12 avril 2013. Surréaliste in vivo. Vous labeurez à votre poste, absolument aliéné du dehors. Vous subodorez, comme l'approche d'un orage, un halo de rage ambiante par-delà les murs, les barrages de sécurité, la garde républicaine, les grilles séculaires qui vous ceignent. Il pleut mais il y a bien autre chose. Libéré, vous vous engagez dans la rue étrangement piétonne un vendredi soir. Les CRS ont en fait bouclé le quartier, qu'ils ne connaissent pas parce qu'"ils ne sont pas d'ici". Un mégaphone bourdonne, tout proche. Quoi donc? Des prières catholiques... Au loin, le drapeau des Chouans, "Sacré-Coeur-de-Jésus" se déploie et fait face au Sénat de la République française. Des silouhettes agenouillées. Le temps de gagner un café et résonnent, assortis d'une Marseillaise tonitruante, les cris d'une foule échaudée.

En fait en plein Paris, ce soir, s'allient le chant révolutionnaire, jadis attribué aux assassins de Louis XVI ou aux "bouffeurs de curé" et les "Notre-Père", les chants monarchistes. Galimatias postmoderne ou clin d'oeil néo-victorien de feue Margaret Thatcher, qui déclairait en 1989, en cette même ville, que :

"les droits de l'homme n'ont pas commencé avec la Révolution française [mais] dans le judaïsme et le christianisme".

 

Curieux alliage des contraires, que justifie une impérieuse urgence. "Le sang doit couler" sur le pavé parce que les élus du peuple ont légalisé un mariage, civil et républicain, pour deux personnes homosexuelles. Deux heures plus tard, les forces de l'ordre, attifées comme dans un film de science-fiction - sauf que leurs balles sont bien réelles -, vous somment de rebrousser chemin. Plus personne, dans ce climat de haine, ne plaisante. Exécution.

Vous rentriez du boulot, ce 13 avril 2013 mais il faudra emprunter une autre station de métro.

"Allo quoi?".

Drapeau Sacré-Coeur-de-Jésus des Chouans