Depuis 2008, les peuples du Sud de l'Europe se soulèvent contre la crise et l'austérité commandée contre eux par le FMI et la Commission européenne. Ce Fonds monétaire international aujourd'hui dirigé par Christine Lagarde, dont la nomination avait été soutenue par Martine Aubry et François Hollande, contre l'avis de Ségolène Royal qui soutenait une candidature altermondialiste. On se félicitait jusqu'ici, au pays de Robespierre, de la quiétude du peuple de France.

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Les structures survivantes de l'Etat-Providence, l'action des collectivités locales, les restes du Conseil National de la Résistance, les solidarités invisibles - ces dons et contre-dons intra-familiaux qu'a longuement analysés Ségolène Royal dans Le Printemps des grands-parents, les aides communautaires ou amicales, le travail des associations caritatives, les maigres acquis du droit du travail : tout cela semblait comme pallier l'avancée d'une crise globale de la France. 

En 2012 arrivait la gauche au pouvoir, après une élection serrée qui avait vu le Front national de Marine Le Pen encore progresser. Les archontes et jeunes pousses de profession sociaux-démocrates de se féliciter de l'alternance, de l'apaisement des moeurs politiques, après 5 ans de violence sarkozyste. De se satisfaire légitimement des promesses du nouveau Président élu : François Hollande.

L'une d'elles cependant devait vite tomber dans le ruisseau. Cruciale. La renégociation du Traité européen Merkel-Sarkozy, imposant une politique d'austérité, de réduction des dépenses publiques, paralysant toute velléité politique de relance économique - l'ajout du Pacte de croissance paraît à beaucoup anodin. Les avertissements de certains élus de gauche, socialistes minoritaires, des communistes ou du Parti de Gauche étaient raillés et ce renoncement aux conséquences sociales dramatiques n'intéressait pas le "monde médiatique".

Depuis 1 an, les "bâtons flottants de l'actualité" - du mariage pour tous à l'affaire dite Leonarda, en passant par le scandale Cahuzac, la guéguerre Valls-Taubira ou encore les débats sur le racisme ou non de la famille Le Pen -, dissimulent une situation sociale explosive.

C'est en cela que la fronde bretonne contre une nouvelle taxe dite écologique - avatar de la sarkozienne taxe carbone - doit être bien comprise, comme l'a fait Ségolène Royal le 10 novembre dans Le Supplénent de Canal +. Elle n'est qu'une flammèche de la fureur populaire généralisée contre une hausse des impôts concomitante d'un effondrement de nos systèmes publics nationaux, qu'ils sont censés abonder. Inflation fiscale concomitante d'une paralysie de notre économie, d'une cacophonie inouïe jusqu'au sein même du bureau de la Présidence de la République, d'un aveuglement journalistique insupportable.

Où sont les réformes structurelles qui pourraient donner du sens à l'action publique, à la levée des impôts, à l'acquiescement des Français aux efforts dits nécessaires?

Ségolène Royal regrettait que les décisions relatives au mariage pour tous, à la fiscalité, à l'encadrement des salaires des grands patrons, etc. n'aient pas été prises, même par décrets, dès l'arrivée de la gauche au pouvoir. Elle énumère sans relâche ces mesures urgentes à prendre tant la France s'enfonce dans le déclin :

  • accompagnement de la mutation écologique, "collaborative", solidaire et cybernétique de notre économie

  • renouvellement de la classe politique et participation citoyenne - le non-cumul des mandats, ça doit être maintenant

  • création d'un autre modèle social européen avec pour horizon des Etats-Unis d'Europe.

S'agissant de la révolte des "Bonnets rouges", il faut - après avoir condamné les débordements - relire Hannah Arendt et son Essai sur la violence, plutôt que de prendre panique. Car "c'est seulement au cas où l'on a de bonnes raisons de croire que [les conditions sociales inacceptables] peuvent être changées, et qu'elles ne le sont pas, que la fureur éclate". Au gouvernement et au Président, à tous nos élus et aussi à l'opposition de comprendre la fureur qui s'exprime.

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La France présente un taux de prélèvement obligatoire des plus élevés lorsque ses services publics nationaux primordiaux, l'Ecole et la Santé, n'ont plus les moyens de répondre aux besoins des contributeurs - la situation des Urgences, des hôpitaux publics, de l'école est préoccupante comme nulle part ailleurs en Europe. Les PME, gages d'emplois non délocalisables et d'innovation, 3 fois moins nombreuses qu'en Italie, 5 fois moins qu'en Allemagne, à l'image d'Heuliez, que Ségolène Royal accompagne depuis tant d'années, ne sont pas encouragées par le pouvoir.

La situation est grave et si la révolte ne signifie pas la fin de tout espoir, elle demande du courage, de l'audace et des réponses énergiques de la part des responsables politiques et économiques. De tout l'échiquier politique républicain comme de toute la société civile.

Dans son dernier ouvrage, Cette belle idée du courage, Ségolène Royal évoque longuement le Président Roosevelt et son courage à faire face à la Grande Dépression des années 1930 aux Etats-Unis d'Amérique. Et d'y puiser du sens pour maintenant :

"Le courage de Roosevelt fut de comprendre que les grands dangers exigent de grands moyens.

L'actualité de Roosevelt tient, pour moi, tout entière, dans ce parti pris [de la relance].

Je crois à la nécessité d'un New Deal à la hauteur de la crise globale dans laquelle les pays d'Europe s'enlisent [...]. N'en déplaisent aux "austériens"."

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L'alternance, c'est fait.

Le courage, c'est pour quand?