement collectif, abandonner la question sociale au profit de la question raciale par exemple, le contraire manifestant un penchant antidémocratique pour la révolution et ipso facto pour le totalitarisme etc. Marx est bel et bien mort et enterré.

.

____

.

Bernard_Kouchner_partisan_fervent_de_S_gol_ne_Royal    Bernard_Kouchner_et_Nicolas_Sarkozy

Symbole de cette absence de principes des politiciens postmodernes, Bernard Kouchner qui, après avoir fait campagne aux côtés de la socialiste Ségolène Royal, rallie le victorieux candidat de droite à la présidentielle, Nicolas Sarkozy, devenant l'un de ses ministres...

.

Dans ce contexte où tout se vaut, où tout se mélange, où l'histoire ne compte que si elle sert la théorie logique préétablie, on comprend que des gens se disant de gauche puissent rejoindre un gouvernement d'ultra-droite. Le fait de se situer à gauche, d'être attaché à l'abolition des privilèges, initiée durant la Révolution française, peut, dans cette bouillie, être compris comme son contraire, comme lorsque l'on estime qu'être de gauche n'a rien à voir avec la question sociale mais consiste à créer des privilèges pour des "minorités raciales" discriminées et à cultiver le mépris pour les couches populaires nécessairement incultes, intolérantes, conservatrices etc.

.

.

Bernard_KouchnerDésormais, on peut prétendre, comme M. Kouchner, demeurer socialiste et être solidaire d'un gouvernementFadela_Amara_et_Christine_Boutin qui privatise la Santé et détruit les services publics, se dire "humanitaire" et préconiser la guerre... On peut être antiraciste et antisémite à la fois... On peut être féministe laïque, comme Mme Amara et être solidaire de Mme Boutin, catholique militante dont la ferveur laïque a toujours, c'est un euphémisme, été sujette à caution... On peut prétendre défendre les banlieues et les immigrés et être solidaire d'une politique fiscale favorisant une poignée de très riches et stigmatisant les étrangers comme jamais...

.

.

____

.

Bref, l'essai de Jordi Vidal nous offre un éclairage sur les coulisses intellectuelles (sic) de la situation politique française actuelle. Il témoigne aussi d'un air du temps qui interdit toute pensée républicaine comme simple attachement à la "chose publique" et au collectif. Ces quelques citations pour vous en donner un avant-goût:

"Sous toutes leurs variantes, les tendances emblématiques du postmodernisme sont aussi changeantes qu’un "primetime" télévisuel. Leur diversité, qui se targue d’être rebelle, contribue à une même vision réactionnaire du monde et entend, sur le mode de l’accumulation et du rapprochement intempestif, "fissionner le réacteur républicain en activant des théorisations et des pratiques culturelles et politiques en chaîne venues des marges : études postcoloniales, postféministes, ethniques, gays, lesbiennes et trans, beur studies, whiteness studies et gender studies"… ".

Candidats_d_une__mission_de_t_l__r_alit___jeunesse__diversit__sexuelle__raciale_pr_tes___consommer

La télé-réalité, image d'une société heureuse, multiraciale et multisexuée, où en fait tous, acteurs et spectateurs sont exploités: la postmodernité "réalisée", ici l'émission de TF1, Secret story

.

____

Barbie_black"L’expansion de cette vision paranoïaque du monde s’est assortie d’uneMadonna__milliardaire_certes_mais_bisexuelle_et_transraciale__donc_progessite fragmentation de la recherche et d’un total désengagement politique. Au nom de la culture, on est passé, en quarante ans, de l’analyse critique du sort de l’ouvrier anglais envisagée à partir de son point de vue, de sa parole et de ses conditions de vie, à l’étude comparée des vertus de la poupée Barbie et de la chanteuse Madonna".

___

Violence_de_voyous_de_banlieue___Paris"Pour la sociologie postmoderne, la violence du "jeune arabe" est laManifestations_ouvri_res_le_1er_mai conséquence d’une discrimination ethnique antérieure à la domination capitaliste, trouvant son origine dans les Lumières. Parvenu à un tel degré d’inversion, le postsociologue refusera d’assimiler le sort des jeunes des cités à celui d’un prolétariat toujours précarisé et de moins en moins agissant. Il parlera de "guerre raciale" et dissimulera le fait que la misère matérielle touche dorénavant une partie de plus en plus importante de la population, empêchant ainsi toute solidarité effective entre les exclus".

.

_____

.

Cliquez ici pour lire également:

.

LA FAILLITE MORALE DES MINISTRES D'OUVERTURE, FRUIT DE LA TARTUFFERIE SARKOZIENNE DE L'"OUVERTURE"

.

LA SANTE DEVIENT PAYANTE EN FRANCE... PAR LA GRACE D'UN GOUVERNEMENT D'OUVERTURE

06 novembre 2007

SARKOZY, PRESIDENT RACAILLE?

Trop c'est trop. L'ancien maire de Neuilly-sur-Seine et actuel président de la République, M. Sarkozy, a de nouveau "perdu ses nerfs", le 6 novembre 2007, en déplacement en Bretagne. Violent verbalement, prêt à en découdre physiquement avec un manifestant, il se comporte comme les "racailles" dont il voulait débarrasser les cités "au karcher". Hypocrisie et immoralité politiques continues... Après avoir insulté son porte-parole devant une journaliste nord-américaine médusée, après avoir insulté les Africains et la chancelière allemande Mme Merkel, M. Sarkozy récidive et nous montre qu'il n'a toujours pas endossé l'habit présidentiel...

MAZARINLe_cardinal_Mazarin

"Prends garde à ne pas t'emporter trop vite contre quelqu'un [...]. Si tu es offensé personnellement, le mieux est de faire comme si de rien n'était, car une querelle, et l'offenseur et toi seriez ensuite en geurre perpétuelle."

                         

Br_viaire_des_politiciensCardinal Mazarin,

"Bréviaire des politiciens,

Contenir sa colère".

.

Alors qu'il veut restaurer l'autorité des maîtres et des professeurs dans les écoles, alors qu'il avait prétendu restaurer les "valeurs" en "liquidant l'héritage de mai 68", alors qu'il avait affirmé avoir "changé" durant la campagne présidentielle, et abandonné la violence verbale qu'on lui connaissait, notamment en tant que ministre de l'Intérieur, M. Sarkozy s'est comporté en Bretagne comme un véritable voyou, à l'égard d'un manifestant qui l'aurait insulté.

Bateau_en_Bretagne_en_1873

Bateau de pêche breton, en 1873

Entouré d'une nuée de gardes du corps, face à des marins-pêcheurs de Guilvinec qui Nicolas_Sarkozy_en_Bretagne__le_6_novembre_2007réclamaient une entrevue avec leur ministre, et non avec le chef de l'Etat, pour évoquer leurs difficultés, M. Sarkozy, s'il avait endossé "l'habit présidentiel", n'aurait jamais fait preuve d'une telle perte de sang-froid, donnant l'image d'un homme entouré de ses sicaires, prêt à se battre à jeu inégal avec un manifestant.

S'il était, dans sa tête, président de tous les Français et ne suscitait pas une telle haine, au point de ne pouvoir se rendre en banlieue, en territoire de la République, il suivrait les conseils avisés du cardinal Mazarin, et au premier chef, celui de "contenir sa colère".

_____


Sarkozy-pecheur
envoyé par irkoska. - L'info internationale vidéo.

Image d'un président violent, se comportant comme un véritable voyou, incapable de garder son sang-froid face à des manifestants échaudés, en appelant quasiment à la bagarre, le 6 novembre 2007, en Bretagne

_____

Nous avons vu à plusieurs reprises que l'immoralisme et l'hypocrisie sont au coeur de la "nouvelle droite" compassionnelle et émotionnelle menée par M. Sarkozy. A ce titre on se rappellera cette admonestation prononcée pour décrédibiliser sa concurrente socialiste à la présidence de la République, lors du débat clôturant la campagne:

"pour être président de la République, il faut être calme",

alors que celle-ci se montrait très justement et prophétiquement ulcérée de l'hypocrisie larmoyante du candidat de droite sur le sujet du handicap des enfants. Attitude qui se manifeste de façon criante quand la ministre de la Sanré, Roselyne Bachelot, a le toupet de justifier le démantèlement du système de santé solidaire par la nécessité d'aider les personnes âgées atteintes de la maladie d'alzheimer...

Debat : Sego/Sarko :"la colère de sego"
Vidéo envoyée par konoha1985

Le 2 mai 2007, lors du débat présidentiel, Ségolène Royal, ulcérée par l'hypocrisie de Nicolas Sarkozy, évoquant, "la larme à l'oeil", la scolarisation des enfants handicapés, s'était vue rappelée au "calme" par M. Sarkozy lui-même! De lui expliquer que "pour être président de la République, il faut être calme"...

______

Les inquiétudes manifestées pendant la campagne face à la violence verbale de Nicolas Sarkozy, en tant que ministre de l'Intérieur mais aussi comme candidat à la présidentielle -insultant l'Allemagne ou encore les Français de confession musulmane- n'étaient donc pas infondées. L'ancien maire de Neuilly-sur-Seine n'aura repris son calme que pour être élu.

Or, le conseil de Mazarin qu'on aimerait qu'il suive, à savoir "contenir sa colère", s'applique à l'exercice du pouvoir autant qu'à sa conquête... Si M. Sarkozy veut enfin acquérir une stature de chef d'Etat, qu'il cesse de se laisser aller à la violence, verbale ou potentiellement physique.

Qu'il applique à lui-même les "valeurs" qu'il fait semblant de vouloir restaurer... Au moins pour montrer aux futurs citoyens de ce pays autre chose que l'image d'un voyou parvenu et "plein aux as", tutoyant et menaçant à la moindre anicroche...

____

Cliquez ici pour lire également:

L'HYPER-VIOLENCE EST FILLE DE LA SOCIETE DE CONSOMMATION, M. SARKOZY

ETES-VOUS ANTI-ALLEMAND M. SARKOZY?

21 juin 2007

L'HYPER PRESIDENCE ET SES ENTRAVES A LA CONSTITUTION

La_f_te_des_fousL’an dernier, Marie-France Garaud, ancienne conseillère à l’Elysée du président Pompidou puis deMarie_France_Garaud_en_1981 Jacques Chirac, fin connaisseur des institutions et du droit constitutionnel, défenseur acharné de la Constitution de la Vième République, publiait La fête des fous, Qui a tué la Vième République?.

Elle imputait le meurtre des institutions à l’opposition originelle de François Mitterrand à celle-ci puis à la mise en œuvre par celui-ci de la cohabitation, à la théorisation de cette situation où la majorité parlementaire est opposée au président de la République par Edouard Balladur et enfin à la présidence de Jacques Chirac, adepte de la cohabitation et refusant la démission après son échec lors du rejet par le peuple français du référendum du 29 mai 2005 sur « le Projet de loi autorisant la ratification du traité établissant une Constitution pour l’Europe ».

.

_____

Il serait salutaire que Marie-France Garaud s’exprime aujourd’hui sur la violation notoire par l’ancien maire de Neuilly-sur-Seine et actuel président de la République de l’esprit et de certains des articles fondamentaux de cette Constitution qu’il s’est pourtant jusque là refusé à modifier.

_____

Constitution_1958Parce qu’actuellement, le président, en contradiction avec la Constitution du 4 octobre 1958  :

            

            -gouverne en lieu et place du gouvernement tout en bénéficiant de l’irresponsabilité du président devant le Parlement :

.art. 20 : « Le gouvernement détermine et conduit la politique de la Nation. […] Il est responsable devant le Parlement […] »

.art. 18 : « Le président de la République communique avec les deux assemblées du Parlement par des messages qu’il fait lire et qui ne donnent lieu à aucun débat »

.art. 67 : « Le président de la République n’est pas responsable des actes accomplis en cette qualité […] ».

______

SYMBOLE_DE_LA_JUSTICE      

-autorise un projet de loi sur les peines-plancher qui remet en cause l’indépendance des juges et l’individualisation de la peine :

Art. : 64 : « Le président de la République est garant de l’indépendance judiciaire ».

.

____

            -en ouvrant le gouvernement à des membres de partis politiques de l’opposition et de la gauche notamment, décrédibilise l’ensemble des partis politiques et ne respecte pas le suffrage universel qui l’a porté au pouvoir, lui, en tant que président de l’UMP et a élu à l’Assemblée nationale une majorité de droite :

.Art. 4 : « Les partis et groupements politiques concourent à l’expression du suffrage. Ils se forment et exercent leur activité librement ».

(les partis politiques ne concourent pas à la formation d’un gouvernement mais à l’expression du suffrage jusqu’à présent selon un mode de scrutin majoritaire)

UMPudfprgPSpcf

Pluralité du débat démocratique... au Parlement... Diversité des partis et des projets politiques

_______

            -risque de contourner ou de vider de son sens le principe de la solidarité gouvernementale selon lequel tous les membres du gouvernement sont solidaires et responsables collectivement de la politique conduite par le ce même gouvernement sous la présidence du président :

Conseil_des_ministres

Le Conseil des ministres: solidarité et responsabilité collectives

.

.Art. : 39 : « Les projets de loi sont délibérés en Conseil des ministres […]»

.Art. : 49 : « Le Premier ministre, après délibération du Conseil des ministres, engage devant l’Assemblée nationale la responsabilité du gouvernement par le vote d’une motion de censure […] »

.Art. : 50 : « Lorsque l’Assemblée nationale adopte une motion de censure ou lorsqu’elle désapprouve le programme ou une déclaration de politique générale du gouvernement, le Premier ministre doit remettre au président de la République la démission du gouvernement ».

(aussi M. Kouchner est-il de facto solidaire du ministre de l'identité nationale M. Hortefeux...)

.

janus

Des ministres de gauche seront donc solidaires d'une politique de droite... Espérons qu'ils auront le talent de Janus...

____

Sous couvert de modernité politique (sic), du passage d’une présidence garante du respect et du bon fonctionnement des institutions à une hyper-présidence manageriale (sic) encensée par les libéraux et nombre de médias de masse qui cultivent populisme et ignorance du droit, bluffés par l’image communicationnelle de l’“homme fort”, doit-on tolérer cette remise en cause bonapartiste de l’esprit voire des équilibres subtils entre les institutions et les pouvoirs régis par la Constitution ?

sarkojogging

Un président très médiatique...

.

Et si nous basculons dans un régime présidentiel, quelle est la responsabilité politique de ce même président face aux élus du peuple ? Quels changements constitutionnels doivent être avalisés par les élus du peuple, voire soumis à référendum pour prendre acte d'une telle évolution?

______

Les enjeux sont:  le respect du droit, de l’Etat de droit, de la République française en ce que "son principe est : gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple" (art. 2), la dignité des partis politiques et du débat démocratique lui-même, l'existence d'   une pluralité de projets politiques et de visions de la société et, au-delà, la transmission par l’école de la République de la culture politique française.

.

Sans cela, c'est le règne de la confusion des valeurs, tant dénoncé durant sa campagne par l'ancien maire de Neuilly-sur-Seine.

____

.

Peut-être Marie-France Garaud s'exprimera-t-elle sur le sujet dans quelques temps...

14 juin 2007

L'HYPER-PRESIDENT SARKOZY ET SON PSEUDO-PARLEMENT

L'hyper-présidence de M. Sarkozy a renforcé le déclin continu du Parlement... L'abstention record du 1er tour des élections législatives du 10 juin 2007 est le symptôme du retour en force du mythe antidémocratique de l'"homme providentiel"...

SIMONE DE BEAUVOIR

"Cette horreur qu’ont les gens du parlement...

Le fond de l’affaire, c’est qu’ils ne veulent pas

être gouvernés par des égaux :

ils en pensent trop de mal, parce qu’ils pensent trop de mal

d’eux-mêmes et de leurs proches voisins. [...]

Les gens demandent donc le non-humain, le surhumain,

le Grand Homme, qui sera honnête parce que lui, il est « au-dessus de ça »".

beauvoirSimone de Beauvoir,

"La Force des choses".

.

Dès son élection à la présidence de la République, l'ancien maire de Neuilly-sur-Seine a fait le choix de se présenter aux Français comme un "président qui gouverne" -au mépris de l'article 20 de la Constitution qui pose que "le Gouvernement détermine et conduit la politique de la Nation" et sans la contrepartie de la responsabilité du Président.

Depuis longtemps la "politique-spectacle" a personnalisé la vie politique française. Mais le degré de sur-médiatisation atteint lors de cette dernière élection présidentielle a largement contribué à diffuser de M. Sarkozy l'image de l'"homme fort", puis du "président fort".

_______

Plus grave que cette image, ses premiers actes ont témoigné d'une volonté de réduire les pouvoirs des ministres et de leurs administrations:

.le projet d'installation à l'Elysée d'un "Conseil de Sécurité nationale" selon le modèle états-unien, mettra sous la coupe présidentielle les ministères de l'Intérieur, voire des Affaires Etrangères et de la Défense

.le redécoupage des ministères et la création du fameux "ministère de l'immigration et de l'identité nationale" priveront plusieurs autres ministères de leurs prérogatives -le Quai d'Orsay perdra ainsi la politique de délivraison des visas etc.

______

Son "ouverture" à des personnalités de gauche, tel que le nouveau ministre des Affaires Etrangères, a en outre donné l'impression que le nouveau Président dominait désormais l'ensemble de la vie politique française et qu'il avait rallié à sa personne gauche et droite confondus. La crise des partis -dont l'article 4 de la Constitution dit qu'ils "concourent à l'expression du suffrage"- ne peut s'en trouver qu'aggravée, la confusion étant installée dans l'esprit public.

______

D'où certainement cette abstention record de 40% au 1er tour des législatives du 10 juin 2007, véritable défaite pour notre vie parlementaire, notre démocratie représentative et la démocratie en général.

France_Paris_Assemblee_Nationale_2

L'Assemblée, lointaine héritière de l'agora grecque et du forum romain...

______

Tout cela ne peut déjà en soi qu'aggraver les faiblesses de l'Assemblée nationale, où siègent les élus du peuple. Qu'accentuer les pratiques de la Vième République où dominait déjà largement le gouvernement dans l'écriture des lois, au détriment des députés, où un projet de loi peut être passé en force sans discussion grâce à l'article 49.3 -comme cela s'est produit pour le CPE.

______

Cependant, un pas est franchi dès lors que c'est le président lui-même qui prend le pas sur son propre gouvernement, après avoir muselé "sa" majorité UMP. Laquelle majorité sera certainement écrasante à l'Assemblée Nationale, et docile à son "hyper-président".

sarkozy

Vers l'hyper-présidence?

______

Or :

.il n'y a pas de politique sans discussion et confrontation d'opinions contradictoires

.la publicité de débats est un des piliers de la démocratie représentative

.tout projet de loi doit être discuté, critiqué et amendé avant d'être voté

.le peuple doit être informé des différents points de vue coexistant au sein de l'Assemblée

.la figure médiatique et populiste d'un "président proche des gens" ne saurait effacer le rôle de l'Assemblée des élus du peuple

.un vrai régime présidentiel implique une vraie responsabilité constitutionnelle du Président

.enfin, le Président ne doit pas s'enfermer dans son rôle de chef politique, il doit devenir le Président de tous les Français et même garantir la pluralité des opinions.

_______

Le risque, bien vu par Simone de Beauvoir, est que les citoyens cèdent au rappel de l'"homme fort" et renoncent au peu de pouvoir qui leur reste -le vote notamment. Dans ce cas, lorsque l'"homme providentiel" n'est pas contesté, les mesures passent dans le dos du peuple, alors que s'il se trompe, seule la rue demeure comme moyen d'expression, avec les risques de répression ou de délégitimation qui peuvent en découler -la droite arguant constamment du fait que "ce n'est pas la rue qui gouverne...".

_______

Le fameux sursaut démocratique invoqué lors de l'élection présidentielle risque donc de déboucher, nous l'avions déjà pressenti avant les législatives, sur une nouvelle désaffection de la participation démocratique, laquelle ne pourra que servir les dirigeants néo libéraux en place.

« Accueil  1