20 mai 2008
REFORME DES INSTITUTIONS, LA DERIVE DU POUVOIR PRESIDENTIEL ACTEE PAR LA CONSTITUTION... POUR SARKOZY
Sous couvert de redonner du pouvoir au Parlement, la réforme des institutions telle que l'a voulu le comité Balladur, en permettant au président de la République de se rendre au sein du Parlement, n'a qu'un seul but: instaurer un faux présidentialisme sans contre-pouvoir.
Dans un régime présidentiel, le président de la République peut être désavoué par les représentants du peuple. Or, dans la réforme voulue par Nicolas Sarkozy, aucun débat ne sera autorité, aucun vote ne sera possible après un discours du détenteur de la magistrature suprême.
Cette dérive est profondément inquiétante. Elle est rédhibitoire et condamne toutes les autres mesures prônée par le comité. Seul le gouvernement est co-responsable devant le Parlement, et seul, il peut y être renversé par une motion de censure.
Le président de la République n'a donc pas à mettre les pieds dans les chambres du pouvoir législatif, d'autant plus qu'il a le pouvoir de dissoudre l'Assemblée nationale. La monarchie comme l'Empire ont été abolis. Nicolas Sarkozy ne saurait les rétablir pour conformer la République française à sa pratique jusque là inconstitutionnelle du pouvoir.
MARIE-FRANCE GARAUD
"Mitterrand a détruit la Ve République par orgueil,
Valéry Giscard d'Estaing par vanité
et Jacques Chirac par inadvertance."
le 16 mai 2006 sur France 2.
Qu'on soit d'accord ou pas avec l'appréciation radicale de Mme Garaud, la question du rapport de Nicolas Sarkozy à la Constitution et à notre République doit interroger l'ensemble de la classe politique.
Les historiens, si cette réforme est votée, avec le concours de députés et de sénateurs des oppositions, trancheront pour déterminer ce qui a motivé l'ancien maire de Neuilly-sur-Seine dans sa destruction définitive du subtil équilibre du régime semi-présidentiel-semi-parlementaire qu'est la Ve République.
Les gaullistes au Parlement, qui pourraient se référer logiquement au propos de Marie-France Garaud, devront voter en conscience...
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L'HYPER-PRESIDENT ET SON PSEUDO-PARLEMENT.
11 avril 2008
LES LYCEENS AU SECOURS DE L'ECOLE DE LA REPUBLIQUE SACRIFIEE SUR L'AUTEL DE LA POLITIQUE ULTRA-LIBERALE DE NICOLAS SARKOZY
Lors de ses voeux télévisés pour 2008, l'ancien maire de Neuilly-sur-Seine et actuel président de la République, Nicolas Sarkozy, annonçait aux Français la mise en branle d'une "politique de civilisation"... Au printemps 2008, on apprenait la suppression de 11000 postes d'enseignants dans l'Education nationale. Est-ce là l'amorce de cette fameuse ou fumeuse "politique de civilisation"? Ayant mené une politique économique désastreuse dès les premiers mois de sa présidence, n'ayant pas su anticiper la crise économique mondiale, arguant des déficits qu'il a lui-même gravement creusés en gaspillant 15 milliards d'euros par an, avant tout au bénéfice des Français les plus favorisés, Nicolas Sarkozy annonce enfin la couleur en mettant en place son véritable programme, à savoir la destruction des services publics et de l'Etat, et, en premier lieu, après la fragilisation du service public de la Santé, la saignée du service public le plus éminent, fondement même de l'édification d'une civilisation républicaine et citoyenne, à savoir l'Education nationale...
DENIS DIDEROT
"Instruire une nation, c'est aussi la civiliser."
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Plan d'une université, "De l'instruction".
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Nicolas Sarkozy, élu président de la République, a parlé, lui ou ses conseillers, c'est pareil, de tout: des sectes, de la Shoah, de Dieu, de la France chrétienne, de son divorce puis de son mariage...
Il annonçait avec une grandoliquence presque risible et au risque de susciter la perplexité de la France entière, la mise en chantier d'une "politique de civilisation", comparable à la Renaissance... Rien que ça! Lui, le président de l'argent, de la vulgarité, du mépris pour les institutions et le peuple, de la traque aux étrangers se comparait implictement aux grands humanistes, penseurs, scientifiques et artistes de la Renaissance...
Ne comprenant peut-être même pas lui-même ce qu'il lisait ce soir-là sur son prompteur
depuis son bureau du palais de l'Elysée, il envoyait son "conseiller spécial", Henri Guaino, l'auteur du discours de Dakar insultant les Africains, expliquer aux médias en quoi consiterait cette "politique de civilisation".
M. Guaino, bien en peine, d'expliquer au Figaro magazine, le samedi 12 février 2008, de quoi il en ressortait, de déclamer, dans un entretien pompeusement intitulé "Ce qu'est notre politique de civilisation":
"L'autorité, la vie, l'identité, l'école participent de cette politique de civilisation au service d'une nouvelle Renaissance."
Devant tant de bonnes intentions personne n'applaudit pourtant... Et pour cause. Il ne s'agissait une fois de plus que de concepts creux, sans aucun contenu, complètement contradictoires avec la politique menée par le président Sarkozy.
Car au-delà des discours à répétition, la véritable politique menée par la nouvelle droite, inscrite dans son programme idéologique, n'a que faire de l'école. La destruction de l'Etat providence, la remise en cause des acquis sociaux de l'après-guerre, la liquidation de la fonction publique passent évidemment par la précarisation de l'Education nationale, du service public de l'enseignement. Institution fondatrice de la République à laquelle le gouvernement a décidé de s'attaquer en priorité.
La réduction des dépenses publiques, quand on dépense sans compter pour les plus riches ou pour des programmes économiques voués à l'échec et incapables de relancer l'économie, signifie d'abord, en ce printemps 2008, une fragilisation brutale de l'école de la République, à travers ses enseignants.
Ainsi dès le 23 août 2008, le ministre de l'Education nationale, Xavier Darcos avait annoncé, alors que cette institution est en crise depuis des années, que le manque de personnel s'y fait criant, que des classes surchargées condamnent nombre d'élèves à l'échec, que plus de 11 000 postes de l'Education nationale seraient supprimés à la rentrée 2008. Collèges et lycées seraient privés de près de 9 500 enseigants à cette même rentrée...
Manifestations de lycées contre la supression de 11 000 postes de l'Education nationale à la rentrée 2008, le 3 avril dernier
Le 10 avril 2008, près de 40 000 personnes ont donc manifesté à Paris, c'est la 5e fois en quinze jours. Lycéens, professeurs et parents d'élèves, personnels de l'Education nationale ont réclamé le maintien des postes à la rentrée prochaine.
Le désarroi de la jeunesse, notamment dans les classes moyennes et les quartiers populaires ne saurait laisser indifférent un gouvernement qui, en menant une politique idéologiquement déterminée à mettre en charpie les services publics, risque de mettre à mal le lien social et civique, d'obscursir un peu plus les perspectives d'avenir de la jeunesse.
Le mal-être de la jeunesse française de 2008, dans une société économiquement et socialement de plus en plus injuste et inquiétante s'exprime, devra tôt ou tard être entendu. Et le gouvernement devrait se réjouir que des lycéens manifestent pour sauver ce qui était l'école de la République, malgré tous ses défauts...
Devant l'ampleur des manifestations, les arguments fallacieux ont évidemment fusé, le plus malhonnête étant celui, froidement comptable et mensonger, de la démographie. Il y aurait moins d'élèves: il faudra moins de professeurs. Or:
la bonne démographie française indique que de nombreux élèves des écoles maternelles et primaires arriveront tôt ou tard au collège puis au lycée
les suppressions de postes affecteront inégalement les collèges et lycées sur le territoire, là où des classes sont déjà surchargées
le gouvernement a admis ce fait puisqu'il propose aux professeurs de faire des heures supplémentaires pour pallier aux manques d'effectifs qui résulteront logiquement de cette politique
nombre d'options et d'activités qui permettaient aux élèves d'enrichir leur parcours scolaire et leur culture personnelle, voire pour nombre d'entre eux de choisir une orientation future - le sport, les activités artitistiques et culturelles, les langues vivantes ou encore la maîtrise intelligente des nouvelles technologies - passeront à la trappe
la qualité de l'enseignement, déjà mise à mal dans nombre d'établissements, se dégradera encore un peu plus
les défis de la mondialisation et les nouveaux besoins qui surgiront sur le nouveau marché du travail ne seront pas relevés et une partie de la jeunesse y parviendra déqualifiée
les inégalités dues à ce que Bourdieu appelait le "capital culturel" se creuseront un peu plus, les élèves ayant un milieu familial à haut niveau culturel ou financier, sans parler des relations dans le monde de l'entreprise seront encore un peu plus privilégiés etc.
Pour toutes ces raisons, la jeunesse a raison de manifester, ce qui, contrairement au discours que nous assène le ministre de l'Education nationale qui aimerait que l'on identifiât le mouvement à la minorité des casseurs, est un acte citoyen.
Dans la société du "travailler plus pour gagner plus", non seulement on ne gagne rien mais on y perd beaucoup... A commencer par les services publics et, en l'occurence, l'école...
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Une fois de plus, les envolées lyriques sur la "politique de civilisation", sur l'autorité ou le travail ne sont que des écrans de fumée pour dissimuler le projet très concret de démantèlement de l'Etat et des services publics qui sont censés garantir l'unité de la République. Dans une perspective purement économique, l'Education nationale, l'école en général, devraient aussi avoir pour mission de fournir aux élèves un enseignement de qualité adapté aux besoins émergents en Occident - désormais fondés sur l'innovation, l'inventivité et la diversité.
Quant au beau projet de la Renaissance, des Lumières puis de l'école républicaine pour tous, qui, comme l'écrivait avant l'heure Diderot, revêtait une dimension civilisationnelle, il est définitivement mort dans la France de Nicolas Sarkozy.
Les dégâts à long terme d'une "politique" d'épuration de la fonction publique, sans aucune contre-partie préalable, "politique" sur laquelle un pays aussi libéral que le Royaume-Uni est lui-même revenu, seront incalculables.
M. Sarkozy n'aurait jamais dû parler de "civilisation", il en ignore manifestement tout et entraîne la jeunesse, et avec elle le pays, dans une période de régression inouïe.
Désavoué dans les sondages et dans les urnes, lors des dernières élections municipales, qui ont vu la gauche remporter une victoire étonnante seulement quelques mois après l'élection présidentielle, le président bling bling pense désormais avoir les mains libres. Espérons que le peuple français saura lui montrer que tel n'est pas le cas.
La gauche, victorieuse lors des élections municipales de mars 2008, est donc majoritaire dans le pays, au niveau local. Après cette déconvenue magistrale, le président de la République semble vouloir accélérer son train de réformes ultra-libérales, dans le mépris le plus absolu de la démocratie élective. Les collectivités locales, dont les compétences ont beaucoup progressé, sont déjà dans la ligne de mire de l'Elysée. Pourront-elles fournir un contre-poids à la politique de casse sociale et républicaine menée au niveau national? Le jeu, tout difficile qu'il sera, en vaut la chandelle. Toutes les possibilités de résistance à des politiques iniques devront être envisagées, qu'elles soient politiques, administratives ou même juridiques....
15 février 2008
SEGOLENE ROYAL, FRANCOIS BAYROU, DOMINIQUE DE VILLEPIN:UN FRONT REPUBLICAIN ET DEMOCRATE CONTRE LA POLITIQUE DE NICOLAS SARKOZY
Heureux événement! Un "Appel pour une vigilance républicaine", vient d'être signé, le 14 février 2008, dans l'hebdomadaire Marianne, par Ségolène Royal du Parti socialiste, François Bayrou du Mouvement démocrate, Dominique de Villepin de l'UMP, Jean-Pierre Chevènement du Mouvement républicain et démocrate, Pierre Lefranc, ancien directeur de cabinet du général de Gaulle etc. L'entreprise de démolition des fondamentaux de la République française inquiète donc d'éminentes personnalités politiques républicaines, de gauche, du centre comme de la droite. En creux apparaît la véritable nature du sarkozysme, qui, malgré ou à cause de son indigence culturelle, politique et philosophique, est un mouvement post-politique antirépublicain. Cet appel est donc un jalon de plus pour éclairer l'opinion et le peuple français sur la vraie nature de la "fracture républicaine" engagée par l'ancien maire de Neuilly-sur-Seine et actuel "très-bling bling-chrétien" président Sarkozy.
Ségolène Royal, Dominique de Villepin, François Bayrou, parmi les premiers signataires d'un "Appel pour une vigilance républicaine", lancé dans l'hebdomadaire Marianne, témoignent au-delà de leurs sensibilités politiques différentes de l'inquiétude, politique et non politicienne, face à la remise en cause des fondamentaux de la République par le nouveau pouvoir.
Malgré toutes les critiques que cet appel a pu suscitées, malgré son caractère insatisfaisant pour beaucoup, on ne peut que saluer le rassemblement de personnalités diverses de l'échiquier politique républicain, autour de principes -démocratie, laïcité, indépendance et pluralisme de la presse et des médias et enfin poursuite d'une politique étrangère claire et fidèle à son esprit, définie en son temps par le général de Gaulle et poursuivie ensuite par ses successeurs, aujourd'hui remise en cause par la politique impulsée par la présidence de Nicolas Sarkozy.
Les accusations des proches du président de la République, essayant de victimiser à outrance Nicolas Sarkozy, oublient un peu vite qu'un tel rassemblement avait déjà eu lieu contre les projets de mise en place de tests ADN pour trier les postulants au regroupement familial ou encore contre l'autorisation de statistiques raciales, lesquelles furent censurées par le Conseil constitutionnel, au nom de l'article Ier de la Constitution, qui stipule que "la France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale" qui "assure l'égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d'origine, de race ou de religion".
Le 14 ocotbre 2007, au Zénith de Paris, des personnalités politiques de tous bords républicains, ici François Bayrou (centriste), François Hollande et Laurent Fabius (socialsites), avaient fait front contre les tests ADN. Des artistes, intellectuels et autres les avaient rejoints.
Le point d'orgue de la mobilisation contre les tests ADN, infligés aux immigrants légaux, avait eu lieu au Zénith de Paris le 14 octobre 2007. Elle avait rassemblé des personnalités de la gauche, du centre comme de la droite républicaine. Ainsi s'étaient succédé à la tribune François Bayrou, Marielle de Sarnez, centristes historiques, François Goulard, membre du parti sarkozyste UMP, François Hollande et Laurent Fabius, membres éminents du Parti socialiste, Cécile Duflot, écologiste des Verts ou encore Jacques Ralite, figure du Parti communiste français.
Ce n'était pas tant contre la personnalité de Nicolas Sarkozy que pour dénoncer le caractère
antinomique des principes de la République et de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789 que toutes ces personnalités avaient pris position.
Les tests ADN, bien qu'amendés, ont finalement été autorisés par le Conseil constitutionnel.
Loin des considérations politiciennes, qui certes existent mais ne nous intéressent pas ici, ce sont bien des "fronts républicains" ponctuels, mais fondés sur des préoccupations philosophico-politiques fortes, qui se cristallisent.
Le président de la République, au lieu d'envoyer ses avocats-sicaires le défendre sur les plateaux de télévision ou dans la presse, en accusant les signataires de cet "Appel pour une vigilance républicaine" de "fascisme", de "chasse au président", d'"instrumentalisation de l'Etat", ferait bien, mais cela paraît peu probable, de réfléchir aux motifs de telles initiatives, assez inédites depuis que la Constitution de la Ve République est unanimement reconnue. Ce d'autant plus, qu'elles rejoigenent certainement une inquiétude, notamment s'agissant de la laïcité, co-partagée par une bonne part du peuple français.
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Vous pouvez lire et signer en ligne:
-l'Appel "Pour une vigilance républicaine":
-Appel laïque: "Sauvegardons la laïcité de notre République":
http://www.appel-laique.org/index.php?option=com_joomlapetition&func=viewcategory&catid=1
-SOS racisme: "Contre la statistique ethnique"
http://www.fichepasmonpote.com/
-Sauvons la recherche: "Non au contrôle génétique de l'immigration"
http://petition.etuc.org/spip.php?article3
-Charlie-Hebdo et SOS racisme: "Touche pas à mon ADN"
http://www.touchepasamonadn.com/
NICOLAS SARKOZY A VIOLE LA VIE PUBLIQUE DES FRANCAIS AVANT QUE LA PRESSE N'AIT VIOLE SA VIE PRIVEE
Après avoir bâti sa stratégie de conquête du pouvoir sur la mise en scène publique de sa vie intime, on aurait pu penser que devenu président de la République, Nicolas Sarkozy renoncerait à ce mélange des genres. Or depuis son élection le 6 mai 2007, le "très-bling-bling-chrétien" président a continué à distiller aux médias des événements choisis de sa vie intime et à en cacher d'autres, pensant s'assurer ainsi une popularité constante. C'est là le sens de ce que l'on pourrait appeler le "pipolitisme". Les Français s'identifieraient, de façon fusionnelle, à "leur" président, "un homme comme un autre". Mais cette fusion a précisément consumé la fonction publique présidentielle, la magistrature suprême. Elle a privatisé, depuis le sommet de l'Etat, l'espace public et politique auxquel les Français appartiennent ou qui appartient l'espace public de tous les Français. Elle a aboli l'antique séparation entre vie privée et vie publique et politique, avec tous les risques que cela suppose. Devant le dégoût de l'opinion face aux excès de cet exhibitionnisme, Nicolas Sarkozy a donc décidé de changer de stratégie, en "protégeant sa vie sentimentale" et en s'attaquant brutalement à cette presse qu'il convoquait jusque là à commenter les aléas de sa vie privée, pour mieux parasiter le débat public...
HANNAH ARENDT
"D'après la conception antique, le statut de l'individu
dépend complètement de l'espace dans lequel il lui
arrive d'évoluer, au point que le même homme, qui,
en tant que fils adulte d'un père romain, "était
soumis à son père comme s'il était sa propriété,
pouvait se retrouver, en qualité de citoyen, dans la
situation de le commander"".
"Qu'est-ce que la politique?".
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VIOLATION DE LA VIE PRIVEE DU PRESIDENT OU VIOLATION DE L'ESPACE PUBLIC PAR LE CHEF DE L'ETAT: LE PARADOXE DE L'OEUF ET LA POULE?
Après la publication par le NouvelObs.com du contenu d'un mini-message téléphonique (SMS), attribué au président de la
République, Nicolas Sarkozy, et envoyé à son ex-épouse Cécilia, le président de la République a donc déposé le 7 février 2008 une plainte au pénal contre cet organe de presse, pour "faux, usage de faux et recel", passible de 3 ans d'emprisonnement. Sa nouvelle et troisième épouse, Carla Bruni-Sarkozy a, quant à elle, dans son premier entretien à la presse française en tant que première Dame de France, comparé le comportement des journalistes à celui des collaborateurs du régime de Vichy qui avaient dénoncé des juifs, arrêtés, déportés puis assassinés. Auparavant, la secrétaire d'Etat aux Affaires étrangères et aux droits de l'homme, Mme Rama Yade, avait traité les journalistes de "charognards" et comparé le président à une "proie", victime d'une "chasse à l'homme", humée et traquée par des chasseurs...
Jean Daniel, patron du Nouvel Observateur a reconnu, dans l'édition du 14 février, l'"erreur"
qu'était la publication de l'information sur le SMS présidentiel sur son site internet . Carla Bruni-Sarkozy s'est quant à elle "excusée" si elle avait pu choquer quelqu'un en comparant des journalistes à des "collabos" et à des dénonciateurs de juifs. Beaucoup de journalistes, dont Alain Duhamel, dans Libération, Philippe Val, pour Charlie-Hebdo, ont condamné la publication par leur confrère d'une information relevant de la stricte intimité du président de la République. Alain Duhamel, journaliste politique de référence et d'expérience, écrivait ainsi dans sa chronique politique du 13 février 2008 que, même si Nicolas Sarkozy avait joué l'exhibtionnisme et mélangé vie privée et vie publique, "le site du Nouvel Observateur a franchi une nouvelle étape dans l'intrusion dans la vie privée", commettant un "viol caractérisé de la vie privée". Les deux journalistes s'inquiètent en même temps de la procédure choisie par le président pour faire condamner l'organe de presse en question.
Tout cela, sans compter la bourde et la diffamation inqualifiables commises par la nouvelle première Dame de France,
Carla-Bruni-Sarkozy, pourrait prêter à sourire... Tout cela pourrait paraître, en ces temps de confusion et d'immoralité politiques -dans ce climat délétère comme on le disait autrefois- anecdotique... On pourrait, au vu de la réaction des journalistes qui condamnent l'"erreur" du Nouvel Observateur, se demander qui de l'oeuf ou de la poule était là en premier, qui de la presse politique ou du président de la République a entrebaîllé la boîte de Pandore de la publicisation de la vie privée et de la privatisation de la vie publique du détenteur provisoire de la "magistrature suprême", Nicolas Sarkozy. Approche confortable qui permet de ne pas trancher la question.
Journalistiquement, le débat restera sans fin. Certains monteront au créneau au nom de l'"éthique journalistique" qu'aurait violée le Nouvel Observateur, d'autres, moins nombreux, et condamnés d'avance comme "sarkophobes" -néologisme inquiétant s'agissant d'un président de la République", estimeront que Nicolas Sarkozy est seul fautif puisqu'il a sans cesse joué la carte politique de sa "pseudo" vie privée, au nom de la transparence.
Politiquement parlant, l'affaire devrait être envisagée autrement, ce qui n'est pas le cas et révèle une grande faille culturelle et républicaine du journalisme français.
NICOLAS SARKOZY, EN TANT QUE PRESIDENT, A SCIEMMENT VIOLE LA PUBLICITE DE L'ESPACE PUBLIC AVANT QUE DES JOURNALISTES N'AIENT VIOLE SA VIE PRIVEE
Car il est possible de trancher ce débat, dès lors que la France est encore une
République. A ce propos, un sondage réalisé par OpinionWay et publié sur le site internet du Figaro ce 14 février 2008, révèle que 82% des sondés condamnent le comportement privé du président de la République. Ce chiffre étonnant conflue avec la dénonciation, par la presse étrangère, par l'opposition de gauche et du centre, par le président du Conseil constitutionnel lui-même comme par des membres éminents de l'UMP -"son parti"-, de l'abaissement de la fonction présidentielle initié par Nicolas Sarkozy lui-même. Abaissement vivement ressenti, dixit les sondages derniers, par l'"opinion publique".
Pourquoi une telle cristallisation? Même si ce n'est qu'un sondage, on peut gager que les Français font encore la disctinction entre la vie privée et la chose publique, entre l'intimité d'un "Français comme les autres" et l'action publique du plus haut responsable de l'Etat, qui a en charge les affaires publiques et le destin politique, et même vital, du pays.
Le président de la République, même Nicolas Sarkozy, n'est pas un "homme comme un autre". Il est notamment, d'après la Constitution, le "chef des armées", tenant le destin vital du pays "entre ses mains".
Depuis l'invention de la cité et de la démocratie grecques, puis de la res publica romaine, une distinction mouvante, mais persistante, marque les communautés politiques. Celle qui fait le départ entre la vie privée d'une part: le foyer et la famille, la vie politique d'autre part: les affaires de la Cité.
Entre les deux, la société et les membres de la société civile, la presse, depuis qu'elle est libre notamment, choisissent de se pencher sur l'une ou l'autre des deux rives, dans les limites fixées par la loi et tranchées par la Justice en cas de litige.
Même en 2008, dans le cadre d'une "société de masse de consom-munication" la distinction
demeure d'actualité. Et ce malgré l'évolution déplorée par Hannah Arendt, dans La condition de l'homme moderne, au XXe siècle, qui fait que "même les présidents, les rois, les premiers ministres voient dans leurs fonctions des emplois nécessaires à la vie de la société" et que, "parmi les intellectuels, il ne reste que quelques solitaires pour considérer ce qu'ils font comme des oeuvres et non comme des moyens de gagner leur vie".
Toute la question est là. Si la société ne considère les hommes que comme des travailleurs travaillant pour "gagner leur vie", qu'en est-il des présidents, des rois et des premiers ministres, ayant in fine en charge la destinée de communautés politiques entières? Dans cette société, ces personnes sont-elles devenues des hommes et donc des travailleurs comme les autres?
Tout laisse penser que les Français, interrogés sur cette question du "comportement privé" de leur président, Nicolas
Sarkozy, répondraient que non. Parce qu'entre les "chefs d'Etat" et le peuple qui les mandate ou qu'ils représentent, il y a l'intérêt général, le destin national, l'espace commun du politique ou encore, en république, la "chose publique", qui les dépassent et les transcendent. Comme Hannah Arendt rappelait que dans la conception politique romaine, le statut du simple individu n'était pas le même selon qu'il évoluait dans son foyer ou dans le Forum ou au sein des institutions politiques, il conviendrait de rappeler au "président" que son statut n'est pas le même selon qu'il s'exprime en tant que personne privée ou en tant que président de la République, parlant au nom de la France.
Le portrait officiel de Nicolas Sarkozy en tant que président de la République, très vite caricaturé et raillé, ici par le site politique et satirique Sarkozynews, pour son inadéquation avec le comportement "pipolitique" du président lui-même...
C'est ce que semble mécomprendre radicalement Nicolas Sarkozy.
Le péché originel a donc été commis par le président de la République. Il ne s'agit non pas seulement de l'exposition aux sunlights de ses états d'âmes, mais de la violation à laquelle il a procédé ainsi de l'espace commun et public du peuple français. Le tout par l'intermédiaire, certes, de la société civile, de la presse et des nouveaux médias cybernétiques.
Il serait donc urgent que le journalisme politique français s'alarme, non pas tant de la violation -selon le mot de
Alain Duhamel- de la vie privée de Nicolas Sarkozy, que du viol perpétré par celui-ci de la sphère publique commune au peuple français. Celle-ci ne devrait-elle pas être protégée par la loi, comme l'est la sphère privée, des intrusions de la vie privée des responsables de l'Etat, mandatés par le peuple?
Le devoir de réserve, imposé à tous les fonctionnaires n'est pas respecté par le premier
d'entre eux, Nicolas Sarkozy, qui s'engage dans les campagnes électorales, municipales notamment, n'hésitant pas à se rendre au siège de l'UMP, dont il a pourtant quitté la présidence depuis son élection. L'article 5 de la Constitution, qui prévoit que le président de la République en est le "garant", a été bafoué par lui tant sa pratique antidémocratique du pouvoir, au mépris de l'article 20, que dans ses discours antinomiques de l'article Ier, qui définit la la France comme une République "laïque", tenus en territoire étranger, au Vatican puis en Arabie Saoudite.
Devrait-on en venir à une loi pour protéger l'espace public? La question est ouverte dès lors que l'espace public n'est plus protégé malgré tous les garde-fous prévus par le général de Gaulle dans l'élaboration de la Ve République. Parce qu'il ne l'est plus par l'usage, ce dont témoigne l'impasse que font sur ce sujet les représentants de la presse politique française.
Quoi qu'il en soit, le débat sur la responsabilité de la pipolisation en France est en vérité tranché. C'est le dernier président de la République française qui a ouvert la boîte de Pandore du parasitage de la vie politique et sociale française par l'orchestration de sa vie privée, au mépris du peuple français:
le 17 octobre 2007, lors de la Journée mondiale du refus de la misère, il évoquait devant le Conseil économique et social, en période de grève annoncée, une "solitude poisseuse" et toute personnelle, faisant écho à ses propres déboires conjugaux et à son divorce annoncé
le 18 décembre, il autorisait, en tant que président de la République, les photographes de certains journaux bien choisis, à le photographier avec sa nouvelle compagne, Carla Bruni, au parc de loisirs de Eurodisney, accusant hypocritement par la suite, les médias de vouloir "médiatiser sa vie privée"
plus grave encore, le 8 janvier 2008, pendant les voeux présidentiels à la presse, depuis le palais de l'Elysée, il n'hésitait pas à annoncer l'imminence de son remariage avec Carla Bruni, par cette phrase fatale, "Avec Carla, c'est du sérieux". La solennité de l'exercice de la conférence de presse présidentielle, dont de Gaulle avait été le maître incontesté, se trouvait complètement parasité par cette annonce d'ordre privé.
On notera que la brève hospitalisation du président de la République au Val-de-Grâce, le 21 octobre 2007, fut étrangement tenue secrète, ce qui montre bien que Nicolas Sarkozy et son entourage ont tout à fait les moyens de protéger la vie privée du locataire de l'Elysée quand ils le veulent vraiment.
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Si M. Sarkozy est la "victime" de la presse, le peuple français a été jusque là la victime de l'exhibitionnisme présidentiel. A chacun de mesurer ce qui est le plus grave.
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Il serait donc temps de remettre les pendules à l'heure. L'affaire grossière du SMS, qui pourrait conduire un journaliste en prison, ne révèle pas tant les "transgressions" de la vie privée du président par une presse immorale que l'effondrement, minutieusement commandé par Nicolas Sarkozy lui-même, du mur séparant sphère privée et sphère publique.
Si des rappels à l'ordre à l'encontre du Nouvel Observateur ont eu lieu, on n'a pas entendu de voix morale forte, issue des rangs de la presse politique, rappeler à l'ordre le président de la République lui-même, au nom de la sacralité de la "chose publique", commune à tous les citoyens français, bafoués dès les débuts de sa mandature.
Il est peu probable que Nicolas Sarkozy, qui ne voit que des "racines chrétiennes" à la France, comprenne un jour ces distinctions et ces concepts issus des véritables "sources" de notre civilisation républicaine et démocratique, à savoir la Grèce et la Rome antique, la Renaissance, les Lumières et la Révolution française. Peut-être l'arrivée à l'Elysée de nouveaux conseillers pourrait l'y aider, il faut l'espérer pour la France en tous cas.
Car l'ouverture de tels débats, qui devraient paraître ineptes si l'éthique politique n'avait pas été détruite par le sarkozysme, détourne les intelligences critiques et les oreilles du public des véritables mesures politiques impulsées par la présidence actuelle, concoctées par les conseillers-ministres et, éventuellement, le gouvernement:
rétention de sûreté (possibilité de prolonger à vie, sans jugement, la peine de certains condamnés)
arrestations continues de sans-papiers dans des conditions particulièrement inhumaines
modification en vue de la Constitution pour en dénaturer le contenu et battre en brèche la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789 en y introduisant le concept de "race" -même si sous d'autres mots-
réduction drastique, et panique conséquente, de la fonction publique
remise en cause de la laïcité
remise en cause de la Sécurité sociale
adoption du traité de Lisbonne par voie parlementaire
inefficacité criante de la politique économique
réorientation de la politique étrangère de la France et envoi de toupes aux Emirats arabes unis, à Abu Dhabi, face à l'Iran etc.
Voilà les sujets sur lesquels Nicolas Sarkozy, mandaté par le peuple souverain, est sommé de s'exprimer, en tant que président de la République. Parce qu'il en va de la république, de la "chose publique" à laquelle il est soumis, comme tout un chacun.
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Vous pouvez signer en ligne:
-la Pétition populaire pour l'égalité audiovisuelle:
http://www.egalite-audiovisuelle.fr/
18 octobre 2007
DECREPITUDE DES SERVICES PUBLICS, DE L'ETAT ET CRISE DE LA REPUBLIQUE: LE PROGRAMME SARKOZY
Le premier ministre nommé par M. Sarkozy, M. Fillon, a enfin décliné clairement les conséquences de la politique fiscale menée en faveur des classes les plus aisées et creusant comme jamais les déficits publics, alliées aux convictions ultra-libérales périmées partagées par le gouvernement. Il s'agira donc de réduire l'Etat, d'affaiblir les services publics et de les désengager des territoires de la République. M. Fillon, démasquant les mensonges de l'ancien maire de Neuilly-sur-Seine et actuel président, nous prévient déjà des dégâts sociaux et humains qui nous attendent...
"Les processus de désintégration qui sont
apparus avec une telle évidence au cours
des dernières années: la décrépitude des
services publics -l'école, la police,
la distribution du courrier, le service d'ébouage,
les transports en commun, etc. [...] s'accompagnent du
déclin [...] d'un système de gouvernement représentatif.
[...]
Si personne n'est en mesure d'indiquer où et
à quel moment le point de rupture a été
atteint, il est possible d'observer, et presque
de mesurer, le degré d'affaiblissement de nos
institutions, qui laissent échapper,
goutte à goutte, leur vitalité".
"Sur la violence
in Du mensonge à la violence"
(La crise de la République)
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François Fillon, premier ministre de l'ancien avocat d'affaires, maire de Neuilly-sur-Seine et actuel président de la République, Nicolas Sarkozy, sous couvert de "réformer l'Etat" et de "moderniser l'économie" comme ailleurs en Europe, a donc enfin décliné, le 10 octobre 2007, devant des sympathisants de l'UMP, la nature de la politique sarkozienne en matière de services publics:
"La réforme de l'Etat , ça supposera que [...] chacun d'entre nous accepte
qu'il y ait moins de services, moins de personnel, moins d'Etat sur son territoire".
[...]
"Parce que la réforme de l'Etat qui satisfait tout le monde mais qui ne se traduit
par aucune suppression d'aucun établissement sur le territoire, ça n'existe pas".
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Durant la campagne pour l'élection présidentielle, M. Sarkozy s'était engagé à réduire
drastiquement les effectifs de la fonction publique, en ne renouvelant pas un agent public sur deux partant à la retraite.
Clivage central entre la gauche républicaine et la gauche dans son ensemble, lesquelles demeuraient attachées à une fonction publique dédiée au service de l'Etat, de la république et du peuple d'une part, et la nouvelle droite d'autre part.
L'existence d'une telle classe, désintéressée, pourvue d'un statut d'exception garantissant son impartialité et sa neutralité, sa pérennité au-delà des changements électoraux, étant historiquement liée à la possibilité même de l'édification d'une civilisation républicaine et ce depuis la Rome antique même.
Sujet d'affrontement ô combien délicat dans un pays comme la France, attachée à la notion de service public. C'est pourquoi lors du débat présidentiel l'opposant à la candidate de la gauche, le 2 mai 2007, M. Sarkozy était obligé, ou de noyer la réalité sociale et humaine du sujet dans une logique comptable, en insinuant que Mme Royal allait augmenter le nombre des fonctionnaires au risque de creuser les déficits, ou d'exciper d'artifices sophistiques fondés sur l'existence en France de trois fonctions publiques distinctes.
M. Sarkozy, appliquant le stratagème dialectique 23, mentionné par le philosophe Schopenhauer dans "L'art d'avoir toujours raison", à la question des fonctionnaires. "Nous pouvons pousser l'adversaire à tirer une affirmation, éventuellement exacte dans les limites requises, au-delà de la vérité; et une fois que nous avons réfuté cette exagération, il semble également que nous ayons réfuté la thèse originelle", nous dit le philosophe, dans un ouvrage qui voit dans la dialectique un moyen de remplacer la vérité, quitte à mentir...
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Il n'en reste pas moins que, sans s'apesantir sur cet enjeu clef de la survie de la "chose publique" en France, évoquée auparavant, il convient de s'attacher aux conséquences qu'impliqueront, en plus de la destruction dans ses fondements statutaires et juridiques mêmes, de la fonction publique, sa drastique réduction. Même revue à la baisse depuis l'élection, cette saignée impliquera la diminution des services rendus aux Français et aux résidents en France, tout comme au recul de l'Etat sur ses propres terres.
L'aveu de M. Fillon signifie que des domaines aussi variés que la Justice, l'école, la police, la voirie, l'aménagement du territoire, les solidarités sociales et générationnelles, la Santé notamment, seront frappés de plein fouet.
Visages multiples du recul de l'Etat, amoncellement de déchets, détérioration de la voirie, voitures calcinées en banlieue, un extrême pauvre privé de logement, de famille, d'un système d'aide étatique apte à le socialiser...
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C'est là que nous pouvons nous pencher sur ce recueil d'articles de Hannah Arendt, dont le
titre originel était La crise de la République. Cette dernière tentait de comprendre des réalités politiques apparemment disjointes: les mensonges d'Etat sur la guerre du Viêt-nam, la corruption et les menteries des politiciens, l'irresponsabilité de leurs conseillers en "relations publiques", la montée en puissance des professionnels de la communication et des "spécialistes de la solution des problèmes", réduisant la politique à une équation mathématique, la désobéissance civile face à un pouvoir autiste, les révoltes étudiantes et la question noire, basculant soudainement dans la violence voire le racisme, la croissance endémique de la violence aux Etats-Unis d'Amérique, l'engouement utopique de la jeunesse étudiante européenne pour la révolution et les prodromes de l'anti-colonialisme, l'apparition des régionalismes et l'affaiblissement des vieux Etats-nations.
En réalité, le point commun à tous ces phénomènes, marquant le passage aux années 70, réside dans ce que tous témoignaient selon Arendt d'une crise de civilisation affectant la république, aux Etats-Unis, dont elle était une citoyenne attentive d'une part, et en Europe, où elle avait étudié et découvert la question du politique, d'autre part.
Concrètement, et non pas théoriquement, l'affablissement de l'Etat-nation, et de l'Etat tout court, en était le symptôme le plus immédiat, dans tous les domaines évoqués plus haut et affectant la vie quotidienne des citoyens ou des ressortissants états-uniens, mais aussi britanniques, allemands ou français.
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A son amie Mary McCarthy, s'exprimant en tant que citoyenne vigilante et non pas en professeur, elle décrivait, prophétiquement, depuis New York, dès le 21 décembre 1968, la situation catastrophique dans laquelle pourrait nous plonger la politique anti-étatique entamée sous la présidence Sarkozy en France.
Approfondissement, aggravation et généralisation dans tous les domaines -Justice et Santé notamment-
des dégâts déjà provoqués par la politique catastrophique menée par le président lorsqu'il était lui-même ministre de l'Intérieur -il avait notamment supprimé la police de proximité-, dans l'indifférence d'une partie des élites et des plus favorisés. Relisons donc la citoyenne Arendt:
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"Ici en tous cas, le crime règne dans les rues. Ce qui n'a rien de surprenant si on se souvient que les braqueurs de banque comme les voleurs à la tire ont à peu près dix chances contre une de ne jamais se faire prendre. [...] On estime que 50% des délits de coups et blessures, etc., ne sont jamais pris en compte".
"J'observe le déclin graduel de l'efficacité dans tous les secteurs du système -école, polices, transports, monnaie, voirie, etc.".
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On mesure donc l'inquiétude du penseur Arendt, dans son ouvrage Du mensonge à la violence, dont il serait peut-être urgent de restituer le titre originel, La crise de la République. Mais aussi le souci de la simple citoyenne Arendt, constatant au quotidien les conséquences très concrètes de l'affaiblissement concomitant des services publics, de l'Etat à tous ses échelons et, in fine, de la république.
Car contrairement à la vision comptable, économiste ou pseudo-idéologique, vulgarisée et
banalisée, qu'essaye d'en donner l'ancien maire de Neuilly-sur-Seine et actuel président, cette question qui se pose à la France aujourd'hui a bien une dimension humaine, phénoménale: elle touchera la vie des habitants de ce pays au coeur. Une fois les principes détruits, c'est la réalité que ceux-ci sous-tendaient qui chavire...
Et l'on a beau chercher du côté des "penseurs", cette dangereuse involution n'est guère abordée, si ce n'est que de façon parcellaire -les uns s'intéressant à l'exclusion sociale et à l'économie, les autres à l'Etat et les derniers à une souvent trop abstraite république... L'urgence est pourtant bien de relier au moins ces trois questions, et de là, de se pencher sur les autres, l'Europe et la mondialisation en premier lieu!
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L'on dit couramment que lorsque les Etats-Unis toussent, l'Europe éternue dix ou vingt ans plus tard...
Les écrits et les témoignages de Hannah Arendt devraient alerter le nouveau pouvoir sarkozyste, et tous les citoyens, sur les dégâts sociaux, humains, voire psychologiques, sur l'"anomie" résultant d'une politique résolument anti-étatique. A l'heure où les travaillistes britanniques réinvestissent massivement dans les services publics, où les démocrates états-uniens réfléchissent à l'édification d'un système de Santé solidaire, alors que des institutions mondiales comme le FMI admettent que leurs politiques de réduction des budgets publics dans les pays pauvres ont échoué, il serait temps de reconnaître l'importance, dans un cadre européen et mondialisé, des services publics et de l'Etat.
Si les Français sont attachés à une République porteuse de sens, à la devise qui est la sienne et la leur, il est temps de constater, comme Hannah Arendt en son temps, que "décrépitude" des services publics et de l'Etat signifient destruction de la "chose publique", de la res publica, au final de toute culture républicaine et humaniste.
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Vous pouvez signer la pétition en ligne de:
-la Confédération européenne des syndicats: "Pour des services publics de qualité, accessibles à tous"
http://petition.etuc.org/spip.php?article3
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Cliquez ici pour lire également:
LA MORT DE LA FONCTION PUBLIQUE OU LA GRANDE "INVOLUTION CULTURELLE" DE M. SARKOZY
LA DISPARITION DE LA REPUBLIQUE FRANCAISE, UN ENJEU DE CIVILISATION
15 octobre 2007
QUAND LE GOUVERNEMENT NOMME PAR M. SARKOZY DECLARE LA GUERRE AU FRANCAIS
L'Assemblée nationale a adopté, le 26 septembre 2007, le Projet de loi sur la traduction des brevets européens autorisant la ratification du Protocole de Londres, supprimant l'obligation de traduire les brevets d'invention européens en français. Enterrement de la langue de la République, dans le domaine clef de la science, défendu par Jean-Marie Bockel, secrétaire d'Etat à la coopération et à la francophonie (sic)... Une décision historique dont il faudra se rappeler lorsque l'on évoquera la présidence Sarkozy.
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HELENE MERLIN-KAJMAN
"La promotion [du français] au rang
de langue publique accompagne la progression,
au XVIe siècle, de l'idée de "public" [...].
Ecrire en français plutôt qu'en latin
représente aux yeux des lettrés une action
doublement menée en faveur du peuple; [...]
l'entité juridico-politique comprenant tous
les membres des trois ordres du royaume".
"La langue est-elle fasciste?,
Langue, pouvoir et enseignement".
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La langue parlée mais aussi écrite, depuis que les Grecs anciens ont décidé d'écrire comme l'on parle
en introduisant les voyelles dans leur alphabet, revêt une dimension collective, commune et publique qui, depuis lors, lie le logos à la démocratie et à la "chose publique".
Que la langue écrite soit à la portée de tous, et non plus confisquée par une classe fermée de scribes ou de savants, telle est la révolution qui ouvrit la possibilité du politique, encadré par des textes fixés, telles les Constitutions puis tissé par le débat d'opinions, la conflictualité policée par le logos, la confrontation de visions plurielles dans la Cité, de "projets", disons-nous de nos jours.
"Démosthène s'exercçant à la praole", symbole de la liberté politique dans la Grèce antique. L'affrontement par les mots lors du débat télévisé opposant Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy clôturant la campagne présidentielle française de 2007
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Comme le rappelle Hélène Merlin-Kajman dans un ouvrage brillant, "La langue est-elle fasciste? Langue, pouvoir et
enseignement", la langue a une dimension collective, publique, et in fine civique indispensable à la constitution d'une communauté politique, d'une république et de surcroît d'une démocratie! C'est tout le sens, selon, elle de l'ordonnance de Villers-Cotterêts, qui "s'inscrit dans ce mouvement qui tend à faire du royaume une chose publique, et non plus seulement un domaine sous domination mi-féodale, mi religieuse". Signée entre le 10 et le 16 août 1539 par le roi François Ier, elle imposait le français comme langue exclusive pour les documents relatifs à la vie publique -et non comme langue unique sur le territoire national, comme le veut la légende noire antijacobine colportée par les chauvinistes bretons, occitans, basques ou corses.
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La montée de l'illettrisme chez les jeunes français, l'invasion des fautes d'orthographe -notamment dans le langage des mini-messages téléphoniques-, la multiplication des
barbarismes et des bévues grammaticales dans une publicité cacographique omniprésente mais aussi l'intrusion de l'anglais dans les vocabulaires technologiques, économiques et même culturels posent donc des questions qui touchent aux fondements mêmes du "vivre-ensemble", au sein d'une même République dont la Constitution pose en son second article, consacré à la souveraineté, que sa langue est le français.
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La langue, symbole et support tout à la fois de revendications politiques, ici le chauvinisme flamand en Belgique
Le rôle politique joué par les revendications linguistiques de tous les mouvements séparationnistes, corses, bretons en France, catalans, basques en Espagne et, actuellement flamands pour ce qui est de l'Etat belge corroborent cette analyse. Kajman de s'interroger: "Qu'arrive-t-il au langage, à la vie civile, à la politique, lorsque la langue dite classique se trouve désavouée par [...] la majeure partie des instances sociales?". C'est la question qu'il faudrait poser aujourd'hui au gouvernement et même à l'ancien maire de Neuilly-sur-Seine et actuel président de la République.
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La science, vu le degré de complexité qu'elle a atteint au cours des siècles, est déjà hors d'atteinte du lecteur lambda...
Faut-il pour autant que les brevets d'invention d'origine française puissent désormais ne plus être déposés en français, comme le préconise le protocole de Londres?
Le rayonnement scientifique et le génie inventeur de la France n'intéressent-t-il plus nos dirigeants?
Le risque d'un décrochage du français des avancées de la science, dans un monde où l'anglais est largement prédominant n'est-elle qu'un détail? Qu'en est-il de la pluralité des langues et de tout ce que chacune peut apporter à la grande entreprise de la science?
Pourquoi saborder nous-mêmes la possibilité de promouvoir un français déjà affaibli à chaque fois que possible?
L'actuel gouvernement pense-t-il que la langue doive perdre ce caractère civique indispensable pour une République démocratique?
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Si cet abandon du français a été prôné et voulu par le secrétaire d'Etat à la francophonie
(sic), Jean-Marie Bockel, socialiste fasciné par le libéralisme anglo-saxon et débauché par M. Sarkozy, il est piquant de noter que ce secrétariat d'Etat est placé sous la tutelle du ministère des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, lui-même ministre la pseudo-ouverture sarkozienne. En effet, M. Kouchner avait commis un ouvrage intitulé "Deux ou trois choses que je sais de nous", dont un chapitre était lui-même titré: "L'anglais, avenir de la francophonie"...
Outre ce titre qui laisse pantois et dont "l'effet provocation" probablement voulu est vain, des passages de ce livre éclairent mieux l'empressement de M. Bockel à enterrer la langue de Molière vu le mépris affiché par son ministre de tutalle pour celle-ci:
."Nouveau venu dans le gouvernement de la République, j'avais été étonné, en 1988, que l'on insistât sur l'usage obligatoire du français pour les ministres".
."Après tout, même riches d'incomparables potentiels, la langue française n'est pas indispensable: le monde a bien vécu avant elle. Si elle devait céder la place, ce serait précisément à des langues mieux adaptées aux besoins réels et immédiats de ceux qui la délais































