29 juin 2007
LA DROITE DE SARKOZY, SYNTHESE OU RUPTURE REPUBLICAINE? 3.a.1
A quoi correspond donc la nette victoire de M. Sarkozy ?
Nous avons vu que M. Sarkozy avait, sous prétexte de procéder à la synthèse historico-politique des droites politiques, rompu, lors de sa campagne présidentielle, avec les fondamentaux de la droite républicaine depuis l’après-guerre :
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.remise en cause du pacte social mis en place par la Résistance et de Gaulle
.rupture avec l’humanisme et promotion d’une vision néoconservatrice et post-victorienne de l’homme et de la société –doute sur la prédestination des suicidaires et des pédophiles et mépris affiché pour la laïcité
.mise en cause du rôle et du message de la France sur la scène mondiale
.empiètement sur l’indépendance de la Justice et la séparation des pouvoirs (contre Montesquieu)
.influence sur les médias privés et menaces sur la liberté de la presse
.légitimation du discours de l’extrême droite sur l’immigration et la morale
.revalorisation de la droite post-vichyste et des anciens de l’Algérie française.
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Cliquez ici: http://sarkonorepublic1.canalblog.com/archives/2007/05/14/4945096.html
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Nous avons également mis en relief, du point de vue économico-social, la proximité de la conception néolibérale de l’économie et du monde social de M. Sarkozy avec le thatchérisme et les canons de la globalization néo capitaliste, empiétant sur l’Etat-Providence et l’Etat en général, le droit social et le droit en général.
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Cliquez ici: http://sarkonorepublic1.canalblog.com/archives/2007/05/20/5012592.html
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III. Notre dernier questionnement portera sur la dérive culturelle et intellectuelle engagée par M. Sarkozy et la nouvelle droite "décomplexée", dont l’apogée durant sa campagne a été sa violente condamnation de l’héritage de mai 68, qu’il s’agissait de "liquider" pour, soi-disant, mieux défendre à nouveau les couches populaires délaissées par la gauche.
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L'idée selon laquelle la derrnière élection présidentielle n'était pas perdable pour la gauche est trop simpliste. Elle ne tient pas en tous cas, nous essaierons de le montrer, du point de vue intellectuel, médiatique et culturel...
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1. LA GRANDE TARTUFFERIE DE LA LIQUIDATION DE MAI 68 ET LA REEVALUATION DE 1789
- LA GRANDE TARTUFFERIE DE LA "LIQUIDATION DE MAI 68"
Sarko et Mai 1968
Vidéo envoyée par galliju
M. Sarkozy accusant les "héritiers de Mai 68", la gauche, d'être les complices des délinquants, produits des dérives ultra libérales de la société française, allant jusqu'à les accuser d'être responsables des dérives du néo capitalisme financier!
La volonté proclamée par M. Sarkozy de "liquider Mai 68" aura servi la fin de sa campagne, séduisant certains intellectuels professionnels coupés du monde et offrant aux médias et aux téléspectateurs l’image d’un homme déterminé à "restaurer l’ordre moral".
Mais la réalité est bien plus complexe : le néolibéralisme théorique et la réalité néocapitaliste, dont M. Sarkozy et son gouvernement sont les défenseurs et les symboles, ont depuis des années, récupéré et instrumenté les revendications de mai 68.
Et même, plus structurellement, c’est grâce à une profonde prise en compte de la contestation des années 70 que le capitalisme industriel en crise pourra se transformer en néocapitalisme post-industriel –économie informelle, montée en puissance des services, globalization, renversement post-fordiste de la demande et de l’offre etc.
Boltanski et Chiapello dans Le nouvel esprit du capitalisme, ont démontré que le nouveau capitalisme a su répondre stratégiquement à nombre de critiques de mai 68, grâce au nouveau management, en les mettant au service du marché. C’est, dans un contexte long de désindustrialisation, "en récupérant une partie des thèmes de contestation qui se sont exprimés au cours des événements de mai, que le capitalisme désarmera la critique, reprendra l’initiative et trouvera un dynamisme nouveau ". Le paradoxe est que c’est cette absorption par le capitalisme des thématiques de mai 68 qui débouchera sur un renforcement inouï du capital et un affaiblissement aussi fabuleux des travailleurs et de leurs luttes sociales. Voilà pourquoi M. Sarkozy devrait dire au moins dix fois merci à mai 68 plutôt que de prétendre hypocritement vouloir procéder à sa liquidation.
Une affiche et un slogan de mai 68
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Pour résumer, voici quelques revendications d’émancipation et les diverses réponses fournies par le nouveau capitalisme –à ne jamais confondre avec les avancées juridiques imposées par le droit et l’Etat au monde de l’entreprise :
.AUTONOMIE : isolation du plan de travail de chaque employé, prime à son rendement personnel, contrôle du rendement personnalisé et de la productivité individuelle assuré par l’attribution d’un code-barre, d’un code informatique ou d’un login à chaque employé –la pointeuse ne permettait de contrôler que la présence et la ponctualité du travailleur
.RESPONSABILITE : bilan personnalisé régulier sur les capacités et les résultats de chaque employé, surveillance individualisée grâce à l’informatique et à la vidéo-surveillance, individualisation primant sur l’esprit d’équipe
Les caméras de surveillance des employés se sont multipliées sur les lieux de travail
.SPONTANEITE, MOTIVATION et MOBILITE : multiplication des réunions avec prise en compte des propositions de chacun : comment améliorer l’image, la compétitivité et in fine les profits de l’entreprise, favorisation des employés les plus motivés et les plus ouverts à expérimenter de nouveaux postes ou de nouvelles tâches de travail au détriment des autres
.PLAISIR : invention du sourire marketing, injonction à donner une image positive de soi et à une joie au
travail, à moduler son langage voire sa voix dans une tonalité joyeuse, embellissement et esthétisation des plans de travail (couleurs des murs, forme des outils de travail, autorisation de l’affichage des photos personnelles etc.)
.EMANCIPATION DES FEMMES : ouverture aux femmes du marché du travail et espoir d’une égalité salariale et d’une promotion équivalente à celle des hommes dans l’entreprise, valorisation et utilisation de l’image de la femme dans la publicité de l’entreprise
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Les femmes au travail, trop souvent déqualifié et mal rémunéré...
.LUTTE CONTRE L'ENNUI : stratégie de mobilité sur le lieu de travail, interchangeabilité des bureaux ou des plans de travail, mini-formations assurées par l’entreprise permettant le remplacement immédiat d’un collègue absent, multiplication des compétences permettant d’éviter l’embauche
.TOLERANCE et ouverture aux NOUVEAUTES et à la DIFFERENCE, reconnaissance des IDENTITES, AUTHENTICITE : préférence accordée au prénom de l’employé et abandon de l’usage du nom de famille et des termes Monsieur, Madame, Mademoiselle ; abandon de l’uniforme, relâchement de la discipline vestimentaire, des coiffures et du rasage ; promotion en interne des « minorités visibles » et production en externe de produits à leur intention (produits ethniques, du monde etc.) ; condamnation ferme de tout propos discriminatoire (sexiste, homophobe ou raciste) et valorisation de la "diversité ethnique" dans la publicité et l’image de marque de l’entreprise ; adaptation des vestiaires, des menus et des horaires aux obligations et calendriers religieux des employés et production de marchandises religieuses (livres, logiciels informatiques, vidéos, meubles adaptés, alimentation bénie par rabbins ou imams etc.)
La femme, la nudité, la diversité ethnique, arguments de vente d'une part; les produits alimentaires cashers, un exemple du marché lucratif de la "religion", ici, du lait casher...
.prise en compte du VECU des individus et REALISATION DE SOI : disponibilité des "chefs" pour chaque employé dans un dialogue direct et personnalisé, écoute chaleureuse autour d’un café qui permet de neutraliser revendications et conflits, suivi personnalisé de l’évolution de carrière (imposé par la loi mais restant souvent lettre morte)
.CONTESTATION DE LA DISCIPLINE ET DES CONVENTIONS BOURGEOISES et mise en valeur des CONTACTS PERSONNELS NATURELS : instauration du tutoiement et maquillage des hiérarchies dans les relations quotidiennes, multiplication des mini réunions, briefings et débriefings, mise en place d’une ambiance festive notamment lors des fêtes de Noël, du Nouvel An, du carnaval, à chaque anniversaire de la fondation de l’entreprise etc.
.EMANCIPATION des classifications traditionnelles liées à la division du travail : abandon des classifications traditionnelles ou des dénominations considérées comme infériorisantes (on ne dira plus femme de ménage mais technicienne de surface), déstructuration des équipes de travail et primat accordé à l’individu.
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Les immenses acquis sociaux qui ont découlé des grèves de 68 et des accords de Grenelle sont incontestables.
Ils étaient pour part en contradiction avec les intérêts du libéralisme pur et dur mais certains d’entre eux auront paradoxalement permis au capitalisme de se réformer et de se renforcer de manière inouïe.
Mais ces transformations ne sont pas le fruit d’un enchaînement magique ou logique inévitable, elles sont bien plutôt le
résultat du long et patient travail de réorganisation de l’entreprise, de transformation de la culture entrepreneuriale et manageriale, coïncidant historiquement avec la fin de l’ère industrielle et les crises issues des chocs pétroliers. Les nouvelles technologies, mises au service d’une utopie communicationnelle, seront les outils idéaux de cette refondation du capitalisme.
L’offre ne créera plus seule la demande, mais la demande des consommateurs deviendra centrale avant toute mise en œuvre de la production (avant on produisait en chaîne, la publicité vantait les marchandises puis les consommateurs achetaient alors que désormais, on sondera les consommateurs et on produira en fonction des résultats des études de marché).
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Culturellement, l’exaltation de l’individualisme au détriment des collectifs sociaux et l’offre de nouvelles marchandises attractives correspondant à la création de nouveaux besoins soi-disant "authentiques" garantiront l’efficacité économique. Mais le revers de la médaille en sera l’abandon de la question sociale comme question collective, la désuétude de l’idée d’intérêt de classe et la fragmentation des luttes.
Karl Marx, adulé ou conspué, c'est selon... largement abandonné par la gauche en tous cas...
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Les questions de société deviendront dès lors centrales, au risque pour la gauche de perdre son électorat et ses militants traditionnels. Au risque également que la culture politique se fragmente en micro-projets à destination de micro-marchés politiques –corporatistes –défense des intérêts particuliers des grandes entreprises ou des meilleures universités et écoles de commerce au prix de l’abandon d’une politique globale-, territoriaux –traitement isolé des banlieues-, sociaux –développement d’une politique compassionnelle spécifique aux plus pauvres, sans vision d’ensemble des rapports sociaux-, ethniques –promotion pour l’instant rhétorique de la "discrimination positive" sur critères raciaux au risque du sacrifice de l’idéal d’égalité des droits et des devoirs etc.
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Le paradoxe est que cette conception de l’action politique comme gestion de micro-marchés d’intérêts particuliers a été largement encouragée et validée, depuis des années, par une pensée libertaire, post-nationale, post-politique, déconstuctionniste et multiculturaliste, méfiante vis-à-vis de toute référence à Marx, de toute action collective, de toute référence à la nation voire à la République. Le fait est que, souvent, cette pensée s’est revendiquée de gauche puis a été fustigée comme telle par la droite avant d’être mise en pratique par la droite "décomplexée" de l’ancien maire de Neuilly-sur-Seine, M. Sarkozy ! Mais avant de poursuivre sur ce thème, il convient de nous pencher sur une autre victoire idéologique incontestable de la nouvelle droite, à l’échelle du monde, et touchant à une réévaluation incroyable de notre histoire.
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- LA REEVALUATION DE 1789 ET L'O.P.A. NEOCAPITALISTE SUR 1989
Il faut, pour comprendre la lente et patiente installation de la domination intellectuelle de la nouvelle droite, prendre la mesure du bouleversement tectonique qu’a signifié la chute du mur de Berlin en 1989, puis l’effondrement de l’U.R.S.S.
La chute du mur de Berlin, en novembre 1989, victoire de la liberté politque ou de la liberté économique à l'Est?
Loin d’entraîner ce qu’on a appelé la "fin des idéologies", cet événement annoncera l’hégémonie de l’idéologie néolibérale grâce notamment à une profonde réévaluation des idéaux révolutionnaires et républicains issus de 1789.
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En effet, toute la stratégie du discours néolibéral et de la nouvelle droite, pour décrédibiliser la gauche, consiste d’abord à tracer un trait d’union entre la Révolution française et le totalitarisme soviétique, à identifier comme pendant la Guerre froide, la société capitaliste avec la démocratie et "le monde libre", puis à célébrer 1989 comme la victoire de l’antitotalitarisme capitaliste sur le totalitarisme idéologique et politique communiste hérités de la Révolution française.
La liberté politique disparaît peu à peu au profit de la "liberté d’entreprendre", la "société libre" est en fait le nom donné à la société de marché capitaliste. C’est pourquoi, alors que la France célébrait en grande pompe le
bicentenaire de sa Révolution fondatrice, en 1989, que tous se félicitaient de la libération des populations russes et des pays de l’Est du régime soviétique, la Russie et ses pays voisins allaient basculer dans un ultralibéralisme d’une violence sociale inouïe, dont les dégâts ont même entraîné aujourd’hui une nostalgie de la période soviétique !
L'arc de triomphe ou le goût pour la Rome antique emblématique de l'Empire, après la Révolution et même la monarchie absolue d'un Louis XIV...
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Cette thèse de l’identité entre la Révolution française et le totalitarisme, diffusée par les think tanks anglo-
saxons hostiles à la France, a été adoptée par la droite et les cercles libéraux, et permet d’identifier la droite à la liberté et à la démocratie, et la gauche, même réformiste, au totalitarisme stalinien et à l’économie dirigée soviétique. Durant la campagne, certains iront ainsi jusqu’à accuser la candidate socialiste d’être favorable à « l’économie administrée », à savoir de s’inspirer de l’expérience soviétique… ! Dans le contexte de la victoire idéologique du modèle états-unien, il faut bien comprendre que cette vision du monde a une influence énorme, d’abord dans le champ intellectuel puis dans les médias et dans la société tout entière.
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Avant de poursuivre, il faut tout de même rappeler que la Révolution française ne se résume aucunement ni à la Terreur ni à la violence contre prêtres, aristocrates, "suspects" etc. Elle puise ses références dans la tradition antique, gréco-latine et elle se réfère à Rome, mettant l’accent sur la loi –et l’égalité devant la loi, la citoyenneté politique et le droit. C’est pourquoi elle fera le choix du régime de la république –res publica-, dans l’espoir –peut-être jamais réalisé mais en tous cas sincère- de donner le pouvoir au peuple –le fameux populus des Romains.
Les Gracques, symbole de la résistance à l'aristocratie dans la Rome antique...
Filiation avec une culture antique et présente tout le long du Moyen-Age et de la Renaissance, même sous la monarchie, mais que les Anglo-saxons, parce qu’ils proviennent d’aires culturelles faiblement romanisées, ont souvent du mal à saisir. Filiation qui a longtemps marqué les Français et qui est aujourd’hui balayée par la victoire du néocapitalisme et de la société de consommation, qui n’ont que faire du politique, du droit, de l’Etat, du peuple ou encore de l’humanisme.
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Il est en conséquence courant d’entendre un peu partout que la mise en place des 35 heures par le gouvernement du socialiste Lionel Jospin, fidèle à l’idée que la limitation du travail est un progrès pour l’Humanité et que les hommes ont droit à jouir des temps de loisirs, de culture ou tout simplement de liberté par rapport au travail, serait la preuve que la gauche demeure profondément hostile à la liberté d’entreprendre et soviétique dans la manière d’imposer des mesures dans le domaine économique et social. Grossière caricature ! Simplificatrice et donc très efficace !
Alors que la limitation du temps de travail comme le souci d’aider les classes sociales les plus défavorisées et de réintégrer les individus exclus du marché du travail s’inscrivent dans une culture humaniste et républicaine, la nouvelle droite n’aura cesse de dire qu’il s’agit là de mesures soviétiques, hostiles au libéralisme et au capitalisme et donc, par ricochet, à la "société libre" et à la "liberté" (sic)… Et de toute façon, pour les plus excités des libéraux, pour les néoconservateurs en guerre contre la culture française, expliquer qu’une critique du travail est nécessaire et conforme à notre culture humaniste et républicaine n’a aucun intérêt puisqu’ils relient la République à la Révolution française, et que celle-ci n’est pour eux que le précurseur de la Révolution russe de 1917, et donc du totalitarisme soviétique…
C’est ainsi que M. Sarkozy répétera durant toute sa campagne qu’en France, on "empêche" les gens de travailler –donc qu’ils ne sont pas libres- et qu’il faut leur redonner "la liberté ", à savoir celle de "travailler plus pour gagner plus" (sic). Sophisme assez grossier pur fonctionner aussi bien qu’un slogan publicitaire.
Le travail, dont Marx avait mis en lumière le caractère aliénant et exploiteur, dont Arendt estimait qu’il est l’activité qui enferme les hommes dans leur condition animale –il faut travailler pour pouvoir manger et procréer- devient ainsi le lieu universel de l’émancipation ! Une des plus grandes mystifications héritées de la chute du mur de Berlin…
LA DROITE DE SARKOZY, SYNTHESE OU RUPTURE REBPUBLICAINE? 3.a.2
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Quant à l’idée d’égalité, elle en sortira fortement affaiblie. Caricaturée, assimilée à l’égalitarisme soviétique, alors qu’il s’agit d’abord de l’égalité devant la loi, et, en amont, d’une certaine justice sociale qui la rende effective –héritage de l’isonomia de la Grèce antique-, elle devra être abandonnée, ce à quoi procèdera la gauche anglaise de Tony Blair, servie par des théories comme celles d’un John Rawls. Son ouvrage canonique, Théorie de la justice, qui a, malgré son extrême complexité et ses prétentions pseudo-scientifiques qui le rendent très ennuyeux, fasciné droite et gauche européennes confondues, a conduit au remplacement de la notion d’égalité par celle d’équité. Pour résumer, à l’horizon souhaitable d’une égalité ou d’une tendance à l’égalité collective des hommes, il faut préférer une situation où chacun, pris individuellement, isolé de la collectivité, devrait pouvoir progresser socialement selon ses possibilités individuelles et sans remettre en cause l’ensemble des inégalités existantes !
Le second principe de la justice défini par Rawls édicte même que :
« Les inégalités sociales et économiques doivent être organisées de façon à ce que, à la fois, l’on puisse raisonnablement s’attendre à ce qu’elles soient à l’avantage de chacun et qu’elles soient attachées à des positions et fonctions ouvertes à tous ».
De ce jargon, on retiendra qu’il faut désormais accepter les inégalités sociales, à condition qu’elles laissent à chacun des possibilités d’évolution individuelle, sans remettre en cause ces injustices elles-mêmes…
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Evidemment, si tout cela pouvait paraître séduisant intellectuellement, si beaucoup avaient vu là une fenêtre ouverte à la gauche pour enfin abandonner le marxisme et se "moderniser", la théorie peut paraître presque nauséabonde tant les inégalités ont grandi et le fossé est devenu immense en Occident, entre des pauvres de plus en plus pauvres et des riches de plus en plus riches, situation qui caractérise d’ailleurs l’Angleterre de Blair, laboratoire idéalisé de la modernisation de la gauche. On pourrait alors parler sans gêne d’une "théorie de l’injustice", adoptée par les élites, même de gauche !
Les deux facettes d'une même société : gagnants et perdants à la loterie de la nouvelle "justice sociale": millionnaire et soupe populaire
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Ce qui est décisif ici pour nous, c’est une fois encore le recul des principes républicains et tout le bénéfice qu’en retirera la nouvelle droite. Parce que du fait de toutes ces évolutions, la gauche se trouvera face à des difficultés intellectuelles et des défis culturels énormes ! Qu’elle n’a pour l’instant pas été en mesure de relever…
- L'ABANDON DE LA QUESTION SOCIALE ET DES TRAVAILLEURS A LA DROITE
- L'ABANDON DE LA QUESTION SOCIALE PAR LA GAUCHE, AU PROFIT DE LA DROITE...
Dans le champs intellectuel et universitaire, il faut bien comprendre que le développement d’un individualisme narcissique exacerbé, théorisé par la nouvelle pensée manageriale et réalisé au travail, a trouvé de puissantes justifications philosophiques grâce à l’importation de courants de pensées, notamment anglo-saxons, mais se revendiquant de la french theory (de Foucault à Derrida, de Deleuze à Lyotard etc.).
C’est ainsi que l’abandon des études d’inspiration marxienne, centrées sur l’analyse critique des rapports de force économiques, politiques et sociaux, a laissé place au développement des études dites culturalistes et identitaires : cultural studies, subaltern studies, ethnic studies, gender studies, le tout fondé sur l’idée qu’il faut abandonner toute "pensée universaliste", condamnée en tant qu’idéologie dominante, pour étudier les minorités culturelles, ethniques, sexuelles, les sous-cultures, les représentations des "dominés" qui seraient les vrais sujets de la nouvelle philosophie politique. La modernité politique est donc condamnée et fustigée, accusée d’avoir servi la domination des femmes, l’aveuglement sur les discriminations à l’égard des homosexuels ou des citoyens de couleur et des étrangers, la destruction des "minorités" régionales, le colonialisme voire le nazisme et le stalinisme. La pensée marxienne est accusée d’avoir masqué les multiples dominations sociétale en s’étant focalisée sur la seule domination de classe.
Les "furieuses phallopes", la théorie querr le transexualisme, le trans-genre etc., la lutte pour la reconnaissance des ghettos ethniques, nouvelles revendications surgies sur les décombres de la "lutte de classe"
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L’apport considérable de ces nouveaux champs d’étude est incontestable mais le problème est que leur prééminence dans le champ intellectuel et dans la presse dite politique qui inspirent tous deux les partis politiques, masque la réalité de nouveaux clivages non culturels, non identitaires, non minoritaires, non sexuels mais bien économiques et sociaux. La réalité de ces clivages est bien perçue par les perdants du nouveau capitalisme dont l’esprit est si bien décrit par Boltanski et Chiapello.
D’où l’impression par les classes dites « populaires » que la « pensée de gauche » s’est détournée du « peuple de gauche » pour défendre des minorités certes culturellement dévaluées pendant longtemps mais économiquement et sociétalement intégrées. Cette pensée de gauche donne en outre l’impression de diviser les classes populaires en opposant en leur sein citoyens de cultures différentes, Français d’origine immigrée et Français dits de souche, hétérosexuels et homosexuels, hommes et femmes etc.
La gay pride de 2001, manifestation annuelle pour la défense des droits des homosexuels, dont les origines politiques sont parfois trop oubliées
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Comme le dit Zizek, critique virulent de la pensée culturaliste et postmoderne, la "vision de l’universalité (l’universalité des droits de l’homme, etc.)" a été abandonnée à la préférence d’"un espace partagé de compréhension entre les différentes cultures, comme une tâche infinie de traduction, de retravail constant de notre position particulière…". Et de préciser que "cette vision de l’universalité, en tant que travail infini de traduction, n’a strictement rien à voir avec ces moments magiques où l’universalité effective fait brutalement son apparition sous la forme spectrale de l’acte éthico-politique ? L’universalité réelle n’est pas l’espace neutre de la traduction, jamais définitivement conquis, d’une culture particulière dans une autre, mais plutôt l’expérience violente de la manière dont, à l’intérieur de la division des cultures, nous partageons le même antagonisme". Ce même antagonisme social par rapport à la réalité d’un néocapitalisme violent et d’un ultralibéralisme triomphant.
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Le problème pourtant n’est pas tant l’abandon par la gauche française des apports de la pensée marxienne que le fait qu’avec l’adoption des points de vue uniquement culturels, ethniques ou sexuelles, c’est la culture républicaine française de gauche qui est jetée avec l’eau du bain.
Tout s’est passé comme si les élites intellectuelles de gauche s’étaient enfermées dans des débats byzantins éloignés de la réalité sociale et politique française. Car la culture républicaine communément partagée avait toujours fait place depuis la Révolution française à la question sociale, à celle des privilèges et des pauvres, à la justice sociale etc.
Cet abandon par la pensée dite "progressiste", labellisée "de gauche", a largement contribué au fait que c’est la nouvelle droite de M. Sarkozy qui a pu, pour part après le Front national, se présenter comme la protectrice de "la France qui souffre" et en premier lieu des travailleurs, jusqu’à accuser même la gauche d’être responsable des dérives financières du nouveau capitalisme mondialisé –tout en affichant un programme et en prenant désormais des mesures fiscales et "sociales" largement défavorables aux plus démunis, aux salariés pauvres voire aux classes moyennes inférieures.
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Que cela plaise ou non, il s’agit là d’un des retournements politiques et culturels les plus importants de la vie politique française et d’une défaite intellectuelle de taille pour la gauche et pour la République.
- LA NOUVELLE DROITE, DEFENSEUR DES TRAVAILLEURS? : INJUSTICE SOCIALE ET RHETORIQUE COMPASSIONNELLE
Extrait débat VGE-Mitterrand 1974
Vidéo envoyée par aklineuropa
L'un des paris les plus audacieux de M. Sarkozy: s'approprier le thème de la défense des travailleurs: en 1974, le candidat socialiste M. Mitterrand était encore le défenseur crédible des prolétaires...
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L’étiolement du parti communiste français comme de la gauche anticapitaliste, notamment dans leurs bastions traditionnels, n’avait peut-être pas inquiété assez le reste de la gauche, tant qu’il paraissait bénéficier au Front national, exclu du jeu républicain et tenu à l’écart de la droite républicaine. Jusqu’à ce que M. Sarkozy décide de faire campagne sur ses thèmes et de récupérer son électorat, notamment populaire.
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"Tout le monde n'a pas eu la chance d'avoir des parents communistes", un film à voir, pour s'amuser, mais aussi pour voir le rôle social et humain que jouait, dans le quotidien de millions de Français, le parti communiste dans les années 50!
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Le culte du travailleur, longtemps monopolisé par la gauche et sacralisé par l’Union soviétique, abandonné comme nous venons de le voir par le "discours de gauche" dominant, a été au cœur de la campagne de M. Sarkozy. Son slogan : "travailler plus pour gagner plus", censé résumer la solution à la baisse du pouvoir d’achat des travailleurs les moins bien payés, a fait mouche, et laissé la gauche quasiment sans voix.
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Mais l’ancien maire de Neuilly-sur-Seine, la ville la plus riche de France, est allé beaucoup plus loin durant sa
campagne présidentielle. Car la "défense des travailleurs" s’est accompagnée d’un discours compassionnel, typique d’une certaine pensée libérale du XIXe siècle, mais modernisé par M. Sarkozy.
En accord avec la pensée postmoderne, qui fragmente l’électorat politique en micro-groupes séparés, le discours compassionnel du candidat Sarkozy a fonctionné à plein.
Il a permis d’isoler la question sociale et de la séparer de l’ensemble d’un programme nettement favorable aux couches les plus aisées du pays –le bouclier fiscal, la fragilisation des services publics gratuits et destinés à tous les citoyens –pensons à la Sécurité sociale- à la faveur des organismes privés payants et accessibles à ceux qui auront les moyens d’y souscrire en sont des exemples criants.
Dans le cadre d’une vie politique ultra médiatisée, les discours rhétoriques prennent souvent le pas sur la présentation des programmes et l’analyse de leur cohérence. Le "discours pour la France qui souffre", tenu le 18 décembre 2006 à Charleville-Mézières, dans une région durement touchée par le chômage de masse, une désindustrialisation puis des délocalisations au coût social et humain très élevé, est l’emblème même de la récupération par la nouvelle droite d’une question sociale que la gauche lui a offert sur un plateau d’argent. Dans laquelle l'ancien Premier ministre socialiste, Lionel Jospin, porte une responsabilité historique.
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L'Etat ne peut pas tout
Vidéo envoyée par aklineuropa
Le Premier ministre socialiste Lionel Jospin, opposant une fin de non-recevoir aux demandes des ouvriers en pleine campagne présidentielle 2002. Posture qui favorisera son élimination dès le 1er tour des élections, à la faveur de Jean-Marie Le Pen. Symbole d'une gauche qui a perdu les classes ouvrières et populaires.
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La compassion de la droite s’était introduite avec fracas dans le débat présidentiel opposant déjà Mitterrand à Valéry Giscard d’Estaing, avec la célèbre formule "vous n’avez pas le monopole du cœur", elle avait marqué la campagne victorieuse de M. Chirac aux présidentielles de 1995, mais elle demeurait "conceptuelle" -"il y a une fracture sociale en France". Et la gauche paraissait encore crédible sur ces sujets.
En 2007, le candidat de la droite développa comme nous venons de le dire une rhétorique populiste et compassionnelle directe, immédiate, sentimentale –évoquant "la France qui souffre", sans concepts ni tabous, tandis que la gauche paraissait culturellement et conceptuellement déconnectée depuis des années de la question sociale –malgré toutes les mesures que la gauche de gouvernement n’a cessé de mettre en œuvre en faveur des plus démunis lorsqu’elle fut au pouvoir.
"Vous n'avez pas le monopole du coeur", ou l'introduction de la morale compassionnelle dans la droite française contemporaine, lors du débat présidentiel de 1974
A Charleville-Mézières, l’ancien maire de Neuilly-sur-Seine, développa un discours proche de celui du Front national, d’abord protestataire, antilibéral et nationaliste dénonçant "la capitulation sociale à laquelle la mondialisation et l’Europe servent d’alibis depuis vingt-cinq ans". Lui, le candidat de la droite libérale, favorable à l’adaptation, quel qu’en soit le prix social et humain, de la France aux lois de la globalization !
Usines désaffectées, en Guadeloupe et près de Lille
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A ce type de discours correspond évidemment la nomination très médiatique au gouvernement de Martin Hirsh comme "Haut commissaire aux solidarités actives contre la pauvreté" le 18 mai 2007 par le président Sarkozy. L’arrivée à un "Haut commissariat à la pauvreté" de l’ancien président d’Emmaüs, symbolise cette dépolitisation de la question sociale, sa déconnexion de l’ensemble des mesures économiques et sociales engagées par le gouvernement et son traitement sur le mode humanitaire et compassionnel. Le grand avantage de cette position est qu’un gouvernement qui prendra des mesures produisant plus de pauvres se vantera de venir en aide à ceux-ci, au plus haut niveau de l’Etat… Stratégie du pompier pyromane…
La prolifération des Sans Domicile Fixe (SDF) dans les grandes villes françaises, exclus des mécanismes de solidarité nationale, va de pair avec la multiplication des organisme de charité et d'aide d'urgence, très médiatisés et valorisés, mais dont le rôle n'est pas de réinsérer ces femmes et ces hommes, mais de les maintenir en état de survie...
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Encore une fois, le souci républicain de ne pas sous-traiter la question sociale comme le projet de l’Etat-Providence d’intégrer les "exclus" dans le pacte économique et social sont alors durement mis à mal.
A la gauche de répliquer et de se réapproprier une question sociale qui n’est pas près de s’épuiser… De répondre au compassionnel par le politique…
- LES EXCES DE LA PENSEE LIBERTAIRE: HAINE DE L'ETAT-NATION ET DE LA REPUBLIQUE
- LA CRITIQUE DE L'ETAT ET LA HAINE DE LA NATION
Réintégrer la problématique de la pauvreté de masse dans le champ politique requiert d’une façon ou d’une autre de croire encore dans le rôle de l’Etat et de la loi, au moins comme régulateurs et garants d’une cohésion sociale et nationale digne d’une société civilisée, en accord avec des principes républicains réactualisés.
Les services publics, une réalité tangible et une fierté partagée: une gare en région parisienne et l'ancienne poste d'Uzès
Mais là encore, la pensée dite "de gauche" a œuvré pendant des années pour condamner l’Etat, décrédibiliser l’idée de nation et en nier sa réalité –institutionnelle, politique, géographique, linguistique, juridique, quotidienne- et les abandonner à une nouvelle droite fondamentalement antiétatiste et oscillant dangereusement du néo-nationalisme au cosmopolitisme de l’argent le plus éhonté.
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Comme le rappellent encore Boltanski et Chiapello, "énoncée dans une rhétorique libertaire, la critique de l’Etat des années 70 pouvait ne pas reconnaître sa proximité avec le libéralisme : elle était en quelque sorte libérale sans le savoir". A taxer l’Etat de bras armé de la classe dominante, les services publics d’"appareils idéologiques d’Etat", l’hôpital public de lieu carcéral, l’école de lieu de reproduction des élites, à accuser l’Etat d’organiser un racisme ordinaire pour mieux asseoir une domination potentiellement totalitaire, à identifier tout dépositaire de l’autorité publique à un policier bête et méchant, à résumer l’histoire de la constitution de l’Etat en France à celle d’une répression des "identités" régionales, linguistiques, culturelles, ethniques etc. sur un mode intrinsèquement génocidaire, une bonne part de l’« intelligentsia » de gauche –à ne pas confondre avec les responsables politiques de gauche- a une responsabilité énorme dans la dernière victoire de la nouvelle droite et dans l’adhésion de couches populaires de plus en plus importantes à son discours.
Les régionalismes, grande cause de la gauche hostile à l'Etat républicain "jacobin", reconnus par la guache au pouvoir, ont débouché en Corse sur une montée en puissance des groupuscules "identitaires", parfois xénophobes et même terroristes...
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La première difficulté vient donc de ce que, tandis que la critique de l’Etat est devenue dominante dans la "pensée de gauche", libertaire, révolutionnaire ou simplement libérale, les couches populaires, qui votaient traditionnellement à gauche, souffrent concrètement du désengagement de l’Etat et des services publics dont il a la charge, comme de la dégradation de l’école publique ou encore de l’absence d’aide conséquente de la puissance publique en cas de catastrophe économique. Libéral et partisan d’un Etat réduit dans les faits, M. Sarkozy aura sans complexes plaidé durant sa campagne pour "un Etat fort".
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S’agissant de la nation, l’éditorial daté du 30 mai 2005 de Serge July, patron du « quotidien référence » de la gauche
moderne française, Libération, au lendemain du rejet par référendum national du Projet de traité instituant une Constitution pour l’Europe est intéressant. Le non à ce projet était d’abord pour lui teinté de "populisme" et de "xénophobie"… un "chef-d’œuvre masochiste", une victoire cachée des thèses de Le Pen etc. Quelque part, il témoignait encore de l’impensé et du déni de la réalité nationale cultivés pendant des dizaines d’années "à gauche", marqués par la confusion entre nation et nationalisme, entre nationalité et racisme, entre nationalisme et fascisme, colonialisme voire totalitarisme et autres syllogismes confus.
Plus subtilement, la pensée et le livre de Habermas, Après l’Etat-nation, sortis du contexte allemand de leur genèse –avec toutes les difficultés que ce pays peut légitimement éprouver s’agissant de l’idée de nation du fait de son passé-, sont devenus des références pour les élites bruxelloises et de nombreux professeurs de science politique, favorables à l’instauration de structures supranationales, non pas tant dans une perspective cumulative que dans l’esprit d’une limitation nécessaire des excès potentiels de la gouvernance nationale.
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Mais le second problème pour la gauche est que son électorat traditionnel, dans ses couches les plus défavorisées, souffre d’une faible mobilité géographique –certains ne partent même pas en vacances. Il n’a bien souvent pas les moyens de voyager hors des frontières nationales. Et la nation est bien une réalité tangible pour eux ! Les classes populaires voient leurs enfants rencontrer trop souvent des difficultés à apprendre les langues étrangères et à effectuer des séjours linguistiques à l’étranger. L’Europe demeure bien éloignée de leur quotidien ! A l’inverse, les classes privilégiées, et les élites de gauche bien entendu, se mondialisent plus aisément et ont une vision bien plus relative de la réalité nationale.
L'immense verrière du Grand Palais à Paris, véritable démontration de force architecturale de la République naissante
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Malgré ces réalités sociologiques, dans le sens commun, c’est la gauche qui semble la plus rétive à toute référence à la nation, et c’est la droite qui crée un "ministère de l’identité nationale", sur le mode du bon sens. Lorsqu’une candidate socialiste à la présidentielle –scrutin dont la circonscription est précisément le territoire national et ses dépendances à l’étranger et qui a lieu après une campagne menée dans la langue nationale, le français- évoque la Marseillaise et la nation, des personnalités de gauche la traitent de pétainiste, de nationaliste, évoquant son attachement barrésien à la France et autres balivernes… Au bénéfice d’un candidat de la droite qui évoque avec satisfaction ses origines immigrées tout en reprenant les thèmes traditionnels de l’extrême droite. Autre naïveté touchante si elle n’était intellectuellement malhonnête, les défenseurs des sans-papiers développent souvent des arguments anti-nationaux d’un universalisme ou d’un cosmopolitisme touchants alors que le but d’un sans-papier est précisément d’obtenir une régularisation sur le territoire national voire, à terme, la nationalité elle-même…
La carte nationale d'identité, un privilège pour ceux qui en demeurent privés...
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A la gauche de comprendre que l’Etat-nation demeure encore le cadre de la citoyenneté et du pacte républicain, même au sein de l’Union européenne et dans le cadre de la mondialisation. Ceci tout en se gardant bien de fétichiser cette réalité nationale ! D’articuler ces différents niveaux entre eux d’une part, avec les niveaux locaux, départementaux ou régionaux et même familiaux et individuels d’autre part. A l’opposition aussi d’expliquer, comme elle a commencé de la faire, la dangerosité de la création d’un ministère de l’immigration et de l’identité nationale, en contradiction nette avec l’esprit de la République.
28 juin 2007
LA DROITE DE SARKOZY, SYNTHESE OU RUPTURE REPUBLICAINE? 3.b
b. LE PROCES DE LA REPUBLIQUE
Quant à la République, elle est le régime politique de l’Etat-nation France. Elle devrait être le cadre commun collectivement assumé et respecté -ce qui n’exclut pas la critique bien entendu- de tous les citoyens français comme elle l’est de tous les partis politiques représentés au Parlement. Ni la gauche ni le droite ne sauraient normalement en réclamer le monopole, même si la droite légitimiste a des relents antirévolutionnaires et antirépublicains.
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Ce qui fait problème n’est pas tant le régime républicain que les principes et la culture républicaine, mis à mal
depuis des années par le primat croissant accordé à l’économique, mais aussi, d’un point de vue culturel et intellectuel, attaqué voire vomi par, une fois encore, de nombreux penseurs dits "de gauche". La dite fin des idéologies, qui signe en fait la fin des idéologies se revendiquant du marxisme et la victoire du néolibéralisme, aurait pu permettre la redécouverte d’une pensée républicaine, dont la France n’a d’ailleurs pas le monopole, et qu’elle a trop souvent trahi ou abandonné durant son histoire.
Bien au contraire, la diabolisation incessante de toute référence à la République ou à certains de ses principes tels la laïcité ou encore sa devise, en provenance de la « gauche intellectuelle », a permis à la nouvelle droite et même, avant son échec, au Front national dédiabolisé, de se présenter comme le seule capable d’incarner ce régime.
Le procès de la République, des manifestations contre la laïcité, du rap extrémiste aux mouvement radical des "Indigènes de la République"... Des postures saluées par une certaine gauche "intello" peu responsable, mais choquante aux yeux de nombre de Français, et nourrissant à chaque fois les troupes de la droite dure...
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Le procès continu de la définition politique et républicaine de la citoyenneté, accusée d’être coupable des discriminations à l’égard des personnes d’origine immigrée, de racisme, de sexisme, responsable de la délinquance de masse voire des émeutes de banlieue parce qu’elle ne reconnaîtrait pas juridiquement les particularités ethniques, raciales, religieuses ou sexuelles de "communautés" ou de "minorités" discriminées a servi le discours et la posture radicale du candidat de droite. Lequel pourtant, s’est souvent déclaré lui-même favorable à la "discrimination positive", s’était vanté d’avoir nommé un "préfet musulman" et a finalement nommé une secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères et aux droits de l’homme favorable au modèle américain et farouchement hostile au modèle d’intégration politique et citoyenne "à la française"…
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Une partie de la gauche intellectuelle a ainsi délégitimé tous les hommes politiques invoquant la culture républicaine en les traitant de "républicanistes" -néologisme péjoratif tendant à mettre sur un pied d’égalité les principes et la tradition républicaine et les idéologies totalitaires. Nombre d’intellectuels ont passé les vingt dernières années à réduire la république à une idéologie raciste, périmée, colonialiste, anti-américaine, nationaliste etc. au risque d’oublier qu’il n’existe pas d’"idéologie républicaine", mais des principes républicains -ce syntagme étant en réalité une contradiction dans les termes… Tout cela au profit des extrêmes de toutes obédiences politiques ou idéologiques justement…
Jean-Pierre Chevènement, ancien ministre de l'Intérieur de gauche, cible favorite de la gauche "libertaire" condamné comme "républicainiste"
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Dans le champ médiatique, l'appel des "Indigènes de la République" en 2005, soutenu par de nombreuses associations et certains universitaires toujours labellisés à gauche, a eu un effet désastreux pour la gauche dans son ensemble. Véhiculant des mots d’ordre du type "La décolonisation de la République reste à l’ordre du jour !", posant que "la République de l’Egalité est un mythe", condamnant la Révolution française, estimant qu’"il est temps que la France interroge ses Lumières, que l’universalisme égalitaire, affirmé pendant la Révolution française, refoule ce nationalisme arc-bouté au "chauvinisme de l’universel", censé "civiliser" sauvages et sauvageons", ce galimatias haineux et partageant en fait nombre des appréciations de la critique néoconservatrice anglo-saxonne de 1789 et de la République française, fut légitimé par nombre d’intellectuels "de gauche". L’idée que la République est intrinsèquement et éternellement coloniale fut développée dans des ouvrages pseudo-historiens tandis que Napoléon était comparé à Hitler. La même année, on lisait dans La fracture coloniale qu’"à force de
tenir pendant si longtemps le “modèle républicain” pour le véhicule achevé de l’inclusion et de l’émergence de l’individualité, l’on a fini par faire de la République une institution imaginaire et à en sous-estimer les capacités originaires de brutalité, de discrimination et d’exclusion". Les débats sur la laïcité furent de la même teneur haineuse et caricaturale sur ceux sur la repentance ou la liberté d’expression –pensons à la récente "affaire des caricatures de Mahomet" dans la presse européenne qui a déclenché des violences effroyables dans certains pays de culture musulmane et des polémiques d’une rare violence en Europe, certains en appelant même à une loi sur le sacrilège !.
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Et la reductio ad hitlerum de la République a occupé une bonne place du champ universitaire français, des pages « débats » des grands quotidiens, des ventes de livres pseudo-historiens ou politologiques, des talk-shows voire des journaux télévisés de grande audience.
Napoléon, précurseur de Hitler, polémique née du livre de Claude Ribbe, "Les origines républicaines de Vichy" de Gérard Noiriel, alimentant un sentiment inquiétant de masochisme national, dont M. Sarkozy sut habilement se saisir durant la campagne présidentielle...
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Mais là encore, il faut bien voir que le régime de la République, sa devise, la Révolution française ou encore la laïcité demeurent des points de repère clefs des couches populaires françaises et bien entendu de nombreux jeunes des cités. Fossé béant entre la réalité et le pseudo débat intellectuel…
M. Sarkozy, une fois encore, n’avait qu’à se saisir de ces outrances qui lui étaient servies sur un plateau d’argent… Et accueillir à droite un nombre impressionnant d’enfants d’immigrés outrés par ces caricatures en provenance de la gauche !
M. Sarkozy proclamant qu'il en finira avec la "repentance", promesse porteuse dans le contexte d'un procès permanent de l'histoire de France...
S’agissant de la question des émeutes de banlieue, marquées par l’incendie de milliers de voitures des habitants souvent défavorisés de ces mêmes banlieues, la destruction d’écoles maternelles et autres bibliothèques de quartier, on ne retiendra ici que cette formule lapidaire et irresponsable jetée dans le quotidien Le Monde du 16 novembre 2005, par un philosophe français, « de gauche », à la renommée internationale, Alain Badiou : « On a les émeutes qu'on mérite », et cette analyse proche du degré zéro de la pensée politique, posant qu’« un Etat pour lequel ce qu'il appelle l'ordre public n'est que l'appariement de la protection de la richesse privée et des chiens lâchés sur les enfances ouvrières ou les provenances étrangères est purement et simplement méprisable »...
Incendies lors des émeutes de 2005, ici à Toulouse
Là encore, on pouvait s’attrister de ce fait brut que les premières victimes de ces fameuses émeutes furent les habitants des quartiers populaires eux-mêmes, les jeunes ayant commis ces actes compris, ce qu’on appela un jour « le peuple », qui est au cœur de la République… Combien d’électeurs à nouveau perdus par la gauche ?
M. Sarkozy n’avait plus, durant les incidents de la gare du Nord qui suivirent un contrôle de titres de transport, en pleine campagne présidentielle, qu’à accuser la gauche et sa candidate socialiste d’être les complices des fraudeurs et des casseurs… Un jeu d’enfants qui lui permit d’être en tête des sondages jusqu’à son élection.
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Il faudra tôt ou tard que ces universitaires et autres intellectuels professionnels se revendiquant de la gauche s’interrogent sur leur responsabilité dans l’échec de la gauche à incarner les principes républicains, qu’il s’agisse de la citoyenneté, des droits et des devoirs, du respect de la loi, du droit et de la sécurité des biens et des personnes sur l’ensemble du territoire de la République, du rejet de la terreur par la violence quotidienne ou encore de la pérennité des services publics partout et pour tous. L’outrance de leurs propos, de leurs thèses et la diffusion de ceux-ci ont crée un climat général délétère et il serait naïf de croire que les électeurs n’y sont pas sensibles !
A la gauche politique aussi de se démarquer fermement de ces fossoyeurs d’une culture républicaine mise à mal aujourd’hui par une droite néolibérale qu’ils ont, à leur niveau, certainement aidé à arriver au pouvoir. Une gauche rénovée et républicaine naîtra-t-elle enfin de toutes ces défaites ?
- LE MYTHE DU NOUVEL ORDRE MORAL: IMMORALITE DU NEOLIBERALISME
- LE RELATIVISME DES VALEURS AU COEUR DE LA MENTALITE BOURGEOISE CAPITALISTE
Tout cela nous amène à un quatrième élément clef pour comprendre la victoire idéologique ou culturelle de la droite incarnée par l’ancien maire de Neuilly-sur-Seine : la prétention au rétablissement des « valeurs morales » détruites par mai 68.
La vieille rengaine selon laquelle la droite aurait incarné de tout temps la morale –religieuse- et la droite l’individualisme –athée- a pris ces derniers temps un coup de jeune.
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Pourtant, s’il est patent que la droite conservatrice incarnait dès l’origine un ensemble de valeurs religieuses, terriennes, patriarcales, aristocratiques puis bourgeoises etc., il n’en est rien de la droite libérale contemporaine dont la morale dite « bourgeoise » a toujours été marquée par des comportements précisément amoraux et antinomiques de la tradition chrétienne notamment.
Caricature du bourgeois, ventru et les poches pleines et affiche du film "Les grandes familles", dans lequel Jean Gabin joue le rôle d'un grand patron qui finit par pousser son fils au suicide pour garder le contrôle de ses affaires ou le culte de l'argent destructeur de la famille
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Hannah Arendt, dans L'impérialisme, jugeait très sévèrement, d’un point de vue républicain et proprement politique, cette immoralité politique de la bourgeoisie du XIXième siècle :
« Avant d’être sujets d’un monarque ou citoyens d’une république, les membres de la bourgeoisie étaient essentiellement des particuliers. Ce caractère essentiellement privé, allié au souci primordial de s’enrichir, avait crée un ensemble de modèles de comportement qui s’expriment dans tous ces proverbes -“le succès sourit au succès”, “la raison du plus fort est toujours la meilleure”, “qui veut la fin veut les moyens”, etc.- qui naissent fatalement de l’expérience d’une société de concurrence ».
Remarquons l’étrange filiation entre ces principes et les slogans de M. Sarkozy : "travailler plus pour gagner plus" et plus encore opposer "la France qui se lève tôt" aux assistés qui profitent du "système". Propos flattant évidemment les intérêts individuels, l’appât du "plus", du gain, toute la mythologie de l’individu fort opposée aux contraintes de la solidarité –qu’elle se manifeste par l’impôt ou les cotisations sociales.
La limousine pour tous...?
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Notons aussi qu’imputer la responsabilité du délitement des "valeurs" à mai 68 relève de la forfanterie évoquée plus haut. En effet, comme les premiers sociologues français, tel Emile Durkheim, s’inquiétaient de l’anomie contenue en germe dans la société industrielle et en appelaient à des systèmes de solidarité républicains, il faut admettre que les désordres sociaux ou les crises de la morale publique et civique sont le fruit de l’individualisme hédoniste, pulsionnel, narcissique et égoïste, peut-être théorisé en mai 68, mais mis en œuvre par le nouveau capitalisme et les technologies qui le servent –avec leur culte de l’égoïsme, de l’argent facile, de la violence etc.
Le relativisme des valeurs est bien en germe dans une société pour laquelle la chose publique n’a plus aucun prestige et dans laquelle seuls comptent les intérêts particuliers. De ce point de vue, le néolibéralisme et la société de consommation sont évidemment les meilleurs systèmes d’organisation sociale pour produire de la délinquance gratuite de masse, de l’immoralité, pour transformer tout ce qui peut attiser les instincts les plus animaux de l’homme –violence, sexe, nourriture, drogue- en marchandises disponibles sur les marchés télévisuels ou commerciaux.
Une des plus grandes hyporcirises de la droite réside dans sa défense affichée des "valeurs familiales"; en effet, le néocapitalisme a fait sauter tous les verrous de la moralité: l'exposition des enfants et de la femme à la marchandisation, la marchandisation de l'enfance elle-même et l'utilisation de son image comme "arguments de vente" n'ont en effet rien à voir avec mai 68, mais bien avec l'immoralisme propre à la société de masse de consommation....
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C’est dans cet esprit que Arendt, non sans une intuition profonde, pointait du doigt la complicité des principes de la bourgeoisie capitaliste (déjà !) avec les comportements des bas-fonds :
« Les principes politiques de la foule […] trahissent une affinité étonnamment forte avec le comportement politique de la société bourgeoise quand celui-ci est exempt de toute hypocrisie et de toute concession à la tradition chrétienne ».
Doc Gyneco, symbole de la vulgarité, du machisme et du sexisme d'un rap hyper-commercial, soutien de l'ancien maire de Neuilly-sur-Seine à l'élection présidentielle...
La télévision est d’ailleurs le point de rencontre idéal entre la bourgeoisie de l’argent et les nouveaux riches que sont les vedettes, issus parfois de milieux défavorisés, ayant eu un parcours déviant, ayant eu parfois à essuyer des condamnations judiciaures ! En outre, le fait que les mafias prospèrent dans un cadre économique ultralibéral, où l’autorité de l’Etat est affaiblie, est une preuve supplémentaire de cette hypocrisie moralisatrice de la "droite décomplexée".
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La morale civique, la laïcité, comprise comme la séparation des Eglises et de l’Etat, mais aussi des puissances financières ou sectaires de l’Etat, le primat accordé à la chose publique et la citoyenneté sur les intérêts uniquement privés et le consommateur, une gestion économique efficace et réaliste au service des hommes et non l’inverse : tous ces principes républicains assez simples sont absolument étrangers à la nouvelle droite française mais aussi européenne et états-unienne.
L'instituteur, le tableau noir, symboles d'une morale civique et républicaine qui n'avaient rien à voir avec le moralisme pseudo religieux propre à la nouvelle droite!
Pour tenir, le néolibéralisme a évidemment besoin d’afficher une vision de la famille, de l’homme et de la morale. Mais elle sera alors bien plus pseudo-religieuse, humanitaire et compassionnelle que politique, laïque, républicaine.
- NEO-LIBERALISME ET PSEUDO-CONSERVATISME
On affichera donc un moralisme de façade, largement prisé des médias, émotionnel et direct, touchant à des
questions de type privé et intime, telle la famille. La religion deviendra un argument de poids car elle semble universelle, dans le cadre d’un déclin généralisé de la laïcité et de la culture laïque des Humanités, et parce qu’elle n’engage en fait à rien de politique tant elle est réduite à ses aspects les plus intimes, que ce soit la conviction, la croyance, les questions sur l’au-delà ou les bons sentiments.
Solgan des commandos pour l'abolition de l'avortement, se revendiquant de la morale catholique et des positions de la papauté...
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Il ne sera donc absolument pas choquant d’élire un président se disant lui-même croyant et profondément chrétien ou catholique mais qui engage son pays et ses concitoyens dans des politiques absolument antinomiques de toute la doctrine de Jésus de Nazareth sur l’argent, la pauvreté ou le pardon. Cette coloration pseudo religieuse donnera un vernis de morale aux politiciens et n’engagera à rien, tout en mettant encore plus à mal, d’une part la laïcité, d’autre part le message de la religion.
C’est ce que le philosophe Sloterdijk appelle, non sans esprit, le « monothéisme à temps partiel », qui masque le fait que le vrai Dieu qui domine le monde contemporain est l’argent :
« Nota bene : le christianisme d’aujourd’hui est un monothéisme à temps partiel, et l’on peut dire la même chose de l’islam et du judaïsme, bien qu’il existe, dans ces religions stagnantes reléguées aux fonctions
d’autogestion et d’entretien de la tradition, des courants fondamentalistes aigus dont les orateurs, le plus souvent religieux professionnels, font volontiers comme si Dieu pouvait encore avoir besoin de l’homme tout entier. La vérité, c’est que l’argent a fait depuis très longtemps ses preuves comme une alternative à Dieu, et que cette alternative est une réussite opérationnelle. L’argent contribue plus aujourd’hui à la cohésion des choses que ne pourrait le faire un créateur du ciel et de la terre ».
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Concrètement, la nomination de Mme Boutin au ministère du logement et de la ville, foncièrement hostile à l’union des personnes de même sexe, symbole de la droite pseudo-chrétienne et des restes de la « droite légitimiste », attentive notamment au sort des prisonniers –lesquels seront d’ailleurs de plus en plus nombreux vu les mesures prises par la nouvelle ministre de la Justice est la caution pseudo morale d’un gouvernement qui assume un programme franchement libéral.
Mme Boutin, opposante fraouche à l'union des homosexuels et figure emblématique de la droite compassionnelle et M. Kouchner, soutien de la candidate socialiste à la présidentielle, symbole de l'Humanitaire, aujourd'hui ministre des Affaires étrangères du président Sarkozy
Sur la nomination de M. Kouchner aux Affaires étrangères, le philosophe Zizek estimait, dans Le nouvel Observateur des 21-27 juin 2007, que « celui-ci a de longue date été l’un des plus efficaces agents de la dépolitisation par l’humanitaire ». Comme la compassion est un puissant moyen de dépolitiser la question sociale…
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La "victoire idéologique" de la droite, voulue par l’actuel premier ministre M. Fillon, a bien eu lieu. En ce sens qu’elle a su réintégrer rhétoriquement la pensée de gauche libérale-libertaire, hostile à l’Etat et à la République, favorable au communautarisme, hostile à toute référence à Marx, le tout encrobé dans un discours du bon sens, pseudo moralisateur et compassionnel, mettant au centre la figue du "travailleur qui souffre".
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Il faudra que la gauche mette en relief l’écart entre ces discours et les effets d’une politique effectivement ultra libérale qui mettra en cause et cassera sûrement certains des principes fondamentaux de la République française –pensons à son caractère social mentionné par la Constitution.
Qu’elle retrouve aussi sans tabous la culture républicaine en acte : rôle de l’Etat et du droit, dignité du politique, laïcité, morale civique laïque, vivre-ensemble, solidarité, juste place de l’économique et de l’humain, assomption critique de l’Europe et de la mondialisation.
Qu’elle ne rejette ni ne sacralise Marx ! Qu’elle prenne conscience de l’hégémonie intellectuelle énorme acquise par une philosophie anglo-saxonne qu’on a raison de traduire, mais qu’il faut savoir aussi critiquer, et ce malgré la domination économico-technique incontestable du modèle de société de consommation de masse incarné par les Etats-Unis d’Amérique –qu’on ne devrait d’ailleurs pas réduire à cette seule image tant ce pays est complexe, riche de diversité et fort de traditions politiques et constitutionnelles remarquables !.
Qu’elle mette en pièces aussi cette irresponsabilité et ce manque de sérieux qui lui sont sans cesse prêtés. Qu’elle n’oublie pas que le néo-conseravatisme aux Etats-Unis s’est nourri du rejet par le peuple américain des dérives du relativisme ou du multiculturalisme intégral et a vu nombre d’universitaires de gauche devenir des idéologues de droite…
Buste de Marianne, un des symboles de la République, dans un petit village de la région lyonnaise
Le clivage entre la gauche et une droite ultra-libérale "décomplexée" devra tôt ou tard se recentrer sur les grands principes républicains, que l’actuel président, sous couvert d’une exaltation nationaliste purement tactique, s’apprête à fragiliser, méthodiquement et durablement...
20 mai 2007
LA DROITE DE SARKOZY, SYNTHESE OU RUPTURE REPUBLICAINE? 2
A quoi correspond donc la nette victoire de M. Sarkozy ?
Du point de vue de l’histoire politique classique, nous avons vu précédemment que durant sa campagne, le nouveau Président de la République avait procédé, au moins par ses discours, à une forme de synthèse, non seulement des trois droites, "orléaniste", "bonapartiste" et "égitimiste", listées par René Rémond, mais aussi au captage des suffrages correspondant à une droite extrême –post-Vichy, post-Algérie française, jusque là exclue du "cercle républicain" et cantonnée à suivre des leaders comme Le Pen, Mégret ou Villiers, au risque de droitiser radicalement son discours, mais aussi son programme.
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Cliquez ici: http://sarkonorepublic1.canalblog.com/archives/2007/05/14/4945096.html
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Mais si, d’un point de vue politique, le président Sarkozy et son gouvernement pourront prendre des mesures radicales, plus ou moins proches des thèses de l’extrême droite, la gauche de retour au pouvoir pourra à son tour revenir dessus –lois sur l’immigration, l’identité nationale, la délinquance des mineurs etc.-, il n’en sera certainement pas de même dans le domaine économique et social.
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Tandis que la gauche française, et d’abord le parti socialiste, hésitaient à faire référence à l’expérience du travailliste anglais Tony Blair, M. Sarkozy développa des thèmes ultra libéraux largement empruntés à l’expérience britannique conservatrice de Margaret Thatcher, sans oser s’y référer explicitement. Les Mémoires de cette dernière sont à cet égard très intéressantes, on y trouvera directement ou non maintes et maintes convergences avec le projet de l’ancien maire de Neuilly-sur-Seine.
Le rêve de nombreux libéraux: une révolution thatchérienne pour la France!
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II. D’un point de vue économico-social, assisterons-nous à une refonte inédite et nécessaire de l’Etat-Providence, consacré par le Préambule de la Constitution de la IVième République ou à sa liquidation par l’adaptation du pays aux canons ultra libéraux de la globalization ?
En deux mots, va-t-on assister à la fin, tant attendue par les dits « libéraux », de l’« exception française » ?
En termes polémiques, à la transformation de la « Grande nation politique » en une «nation de boutiquiers» comme une autre ?
L'Avare, une des pièces de théâtre les plus populaires de France!
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Au-delà du maquillage gaullien de ses discours, dont on sait qu’il fut un outil de campagne électoral dénué de toute réelle conviction, M. Sarkozy a développé des thématiques et prononcé des discours nettement ultra libéraux et néoconservateurs, assis sur une vision du monde aux antipodes du gaullisme –qu’il soit de droite ou de gauche.
Si nous avons vu que l’ancien maire de Neuilly-sur-Seine avait rallié les héritiers du «bonapartisme», en attirant à lui les chiraquiens, il n’en demeure pas moins que c’est le legs de l’«orléanisme» -à travers Balladur-, sur le plan économique, qui prime chez lui. L’«ouverture» de son premier gouvernement à des centristes et des socialistes n’est sans doute qu’une preuve supplémentaire de la ferme volonté présidentielle de faire triompher plus facilement, et dans la pratique, l’idéologie ultra libérale, en s’étant prémuni à l’avance de toute accusation de sectarisme.
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- Une morale post-victorienne et néoconservatrice :
A lire d'urgence : Les Mémoires de Thatcher et "La République, les religions, l'espérance" de Sarkozy
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Le primat de l’économie dans la pensée ultra libérale est bien connu. Mais tout dirigeant politique se fait aussi une idée du monde, de l’histoire, de la civilisation, de la culture, de la société, de la famille et des individus ou encore de concepts aussi vagues que la Justice ou la Liberté.
De ce côté-ci, M. Sarkozy est clairement à ranger du côté de Thatcher et des néoconservateurs.
Il a en effet insisté sur les racines chrétiennes de l’Europe et a cru bon d'expliquer, dans son livre «La République, les religions, l’espérance», que la religion était supérieure à la République puisque la religion seule pouvait donner une morale, la République étant incapable de distinguer le Bien du Mal!
Fi de l’héritage gréco-latin, des fondamentaux de la civilisation politique européenne que constituaient Athènes et Rome, fi évidemment de toutes les références à l’Antiquité marquant les grands événements européens, dont, bien sûr, la Révolution française et l’Empire.
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Grand escalier du Palais de Justice de Paris, de style Empire, inspiré de la Rome antique
Le mépris affiché par Margaret Thatcher, lors du Bicentenaire de la Révolution française, pour 1789, est d'ailleurs en train de tranquillement triompher dans les cercles universitaires et au-delà.
Pour elle, les droits de l’homme ne devaient être rattachés qu’à la religion, et à aucune autre tradition laïque ou proprement politique, jetant aux orties les conceptions grecques ou romaines de la citoyenneté :
« “Les droits de l’homme n’ont pas commencé avec la Révolution française. […] [ils] trouvent leur origine dans le judaïsme et le christianisme […].“Liberté, égalité, fraternité”, je crois qu’on a oublié les devoirs et obligations dans cette devise. »[1].
L'équipe du Président Bush en prière avant une réunion, curieux mélange du "religieux" et du politique...
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L’opposition stigmatisante de M. Sarkozy entre "ceux qui se lèvent tôt", les travailleurs d’une part et les "assistés", qui vivent aux frais des autres, relève elle aussi de la morale prônée par Thatcher, qu’elle-même liait à la tradition "victorienne", en contradiction absolue, d’une part avec la pensée chrétienne laïcisée avec la Révolution française, d’autre par avec l’Etat-Providence pensé et bâti pendant et après la Seconde Guerre mondiale :
« Les Victoriens avaient déjà formulé ce que nous redécouvrons aujourd’hui : ils distinguaient entre pauvres “méritants” et “indignes”. Il faut aider les deux groupes, mais l’aide doit être de nature différente si l’on ne veut pas que les dépenses publiques ne servent qu’à renforcer la culture de la dépendance. Notre Etat-providence nous avait fait, peut-être inévitablement, oublier ce distinguo et nous versions la même “aide” à ceux qui rencontraient effectivement des difficultés et avaient besoin d’un coup de pouce pour s’en sortir et à ceux qui avaient tout simplement perdu la volonté ou l’habitude de travailler et de prendre soin d’eux-mêmes »[2].
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A cette nouvelle "morale" correspond bien entendu l’exclusion du pacte politique des plus faibles, des citoyens inaptes à travailler ou à subvenir à leurs besoins, à l’exclusion des exclus eux-mêmes. La sous-traitance du social à des associations cultuelles ou non, scelle et justifie l’abandon par l’Etat des exclus de l’économie néo-capitaliste :
La charité des riches au sortir de l'Eglise, un grand classique revisité aujourd'hui par le compassionnel....
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« Nous visions une nouvelle éthique pour la politique de l’aide sociale : rompre la dépendance vis-à-vis de l’Etat et encourager l’autonomie, utiliser au mieux les ressources des organisations bénévoles comme l’Armée du Salut et, chose controversée, débloquer des aides immédiates pour inciter à un comportement honnête et responsable»[3].
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2. Le travail sans droit du travail
La mythologie ultralibérale du travail, son apologie de la liberté et de l’individualisme –dont le slogan "travailler plus pour gagner plus" de M. Sarkozy est la caricature la plus grossière- masquent souvent l’évolution réelle du capitalisme, dont on sait qu’il est de plus en plus financier, de plus en plus fondé sur le capital, toujours au détriment du travail et, par-dessus tout, de la qualité du travail.
Images de mineurs, dont Thatcher affrontera les multiples grèves
Pour ces raisons, démanteler l’Etat-Providence, "déréguler", rogner sur le droit en général et sur le droit du travail en particulier est un impératif catégorique de la pensée ultra libérale en général et de la pensée thatchérienne en particulier.
La Marianne d'un petit village, symbole dépassé de la République, de la protection des faibles et du respect des lois?
Les syndicats et tous les collectifs de lutte sociale furent donc combattus à mort par Thatcher, et le seront par M. Sarkozy, la volonté de séparer le travail des luttes politiques pour le relier au seul marché, de consacrer la quantité du travail exigée par celui-ci –toujours illimitée- au détriment de sa qualité –toujours acquise par des limites établies par l’Etat ou les luttes sociales- étant son projet le plus cher :
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« Je n’ai jamais cessé de croire que le niveau du chômage devait être lié à l’étendue du pouvoir syndical. Les syndicats avaient fait perdre leur travail à beaucoup de leurs membres en demandant des salaires excessifs pour une production insuffisante, ce qui avait rendu les marchandises britanniques non compétitives »[4].
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Délégitimer les syndicats est le préalable du passage au nouveau capitalisme, lequel se fonde sur la croissance
automatique de la production au sein du marché, même si celle-ci doit passer par une précarisation voire une élimination du travail. La facilitation des licenciements fut donc au cœur de la loi sur l’emploi concoctée par Thatcher en 1982, le marché étant toujours privilégié sur la vie humaine et les besoins des travailleurs et de leurs familles :
« A l’avenir, les employeurs pourraient licencier les participants à une grève ou à tout autre conflit social, sans courir le risque que le licenciement soit déclaré inéquitable, pourvu que tous ceux qui prendraient part à la grève soient licenciés »[5].
Thatcher et les mineurs, ou la victoire de la logique économique sur les luttes sociales
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Instrumenter la démocratie représentative universelle, grâce aux médias et aux sondages qui fabriquent la "nouvelle opinion publique", pour décrédibiliser les formes de luttes collectives sociales partielles, fut également une des grandes audaces de Thatcher -même si elle était facilitée par l’affrontement Est-Ouest de la fin de la guerre froide, qui permettait d’identifier démocratie libre à marché capitaliste et de dénoncer les syndicats d’inspiration marxiste comme des suppôts du totalitarisme soviétique.
Dans un premier temps, il s’agit évidemment d'opposer les travailleurs, en leur donnant un droit de vote universel préalable au déclenchement d’une grève, aux syndicats, privés de leur légitimité idéologique, historique et culturelle. D’où ces propos de M. Sarkozy : « A celui qui est contre la grève obligatoire imposée par une minorité, je propose la démocratie par l'organisation obligatoire d'un vote à bulletin secret dans les huit jours qui suivront tout déclenchement d'un mouvement social », tenus par Nicolas Sarkozy dans son discours d'Agen le 22 juin 2006. Cette technique, qui risque de contrer le droit individuel et constitutionnel à faire grève, est tout simplement l’introduction des mesures thatchériennes en France :
« Dans les “services essentiels”, l’introduction du vote de la grève aiderait nettement à réduire les risques»[6].
Opposer les usagers des transports publics aux grévistes: un enjeu crucial pour les ultra libéraux!
Point fort de la campagne menée par les conservateurs britanniques, imposer le vote de tous les travailleurs avant toute grève :
« A partir de notre document préparatoire sur la démocratie syndicale, nous promettions des lois qui exigeraient un scrutin pour la désignation des organes dirigeants des syndicats, et un vote avant les grèves»[7].
Faire du travail l’alpha et l’omega de toute vie humaine, privilégier la quantité de travail sur la qualité au travail et enfin rendre de plus en plus difficile toute interruption du cycle de travail, de production et de consommation de l’ensemble de la société grâce à l’arme du droit de vote, toutes ces évolutions marquaient certes le déclin de la culture marxiste et du socialisme, tant dénoncés par Mme Thatcher, mais aussi, en liminaire, couronnaient également un recul de l’Etat et des principes constitutionnels face à l’opinion médiatique et sondagière –nouvelle forme de populisme-, un reflux de la dignité du droit et de la culture démocratique des luttes sociales.
La caissière d'hypermarché, symbole présent de l'exploitation physique des employés
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D’où une conception très spécifique de l’Etat, instillée par la pensée ultra libérale depuis des années et introduite aujourd’hui par M. Sarkozy.
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3. L’Etat au service de l’économie
Un point commun aux théories ultra libérales et à l’idéologie soviétique de l’Etat est à trouver dans leur conviction centrale que l’Etat n’est là qu’au service du travail et des besoins du travail, de la production et de la consommation. Même si dans un cas l’un est réduit à peau de chagrin alors que dans l’autre il devient omniprésent et omnipotent, il n’en reste pas moins que la vocation politique et civique de l’Etat est toujours déniée. Dans une société où l’on ne fait que travailler et produire, l’Etat devient vite superflu. Ce point d’accord caché explique peut-être la haine viscérale, la passion négative des ultra libéraux pour l’U.R.S.S., attirance-répulsion étant les deux médailles d’une même attitude irrationnelle.
Le culte du travailleur en U.R.S.S. aurait-il inspiré le slogan de l'ancien maire de Neuilly-sur-Seine: "Travailler plus etc."?
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En assurant vouloir ne pas renouveler un fonctionnaire sur deux, M. Sarkozy propose aux Français d’avoir un Etat réduit, dont on fragiliserait les missions proprement politiques et civiques, telles l’Education, la Justice –dont la justice sociale et le droit qui lui correspond-, ou encore, les missions relevant de la civilisation, telles la Santé ou la Culture –il s’agissait au départ, pour M. Sarkozy, de supprimer le ministère de la Culture. Thatcher déjà était pionnière en la matière.
L’Etat n’étant, pour la Dame de Fer, qu’un moindre mal, il s'gissait, dans tous les domaines, de «dénoncer la confusion entre société et Etat-providence »[8].
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En matière d’emploi, seul le marché est roi :
« Dans une économie de marché, l’Etat ne sait pas –et ne peut pas savoir- d’où viendront les emplois : s’il le savait, toutes ces politiques interventionnistes pour “faire gagner les gagneurs” et “soutenir le succès” n’auraient pas entraîné tant de perdants et aggravé l’échec »[9].
Thatcher interprétait donc sa victoire sur les syndicats et sur la grève comme une mise au service réussie des lois du pays et de l’Etat au service des lois de l’économie de marché :
« Notre détermination à résister à la grève incita les syndiqués ordinaires à oser tenir tête aux activistes. Ce que cette défaite établit fut qu’il n’était plus question de laisser la gauche fasciste faire de la Grande-Bretagne un pays ingouvernable. Les marxistes avaient voulu remettre en cause la loi du pays dans le but de remettre en cause les lois de l’économie. Ils échouèrent et démontrèrent ce faisant combien l’économie libre et la société libre dépendaient l’une de l’autre. C’est une leçon que personne ne devrait oublier»[10].
Le règne sans entraves de la logique financère: la Bourse
Leçon que, sans aucun doute, aura bien retenue l’ancien maire de Neuilly-sur-Seine.
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L’inspiration thatchérienne des discours du candidat Sarkozy est donc très inquiétante, d’autant plus qu’elle s’est parée des oripeaux du gaullisme et même de citations des grands hommes de gauche, tel Jaurès ou Blum.
L’ouverture gouvernementale du président Sarkozy est peut-être aussi redoutable car elle permettrait, si elle survivait aux élections législatives, de parer aux critiques de l’opposition de gauche.
Mais ce qu’il faut voir par-delà la fragmentation des discours de campagne, c’est la progression inouïe en France des idéaux simplistes et populistes du néolibéralisme anglo-saxon :
.nouvelle morale néo conservatrice pseudo religieuse
.culpabilisation des "improductifs" et compassion envers les "pauvres"
.glorification du travail pour le travail
.individualisme triomphateur
.identification du pays à une entreprise, à une boutique à "bien gérer"
Pendant la campagne, l'une des porte-paroles de M. Sarkozy nous fournit un beau lapsus à propos de M. Sarkozy: "Il souhaite devenir le patron de tous les Français"... Et oui, si la France n'est plus qu'une boutique, son Président sera logiquement son patron...Belle vision du politique!
.condamnation morale de l’Etat et des institutions de la démocratie sociale
.recul généralisé des et du droit.
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Pour la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale, la droite s’affiche ostensiblement comme libérale et promeut des idées ultra libérales. D’où l’importance de la thématique de la "rupture" formulée par M. Sarkozy, d’autant plus radicale qu’elle serait "tranquille".
Car il s’agit d’une rupture à plusieurs égards, par rapport :
.au gaullisme
.à l’Etat-Providence et aux solidarités qu’il avait instituées -dont la Sécurité sociale mise en place en 1945
.à une conception forte de l’Etat héritée de la monarchie et consolidée par la République
.à l’esprit des différentes Déclarations des droits de l’homme et du citoyen
.à la culture de la manifestation démocratique héritée de la Révolution française
L'obtention des congés payés, un acquis du Front populaire!
.à la Constitution de 1958 –s’agissant notamment du droit de grève.
A tous ces points de vue, la "synthèse" d’un néo-gaullisme –séguiniste-, marquant les discours, avec un libéralisme mis en pratique peut ressembler effectivement à une rupture nette avec la conception même de notre République.
Car il est évident que les transformations économico-sociales prendront le pas, transformant effectivement les rapports sociaux, sur n’importe quelle faconde formelle sur De Gaulle ou Jaurès.
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La question demeure ouverte de savoir si le premier quinquennat de M. Sarkozy marquera ou non une révolution néo libérale de l’ampleur de celle qu’a connue l’Angleterre de Mme Thatcher. Mais il serait bon au moins que la droite, les centristes comme les socialistes, et tous les républicains de gauche, prennent au sérieux les indices précis –domaine par domaine- d’une telle volonté, en balayant les pieux discours rédigés par les conseillers professionnels de l’ancien maire de Neuilly-sur-Seine.
Car la conjoncture mondiale n’est plus du tout celle du Royaume-Uni des années 1980. L’U.R.S.S. n’existe plus et la globalization a épousé les canons de la pensée ultra libérale.
Il s’agit donc de voir si la République française est prête à se normaliser à ce mouvement mondial en payant le prix d’y perdre sa propre identité et de laisser sur le chemin nombre de ses citoyens ou si la notion d’"exception française" peut encore avoir un sens critique vis-à-vis d’une conception totale du monde comme une entreprise et de l’homme comme un travailleur-consommateur, et rien de plus.
Le rêve sarkozien: transformer le monde en centre commercial et le citoyen en consommateur...
S’adapter à la mondialisation, en relever les défis sans perdre son identité tout en étant capable de conserver une distance critique à son égard et d’y apporter une touche singulière, telle serait l’approche moderne d’une France qui n’abandonne pas la solidarité pour l’égoïsme, qui ne sacrifie pas la culture et le beau au marché, qui forme des citoyens et non des seuls consommateurs.
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Si l’ordre de la globalization est bien injuste et bien la "France de la rupture" devrait être en capacité de proposer de rompre effectivement avec cette injustice, et d'orienter l'Europe dans ce sens!
Il est pourtant tentant, au vu de la lecture de la campagne de M. Sarkozy, de constater l’incroyable conformisme idéologique de la France qu’il voudrait préparer, selon un programme thatchérien vieux de plus de 20 ans…
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à suivre...
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[1] M. THATCHER au quotidian français Le Monde, en 1989, cité in 10 Downing Street, Mémoires, Albin Michel, Saint-Amand-Montron, 1993, p. 618.
[2] M. THATCHER, 10 Downing Street, Mémoires, op. cit., p. 513.
[3] Idem, p. 515.
[4]Ibid., p. 249.
[5] Ibid., p. 249.
[6] Ibid., p. 252.
[7] Ibid., p. 260.
[8] Ibid., p. 512.
[9] Ibid., p. 92.
[10] Ibid., p. 334.
14 mai 2007
LA DROITE DE SARKOZY, SYNTHESE OU RUPTURE REPUBLICAINE? 1
La victoire du maire UMP de Neuilly-sur-Seine à l'élection présidentielle du 6 mai 2007, avec plus de 53% des voix, mais aussi l'élévation à 31,18% de son score du 1er tour peuvent donner cours à de multiples réflexions sur l'évolution de la droite française.
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L'explication de la nouvelle défaite électorale de la gauche ne peut pas être imputée qu'à la campagne menée par la candidate du Parti socialiste français et de ses alliés. La gauche bien sûr devra relever de multiples défis internes, partisans, culturels, "idéologiques", passer clairement par-dessus la critique du libéralisme pour diffuser une critique du néo-capitalisme etc.
Il se pourrait bien paradoxalement que l'audace économique, institutionnelle et même
intellectuelle du pacte présidentiel de la candidate socialiste soit arrivée trop tôt, apparaissant comme trop complexe et déphasée avec les attentes d'un pays qui vit encore, même illusoirement, sur un contrat civique -la République- et un statu quo économico-social -l'Etat-Providence- qu'a prétendu incarner M. Chirac malgré un sentiment de crise indépassable, auquel seule une rupture "violente" pourrait mettre un terme. A cet égard, le renvoi systématique, caricatural mais implacable, de la gauche dans l'"archaïsme" et la prétention, non moins grotesque, de la nouvelle droite au "modernisme" sont éloquents.
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Le paradoxe est que M. Sarkozy a réussi, en prônant la rupture avec l'ère Chirac, à renvoyer dos à dos la droite et la gauche dans le caniveau du passéisme. L'apport énorme, en termes électoraux, que supposent l'union, dès le 1er tour, de toute la droite républicaine: des libéraux, des pseudo-gaullistes de gauche comme de droite, des centristes de droite, le ralliement des chiraquiens comme le silence des gaullistes dits "historiques", enfin l'ouverture à l'extrême-droite -prônée depuis des années par Charles Pasqua-, ont fait de M. Sarkozy un adversaire de fait imbattable par une gauche encore divisée, désordonnée et en perpétuel doute sur elle-même et sa candidate.
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Sarkozy : France, Aime-la ou quitte-la!
Vidéo envoyée par leruisseau
M. Sarkozy aura repris pendant sa campagne le fameux slogan de Jean-Marie Le Pen: "Aimez la France ou quittez-la", trahissant sur un ton badin extrêmement populiste la tradition chiraquienne de condamnation du Front national, banalisant aussi un discours aberrant qui remettrait en cause le droit du sol lui-même!
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Pour l'heure, il faut donc comprendre que la campagne victorieuse du maire de Neuilly-sur-Seine a certainement rencontré des mouvements tectoniques, jusqu'ici déniés par nos élites, bouleversant la société française et marquant la "demande politique" de beaucoup de Français, à divers niveaux.
Alors à quoi correspond donc cette victoire nette de M. Sarkozy?
I. Historiquement, à la synthèse des droites, de "toutes les droites" et de l'extrême-droite ou à la rupture avec "la droite républicaine" d'après-guerre?
De Chirac à Balladur, de Balladur à Madelin: "Ensemble, tout devient possible"
II. D'un point de vue économico-social, à la refonte franco-française d'un Etat-Providence quasi-constitutionnalisé par les IVième et Vième Républiques ou à l'adaptation du pays à un modèle, perçu comme anglo-saxon et encore dominant, avec l'adoption "décomplexée" des canons ultra libéraux de la globalization?
III. D'un point de vue gramscien enfin, à la reconquête intellectuelle de la droite nationaliste et de l'"Ordre moral" -"républicanisés"- sur les décombres d'un libéralisme et d'un libertarisme injustement imputés à la seule gauche ou à l'indexation tardive au mouvement plus large de remise en cause du relativisme culturel et moral dont les parangons seraient les néo-consevateurs états-uniens?
Même si elle paraît déphasée, liminaire ou archaïque, la question de la culture républicaine, ébranlée de toutes parts, demeure posée.
Attachons-nous ici à la première question, touchant plus particulièrement à l'histoire politique de la droite.
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I. M. Sarkozy aurait donc réussi, nous dirent les ténors de l'UMP au soir de sa victoire, l'exploit de réconcilier au moins deux des trois droites définies par René Rémond: l'"orléaniste", libérale et parlementaire, dont l'antigaullisme de l'entourage d'un VGE et l'ultralibéralisme d'un Madelin ou l'européisme libéral d'un Balladur seraient les lointains avatars et la "bonapartiste", autoritaire et étatiste, centrée autour d'un chef, plébiscitaire voire populiste, dont le gaullisme étatiste et référendaire serait une des actualisations. Furent moins mis en avant les clins d'oeil aux vestiges de la droite "légitimiste", antirévolutionnaire, réactionnaire et pseudo-religieuse, dans laquelle les électeurs d'un Villiers et certains de Le Pen se reconnaissaient certainement.
René Rémond, auteur de "La Droite en France, de 1815 à nos jours"
La première difficulté vient de ce que M. Sarkozy semble mettre en avant dans son programme les aspects les plus libéraux d'un "orléanisme", réinterprété à l'aune de l'expérience thatchérienne, au risque de revenir sur les avancées sociales ayant marqué les XIXième et XXième siècles. Le deuxième problème surgit dès lors que son "bonapartisme" se manifeste par des pressions régulières sur le contre-pouvoir que devrait constituer la presse, par ses mises en cause graves, en tant que ministre de l'Intérieur, de la Justice, au risque de mépriser l'indépendance de celle-ci et le principe de la séparation des pouvoirs et par un populisme langagier inouï, servi par des médias de masse intimidés.
M. Sarkoy entretient des rapports tumultueux avec la presse française.
Thatcher, muse cachée du "sarkozysme"?
Troisième questionnement: la droite de filiation plus ou moins "légitimiste" a traditionnellement contesté les principes de la Révolution française actés par la République: des Droits de l'homme et du citoyen, de l'égalité des citoyens face à la loi à la séparation des Eglises et de l'Etat, de la place de la religion dans la morale publique, du rôle de la femme dans la société -le "retour au foyer" étant une de ses thématiques classiques- au contrôle des moeurs et au refus des émancipations récentes -lutte contre le droit à l'avortement, refus de l'union des personnes de même sexe et bien entendu du mariage des homosexuels etc.
"Coeur-Chouan", symbole des Chouans vendéens, antirévolutionnaires farouches.
Si l'on peut se réjouir du captage sarkozien des électeurs d'une telle sensibilité, on peut légitimement s'inquiéter du fait que, depuis plusieurs années, le maire de Neuilly s'est revendiqué haut et fort de cette même sensibilité et de certaines de ses thématiques: remise en cause de la laïcité, refus du relativisme culturel et promotion des racines chrétiennes de la France et de l'Europe, rejet en bloc de "mai 68", interrogations -d'ailleurs condamnées par l'Eglise- sur la prédestination génétique des suicidaires et des pédophiles.
Philippe de Villiers, dernier représentant vendéen des "ultras"?
Enfin, peu de commentateurs l'ont souligné, la victoire idéologique des thématiques lepéniennes est frappante dans les propos et même le programme de M. Sarkozy. Si l'on a pu entendre que ce dernier avait embrassé le Front national "pour mieux l'étouffer", il n'en demeure pas moins que la suspicion, au moins rhétorique, jetée sur les "immigrés subis", sur les "musulmans égorgeant le mouton dans leur appartement et pratiquant l'excision", la création d'un "ministère de l'immigration et de l'identité nationale", (sic), l'affection affichée pour les anciens de l'Algérie française et enfin les propos condamnant la "repentance" engagée par M. Chirac s'agissant de Vichy et de l'esclavage : tous ces éléments tendent à faire penser que M. Sarkozy se rattache aussi à une "quatrième droite" dont René Rémond n'avait pas assez parlé selon Zeev Sternhell, celle qui inspira notamment le régime de Vichy -lequel enterra la République pour fonder "l'Etat français"-, ses nostalgiques et ses avatars.
D'où la satisfaction des derniers tenants d'une droite "extrême" traditionnellement exclue du "cercle républicain": post-Vichy, post "Algérie française", nostalgiques de l'Empire, chrétiens politiques, anciens d'Occident et autre Cercle de l'Horloge...
"Travail, famille, patrie", devise de l'Etat français ou régime de Vichy
Il y a pourtant loin de capter des électeurs à embrasser des thématiques électorales et à les intégrer dans un programme présidentiel républicain.
"Un mouton dans la baignoire", titre du livre de l'ancien ministre délégué à la Promotion de l'égalité des chances, narrant les harcèlements et menaces qu'il aurait subi de la part de son collègue ministre de l'Intérieur, M. Sarkozy. Titre évoquant les clichés coloniaux utilisés par ce dernier lors de la campagne présidentielle.
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Pour ces quatre raisons au moins, il faudra vérifier "par la preuve" s'il s'est agi pour le candidat Sarkozy d'une stratégie électorale admirable de "synthèse des quatre droites" ou d'une rupture de la droite désormais présidentielle avec des fondamentaux de la République.
Interrogation qui suppose que la vie politique ne saurait être dominée par les seuls coups et considérations électoralistes, mais aussi par des principes forts et un socle commun minimum (si possible républicain!).
à suivre...












































































