La dégradation et la déqualification du marché du travail français ont déjà, et auront, des conséquences gravissimes sur la santé économique de la France et son déclassement sur la scène internationale. Les résultats néfastes de l'encouragement aux heures supplémentaires, en lieu et place, d'un soutien sans failles à la formation professionnelle comme aux requalifications stratégiques nécessaires, en période de mutation éco-industrielle, se feront sentir pendant des années.

Pas de politique éco-industrielle, pas de stratégie d'accompagnement des mutations structurelles dans une économie mondialisée, abandon de dizaines de bassins d'emploi : rarement politique économique aura été aussi inepte, toujours en faveur d'une rente improductive... La France, dont Ségolène Royal aurait pu faire une puissance écologique de tout premier ordre, est donc déjà en déclin.

En amont de cet abandon du monde du travail, c'est l'école elle-même que Nicolas Sarkozy détruit consciencieusement... Hypothéquant le futur, non seulement des enfants de France, mais du pays lui-même...

Avec tout cela, une berlusconisation de la télévision et des médias de masse, propice, ont relevé de nombreux observateurs de nos sociétés, à l'endormissement, à la dépolitisation des masses, quand ce n'est pas à la culture de violence inoculée dès la plus tendre enfance, comme le relevait Ségolène Royal dès 1989.

Le tout au profit de patrons de télévision évidemment partie liée aux dirigeants néo-libéraux, oligarchiques en Europe et ailleurs... La télécratie a maille à partir avec l'oligarchie et l'abaissement du peuple.

La réhabilitation de l'école, la "réhonorification" dans la hiérarchie républicaine du métier d'enseignant, la prise en compte des nouveaux paramètres parascoalires qui nous conditionnent - Internet, les nouveaux moyens d'information et de communication -, la mondialisation, l'état présent des familles, les nouveaux modes de vie, la situation économique et territoriale du pays, le nouveau monde du travail : tout cela sera le grand chantier de Ségolène Royal en 2012, tournant définitivement la page du sarkozysme.

Mais la résistance doit se poursuivre jour après jour. L'ex-candidate de la gauche à la Présidentielle soutient les légitimes occupations d'écoles dans tout le pays.


Ecole : manifestation pour ne fermer des classes par BFMTV

RAFFAELE SIMONE

"[...]L'augmentation stable du niveau moyen d'instruction et de culture, le plein développement de la science et de la recherche, la valorisation des énergies créatives des intellectuels et des artistes, la diffusion généralisée d'une mentalité un tant soit peu rationnelle et laïque, la création d'une conscience civique solidaire et d'un esprit collectif de pais : rien de tout cela n'a été réalisé."

Le_Monstre_doux__L_Occident_vire_t_il___droite_de_Raffaele_SimoneRaffaele Simone

Le Monstre doux,

L'Occident vire-t-il à droite?

 

 

SEGOLENE ROYAL

"Dans notre pays, on rend traditionnellement l'école responsable de tout. Ou les parents. Or, quand un enfant âgé de quatre à sept ans passe 820 heures par an à l'école, il en passe 1000 devant la télévision. Quand un préadolescent de huit à quatorze ans consacre 900 heures à l'école, il en vit 1400 devant la télévision. Et, devant elle, il apprend par imprégnation, à la fois par l'image et par le son.

[...]

Et il faudrait se soumettre à l'idée que que la télévision n'a aucune influence? Et il faudrait accepter qu'elle soit privatisée sans contraintes et sans règles, c'est-à-dire que certains s'enrichissent, sans exiger de contrepartie pour ceux qui la regardent?

[...]

En fait, la télévision est largement responsable de l'illettrisme et de la dyslexie. Il pourrait en être autrement si le contenu des programmes était bon. Mais resterait, même dans cette hypothèse... d'école, toujours présent le problème de la surconsommation, qui altère les capacités de réaction et empêche les raisonnements.

[...]

Alors, vous, les marchands d'images [...] réalisez une bonne fois pour toutes que les bébés zappeurs d'aujourd'hui qui consomment, les yeux dans le vague, vos images bradées seront demain des citoyens et qu'ils vous demanderont des comptes !"

Le_ras_le_bol_des_b_b_s_zappeurs_de_S_gol_ne_RoyalSégolène Royal

Le ras-le-bol des bébés zappeurs,

Télé-massacre : l'overdose? 

 

 

ALAIN COTTA

"Le progrès technique dans les communications, ajouté aux transferts sociaux devenus, possibles, produits des masses stagnantes, de même nature que l'assistance des théâtres grecs ou des jeux de l'Olympie. Des milliards de spectateurs sont désormais assis au même instant à regarder des spectacles sportifs ou des syncopées.

[...]

Les oligarques sont désormais à peu près certains de gouverner ces masses stagnantes dont ils essaieront de pallier une passivité qui pourrait nuire à leur volonté d'accumulation en les exhortant à travailler plus pour obtenir des avantages liés à des privilèges indéterminés."

Le_r_gne_des_oligarchies_de_Alain_CottaAlain Cotta,

Le règne des oligarchies

 

 

 

SEGOLENE ROYAL

"A la source tout engagement socialiste, il y a ce désir ardent de réformer la société, de la rendre plus juste, d'y rendre lees hommes toujours plus égaux, dans l'exercice de leur liberté. Or, qu'est-ce que l'école si ce n'est la porte d'entrée dans la société?

[...]

Nous sommes entrés dans la société de la connaissance, où l'on imagine facilement que l'école doit jouer un rôle prépondérant. [...] Il faut donc repenser le sens de l'institution scolaire et la mission des enseignants dans ce nouveau contexte : comment transmettre des savoirs dans une société de la connaissance?

[...]

L'augmentation des moyens devient une fin en soi lorsque le découragement gagne, car chacun sent bien, élèves, famillees, enseeignants, que l'Education doit répondre aussi aux mutations qui nous reemettent en cause à toute allure."

Si_la_gauche_veut_des_id_es_de_S_gol_ne_Royal_et_Alain_TouraineSégolène Royal,

in Ségolène Royal et Alain Touraine,

Si la gauche veut des idées

 

  

LA DESTRUCTION DE L'ECOLE POUR TOUS ET L'ABANDON DE LA JEUNESSE DE FRANCE

Si la République française était, avant Nicolas Sarkozy comme avant les années Jospin, l'héritière autoproclamée de la Révolution de 1789, c'était parce qu'elle promeuvait les idéaux des Lumières.

Parmi ceux-ci, l'Instruction, l'élévation collective des esprits, la formation à la citoyenneté, certes toujours inégalement répartie, toujours en butte aux inerties d'une ancienne société de privilégiés, organisée par trop dans l'idée qu'une avant-garde éclairée devrait guider le peuple. La méritocratie a pourtant ses bienfaits, si ses conséquances sociales n'étaient pas si considérables. La création, en 1802, par Bonaparte des lycées sera marquée par la pérennisation d'un système à 2 vitesses, les classes préparatoires aux grandes écoles se maintiendront en effet bien après la démocratisation de l'Université.

Mais si l'on s'attache au niveau culturel moyen d'un pays ou d'un peuple, l'adage républicain selon lequel :

"Le peuple qui a les meilleures écoles est le premier peuple, s'il ne l'est pas aujourd'hui, il le sera demain",

Le peuple qui a les meilleures écoles est le premier peuple

est d'une brûlante actualité.


Ségolène Royal: La République c'est l'égalité... par eric3362

  • et même géopolitique : la concurrence entre les nations se joue en effet plus que jamais aujourd'hui sur ce l'on appelle inélégamment "la matière grise", le plus ou moins haut degré de formation, sur la qualité du capital éducationnel de chaque nation.


Ecole : manifestation pour ne fermer des classes par BFMTV

La destruction par le pouvoir sarkozyste de ce pilier que constitue l'école de la République, d'abord les 9000 postes qui seront supprimés à la rentrée prochaine, mais aussi le détournement des impôts en faveur de l'école privée, confesionnelle bien souvent, tous ces actes politiques obèreront l'avenir de la puissance France par leurs conséquances :

  • humaines : progression de l'illettrisme, difficultés à se mouvoir dans l'espace - rayon de mobilité extrêmement réduit -, et dans le temps - difficulté d'appréhension de la notion d'histoire comme de celle de mémoire -, difficulté à accepter la différence culturelle, risque de reproduction intra-familiale de ces handicaps ;
  • politiques : désaffiliation républicaine de fractions entières du peuple, non-accès de milliers de citoyens aux fondamentaux de notre culture politique et au développement de l'esprit critique comme du libre-arbitre, défiance voire étrangeté à la chose publique, sous-citoyennetés se déclinant dans l'abstention ou dans le vote uniquement dit "protestataire", peur de l'autre, renforcement du caractère oligarchique de la société française se traduisant par une béance approfondie entre les "sachants" et les "ignorants" ;
  • sociales : désocialisation de pans entiers de la population, création d'une sous-classe ne maîtrisant pas le minimum de codes linguistico-mathématico-sociaux pour sortir d'une misère sociale aliénante, privation d'accès à la culture commune de milliers de concitoyens, sentiment d'exclusion démultiplié, constitution de ghettos socio-culturels, renforcement d'un déterminisme social empêchant toute évolution dans la société, privation de liberté, méconnaissance des services publics, inégalité devant la santé, avenir socio-preofessionnel obéré, etc. ;
  • géopolitiques : abaissement du niveau moyen d'instruction du pays, déqualification et désorganisation accrue du marché du travail, émigration des dits "cerveaux" ne trouvant de débouchés professionnels idoines dans un pays déclassé, brouillage de l'image du pays, fin de l'attractivité scolaire et universitaire française, amoindrissement des échanges culturels internationaux, etc.

 mon_quartier

Dans Le Monde du 1er décembre 2009, François Dubet rappelait que "150000 élèves quittent l'école sans qualification", rien de moins ! Depuis l'élection à la magistrature suprême de l'ancien maire de Neuilly-sur-Seine, c'est 65000 postes qui ont été supprimés dans l'Education nationale, dans le cadre du démantèlement de l'ensemble de la fontion publique.

Les classes surchargées se multiplient alors que le nombre d'élèves va croissant. Les options - valeur ajoutée permettant de pallier les inégalités de capital culturel liées au milieu familial des élèves - disparaissent, des classes sont supprimées, les activités parascaolaires abandonnées.


Education: casse prioritaire par eau-gazeuse

La formation des instituteurs a été détruite et les statuts de l'enseignant gravement précarisés. Ainsi l'Education nationale fait-elle désormais appel à des chômeurs, via le Pôle-Emploi, pour, en tant que vacataires mal payés, effectuer les remplacements d'enseignants absents, malades et autres, faute de disposer d'assez de personnel !


Éducation/Embauche de vacataires: Vos avis... par telessonne


S. Royal à Toulouse : conclusion du discours sur... par segolene-royal

L'encadrement des élèves devient précaire, le nombre d'adultes insuffisant : la violence ne peut pas trouver de réponse idoine, le dialogue avec les familles abandonnées par l'Etat, est difficultueux, les élèves handicapés ont perdu les aides-éducateurs qui les épaulaient, les conditions d'enseignement deviennent de plus en plus éprouvantes : l'école, sous Nicolas Sarkozy, est entravée dans ses missions républicaines et démocratiques.

Déjà en 2008, Nicolas Sarkozy, pour entraver le droit de grève des enseignants, proposait de remplacer les grévistes par des personnels municipaux quelconques, au risque de la mise en danger des enfants... Ségolène Royal avait rappelé l'urgence de redonner des moyens et du personnel à l'école en général et à l'école maternelle, dans le cadre d'un Etat-préventif et accompagnateur.


Ségolène : la politique improvisée de Sarko par Ptite_Mule

En même temps, pour "tranquilliser", comme dirait Alain Cotta, la question scolaire, tout en ruinant l'Education nationale et l'Université, Nicolas Sarkozy encourage la Jeunes_d_aujourd_hui__France_de_demain__La_Documentation_fran_aise__C_cile_Van_de_Veldediscrimination sociale positive dans une "grande école" comme Science-Po.

Or, comme l'analyse très bien François Daubet dans "Les revers de la méritocratie" in Jeunes d'aujourd'hui, France de demain" : "Si nous sommes indignés par la faible représentation des enfants de travailleurs et des enfants issus des minorité discriminés [NDLR : sic] parmi les élèves classes préparatoires et des grandes écoles, nous le sommes beaucoup moins par leur surerprésentation dans les filières scolaires les moins valorisées leur promettant les emplois les plus précaires, les plus mal payés et les plus pénibles. [...] Nos dirigeants ont pu affirmer que l'accès aux grandes écolees de quelques jeunes venus des quartiers défavorisés finirait par régler la question sociale".

 Au lieu de combattre pour l'universalité sur tous les territoires du service public gratuit, laïc et obligatoire qu'est l'école, au lieu de promouvoir la réhabilitation de nos Universités, beaucoup de "belles âmes" auront rallié le tranquillisant sarkozyste, à savoir la transformation d'une minorité d'élèves en difficulté sociale en une nouvelle minorité de l'oligarchie... Triste involution et triste abandon des enfants en général...

Ainsi l'anglomaniaque Richard Descoings, à la tête de Science Po-Paris aura-t-il la conscience sociale d'avoir imposé à son école la discrimination sociale positive, forgeant ainsi une élite issue de milieux scolaires défavorisés...


Interview de Richard Descoings (Sciences Po) par liberation

Il est vrai que l'on ne saurait lui demander à lui-même de militer pour la suppression pure et simple de Grandes-Ecoles oligarchiques de fait... Pendant ce temps, les masses stagnent où s'enfoncent dans la misère.

L'OLIGARCHIE SARKOZY, L'ENDORMISSEMENT ET LA MANIPULATION DES MASSES

Cette tiers-mondialisation de la France n'est pas sans être intéressante pour ce que Ségolène Royal appelle, depuis 2008, le "clan Sarkozy", c'est-à-dire l'oligarchie.

L'hyper-classe des patrons de ces monstrueuses firmes internationales qui possèdent médias, télévisuels, journalistiques, radiophoniques, etc., marché des armes, bâtiment, marchés publics de la construction, téléphonie, etc., les financiers, avocats d'affaires, immobiliéristes : tous sont acoquinés au pouvoir des nouveaux riches de Neuilly-sur-Seine, politiquement émancipés depuis l'élection de Nicolas Sarkozy, oeuvrant à leur reproduction et à leur maintien dans les coulisses du pouvoir. "Se servant du pays au lieu de le servir", comme l'a dit à Toulouse, le 22 mai, Ségolène Royal en conclusion de son discours sur la vie chère et le pouvoir d'achat.


S. Royal à Toulouse : conclusion du discours sur... par segolene-royal

La remise en cause de l'égalité des chances promise par l'école publique, gratuite, laïque et obligatoire ou encore par l'Université démocratisée est donc un enjeu-clef pour maintenir éloignées des centres de décisions économico-politiques les "classes dangereuses".

Transformer le peuple en "masses" atones, anamorphoser le citoyen actif en client, en consommateur, en oisif, en parasite voire en criminel, le réduire à sa seule activité de travailleur est, consicent ou pas, le moyen pour toute oligarchie d'être certaine de pérenniser sa domination en toute sérénité.

La destruction de l'école de la République et la mise à disposition de tous les moyens possibles - quitte à détourner l'impôt - pour le développement de la société de masse de consom-munication sont les deux faces d'une même médaille.

La télévision, Internet et les nouvelles techniques de consommation comme de communication doivent évidemment prendre le pas sur tous les autres lieux d'éveil à la citoyenneté, à la culture non-marchande, à tout ce qui ne vient pas gaver le processus sans fin de l'auto-reproduction du capital.


TF1. Du temps de cerveau disponible par peace4all

Ainsi le 9 juillet 2004, Patrick Le Lay, PDG de TF1, avait-il déclaré, en toute honnêteté d'ailleurs que :

"A la base, le métier de TF1, c'est d'aider Coca-Cola, par exemple, à vendre son produit.

Or, pour qu'un message publicitaire soit perçu, il faut que le cerveau du téléspectateur soit disponible.

Nos émissions ont pour vocation de le rendre disponible : c'est-à-dire de le divertir, de le détendre pour le préparer entre deux messages".

Et de conclure, en une vulgarisation parfaite de toutes les études psycho-sociales mises au service du "capitalisme de la séduction" :

"Ce que nous vendons à Coca-Cola, c'est du temps de cerveau disponible".

mon quartier (8)

"Quand on ferme une école, on allume la télé" pourrait être le credo de la nouvelle droite médiacratique, ayant tendance à concentrer tous les pouvoirs : étatiques, journalistiques, télévisuels, cybernétiques, financiers évidemment. La domination pendant des années de Silvio Berlusconi sur la télévision italienne et même au-delà en est l'illustration paroxystique.

Le Monstre doux, L'Occident vire-t-il à droite de Raffaele SimoneAinsi Raffaele Simone, dans Le monstre doux, L'Occident vire-t-il à droite?, pointe-t-il l'impensé de la gauche européenne face à cette nouvelle droite :

"Ses techniques pour affronter l'adversaire sont en accord avec l'époque, elle se font sans effusion de sang, même si elle peuvent être dévastatrices : isolement professionnel, dénigrement et raillerie (via les médias aussi) [...]".

Et d'affiner le constat :

"C'est un fait que la droite nouvelle, malgré la position qu'elle occupe sur la scène politique, est un produit nouveau, intégré dans la mondialisation et le réseau des pouvoirs planétaires dont elle est à la fois la cause et l'effet, le précurseur et le producteur. Cela se voit du fait qu'elle est très à la page pour le choix de ses méthodes et de ses instruments, de son image et des techniques de propagande [...].

Avec l'aide crucial des médias, elle a préféré prendre une autre forme : elle se présente plutôt comme une mentalité diffuse et impalpable, une idéologie flottante, un ensemble d'attitudes et de modes de comportement que l'on respire dans l'air et dont les avatars s'observent dans la rue, à la télévision ou dans les médias."

A gauche, précurseur était le constat de Ségolène Royal, dès 1989, sur le conflit latent entre les capitalistes "marchands d'images" se servant de la télévision pour véhiculer des "valeurs" ultralibérales aux antipodes des principes démocratiques et républicains et l'école, dont la vocation est de transmettre ceux-ci.

Le ras-le-bol des bébés zappeurs de Ségolène RoyalAinsi dans Le ras-le-bol des bébés zappeurs, Télé-massacre : l'overdose, écrivait-elle sans crainte de représailles :

"Dans notre pays, on rend traditionnellement l'école responsable de tout. Ou les parents. Or, quand un enfant âgé de quatre à sept ans passe 820 heures par an à l'école, il en passe 1000 devant la télévision. Quand un préadolescent de huit à quatorze ans consacre 900 heures à l'école, il en vit 1400 devant la télévision. Et, devant elle, il apprend par imprégnation, à la fois par l'image et par le son.

[...]

En fait, la télévision est largement responsable de l'illettrisme et de la dyslexie. Il pourrait en être autrement si le contenu des programmes était bon. Mais resterait, même dans cette hypothèse... d'école, toujours présent le problème de la surconsommation, qui altère les capacités de réaction et empêche les raisonnements."

Les enfants sont très tôt victimes d'un double-message, d'une double injonction contradictoire source de désordres psychiques, de troubles comportementaux et, phénomène massif, de privation d'accès à la maîtrise de la langue française qui leur sera si précieuse à l'avenir.

Quand un ou une institutrice transmet les fondamentaux de la langue du mieux qu'elle le peut, l'omniprésence de la télévision et désormais de l'ordinateur ou du téléphone portable exigent de l'enfant qu'il s'acculture à un lagnage purement phonétique, au langage du texto, de la messagerie en direct, à des nov-langues étrangères à toute grammaire ou règle d'orthographe...

Comme l'analysait brillamment, en 2003, Hélène Merlin-Kajman, dans La langue est-elle fesciste?, Langue,La langue est-elle fasciste de Hélène Merlin-Kajman pouvoir, enseignement, tout en attaquant les ennemis de la langue classique et les dits "pédagogues" :

"En nous schizophrénisant tous, la contestation des présupposés, la déconstruction de la grammaire, le règne du signifiant ont desservi la communication ordinaire, mais profité au message publicitaire qui s'adresse directement, désormais, aux machines désirantes chères à Deleuze et Guattari. Grâce à la télévision et à la radio, la publicité a même réussi à contourner victorieusement l'obstacle du papa-maman évoqué dans l'Anti-Oedipe. Devenus ses principales cibles, un nombre croissant d'enfants n'ont plus comme monde commun que celui de la consommation. Leurs signifiants rois sont ceux des marques. Tatouages, langues tirées, stimuli variés issus du langage informatique, silence consensuel, échanges de monosyllabes qui poussent la langue vers l'onomatopée, ostentation de pitbulls ou de magots : le régime tradtionnel de signification du logos occidental est en train de céder la place à une communication signalétique greffée sur la forme animale des corps."

 

Cette involution a été, comme le répète Simone à la fois anticipée par le langage managerial notamment et encouragée via les nouvelles technologies... La confusion dans laquelle elle peut entraîner des générations d'enfants est un sujet crucial, évidemment d'autant plus qu'un entourage familial au "capital culturel" assuré ne saura prendre le relais d'une école qui n'est pas toute-puissante... La consommation ayant envahi tous les domaines de la vie privée, intime, sensorielle et même psychique, la tâche est ardue si tous les adultes, de l'instituteur à l'économiste et au parent ne contrecarrent pas dans le même sens cette dérive langagière qui, tôt ou tard, handicapera socialement l'enfant en croissance.

De même les cours d'éducation civique rament-ils à contre-courant d'une société de consom-munication pour laquelle, par exemple, la soumission de la femme ou le culte de la violence sont des arguments de vente majeurs...

La vérité d'une femme de Ségolène RoyalEn 1995, Ségolène Royal rappelait dans La Vérité d'une femme qu'"en une semaine prise au hasard, les téléspectateurs ont pu voir [...] 15 viols dont 2 d'enfants, 27 scènes de torture, 13 tentatives de strangulation, 8 suicides, 670 meurtres". Et aussi : "quant à la dégradation de l'image des femmes, c'est un fléau qui handicape l'éducation des filles, promeut la violence sexuelle et ruine les efforts faits pour élever la dignité des femmes, renforçant du même coup les courants intégristes qui, dès lors, justifient leur enfermement par la nécessité de les protéger". 

Il suffit, s'agissant des femmes, d'observer le glissement de l'image de la co-présentatrice d'un jeu d'argent à heure de grande écoute comme La roue de la fortune, sur TF1, pour comprendre ce dont parle l'ex-candidate à la Présidentielle...

De 1987, elle s'appelait Annie Pujol, femme-potiche pour certains, mais à l'allure élégante...

La nouvelle, charitablement, qualifiée de "bimbo" s'appelle Victoria Silvstedt et co-anime à "sa façon" l'émission...

Revue Esprit La société des écrans et la télévision mars-avril 2003Dans son article, "L'écran rose. L'image pornographique, une image déplacée?", dans la revue Esprit de mars-avril 2003, Laurent Jullier, se penchant sur les publicités en forme d'affiches Decaux pour les sous-vêtements féminins, n'hésite pas à parler de "forme de violence" qui "par leur simple présence [...] infléchissent automatiquement le cours des pensées du passant mâle hétérosexuel, même si ce n'est pas le moment"...

De rappeler que l'ineptie de telles images, en termes de sens donné à la vie humaine mais aussi de rappeler le lien avec l'anorexie et avec "un certain ordre économique" qui marchandise l'image de la femme. A ce sujet, qui oserait, aujourd'hui nier le rapport de cause à effet de l'image et de sa consommation sur la conduite anorexique?

Quant au lien entre brutalisation, règne du plus fort, argent-roi et écrasement du plus faible, violence gratuite, viols, passages àLa vérité d'une femme de Ségolène Royal l'acte d'adolescents rivés à leur télévision ou à leurs jeux vidéos, Ségolène Royal le dénonce lui aussi toujours dans La Vérité d'une femme :

 

"La même idéologie [de lutte pour la survie] sous-tend le dessin animé japonais le plus vendu et le plus regardé, Dragoon Ball ; qui entraîne un chiffre d'affaires considérable sur les produits dérivés.

La manifestation de la force physique en est le seul objectif, et sans aucune raison [...]. Le tout sans aucun humour.

C'est l'apologie de la violence brute, de la violence comme seul moyen de triompher (le faible ne gagne jamais, pas même par la ruse).

L'individualisme y est absolu et se conjugue avec la fascination pour la mort, la laideur, la souffrance infligée.

[...]

Pas un arbre, pas une fleur. Le monde proposé est bétonné, métallisé, déshumanisé. Un monde totalitaire. Et cela plaît. A la folie.

[...]

Cette idéologie, lentement et profondément instillée dès le plus jeune âge, est-elle anodine? Les enfants font-ils d'eux-mêmes la part des choses? Si l'on était certain qu'une parole d'adulte vienne relativiser l'impact de l'image, cela rassurerait. Mais on sait bien que la télévision est devenue la première gardienne de la solitude des jeunes, et qu'ils s'y abreuvent de la culture matérialiste et brutale qui imprègne toute la société".

Secret Story votez pour le pire

Revue Esprit La société des écrans et la télévision mars-avril 2003En outre le lien entre consommation d'images violentes et passage à l'acte violent est scientifiquement établi. Le sociologue Hugues Lagrange, dans un article de la Revue Esprit intitulé "Evaluer les effets de la violence", de citer un rapport remis en 2002 au ministère de la Culture faisant "état d'un effet net des images de violence sur les comportements, c'est-à-dire une fois prises en compte les circonstances de la vie." Selon Lagrange qui reste précautionneux quant aux résultats de l'enquête fondant le rapport et qui conclut en comparant le visionnage d'images de violence à la consommation d'"une forme de stupéfiant", les "résultats conduisent à penser qu'il y a un effet bidirectionnel : les conduites violentes favorisent une exposition quotidienne forte à la télévision, et la télévision regardée à haute dose favorise plutôt, avec des modalités différentes selon le sexe et l'âge, des conduites violentes.

La tentative sarkosyste, au-delà de ses connivences avec Martin Bouygues, PDG de TF1, de préempter la télévision publique, prouve que la nouvelle droite s'appuie sur les médias et, comme le dit Simone, sur une mentalité, sur un état d'esprit... Comme le dénonçait Ségolène Royal lorsque Nicolas Sarkozy envisageait de priver de ressources la télévision publique, au profit d'une télévision privée au pas...


Pour Royal, Sarkozy est le "commentateur de son... par rue89

 

AU-DELA DE L'ECOLE, AVEC TOUS LES ADULTES REFERENTS, POUR UNE EDUCATION CITOYENNE PORTEUSE D'AVENIR !

Dans ces conditions, l'Instruction ne saurait demeurer un sanctuaire sans que l'Education soit comprise comme une coopération de tous les acteurs responsables concernés : de l'Etat aux entreprises en passant par les parents, les organismes sociaux, la santé, la police et la Justice, les grands musées, le monde sportif et culturel et les associations, les maisons de production de musique et de jeux vidéos, les autorités audioviduelles.

Et que cette coopération, cette transversalité soit, préventivement, réinstituée. Les solidarités traditionnelles s'étant effondrées, les collectifs culturels, politiques, voire confessionnels, ayant laissé place à l'individualisme consumériste, c'est tout le champ du péri- et du para-scolaire qui apparaît très vite comme décisif.

C'est partant du constat que l'école est mise en danger par l'accélération du temps de la société de masse de consom-munication que Ségolène Royal, ministre de l'Enseignement scolaire de 1997 à 2000, avait mis en place le Contrat Educatif Local (CEL).

Comme l'explicitait en 1999 le sociologue Daniel Verda dans son étude universitaire, "Le contrat éducatif local, l'Exemple d'Argenteuil" :

"Les rythmes scolaires et l’aménagement des temps et des activités de l’enfant constituent, dans le monde de l’éducation, un des thèmes récurrents qui agitent depuis vingt ans les milieux politiques, professionnels et scientifiques, au point que le journal Le Monde parlait encore tout récemment de «l’interminable feuilleton de la réforme des rythmes scolaires ». Pour comprendre les enjeux sociopolitiques de l’aménagement des temps de l’enfant, il convient de rappeler les points s:uivants :

1. Les lois de décentralisation ont confié aux collectivités locales et territoriales la création et la gestion des bâtiments scolaires et plus largement l’ensemble des questions matérielles liées aux structures scolaires du premier degré. Elles sont aussi très souvent en charge des activités périscolaires et extra-scolaires d’une fraction importante de la jeunesse.Elles sont donc devenues un partenaire incontournable de l’État en matière éducative même si leur intervention s’arrête là où commencent les prérogatives pédagogiques et scientifiques de l’éducation nationale ;

2. La diversité des partenaires impliqués jusque-là dans les dispositifs d’aménagement du temps de l’enfant – plusieurs ministères, les collectivités locales et territoriales, les associations, les organismes à vocation sociale, les familles –, la forte hétérogénéité des intervenants professionnels et de leur statut (enseignants, fonctionnaires territoriaux, travailleurs sociaux, animateurs, agents municipaux, aides-éducateurs, bénévoles) ainsi que l’empilement successif de dispositifs et de procédures (ATS, Contrats bleus, Cate, Carvej, Aeps, RSE, Clas, sites Guy Drut, etc.), sans parler de la complexité des financements croisés liés aux opérations de la politique de la ville, conduisent sur le terrain à une grande confusion organisationnelle qui empêche toute évaluation sérieuse et par là même la lisibilité financière de ces opérations. De l’argent est dépensé, des efforts sont consentis par les collectivités sans que pour cela les moyens d’une évaluation soient donnés ni même que celles-là sachent précisément ce qu’elles font ;

3. La multiplication des actes de délinquance et d’incivilité commis par des mineurs, la violence et l’absentéisme déplorés au sein des établissements scolaires ont redonné à l’articulation des temps scolaires, péri- et extra-scolaires toute sa pertinence en terme de prévention. Les phénomènes de «galère », de «zonage », d’enclavement territorial et d’exclusion peuvent être mis en étroite corrélation avec l’oisiveté socialement contrainte d’une fraction de la jeunesse et l’inégal accès aux études, à l’emploi et à la consommation dont elle souffre.

Le contrat éducatif local est né de tous ces constats. Selon la circulaire du 9 juillet 1998 qui l’institue, il s’agit d’un dispositif interministériel (2), territorial et partenarial qui vise à «contribuer à la réussite scolaire et à l’épanouissement personnel de tous les enfants » (3) par un réaménagement des temps scolaires et des activités périscolaires des enfants de trois à seize ans. «Prévu pour une durée de trois ans renouvelables, il est signé entre l’État, la (ou les) collectivités locale(s) et, s’il y a lieu, les EPLE et les associations concernées. Il peut être complété ou adapté chaque année par avenant"."

C'est cette approche transversale et globale de l'"éducation", garante d'une bonne "instruction" que Ségolène Royal a défendue et, qu'aujourd'hui, l'ex-candidate à la Présidentielle veut raviver face la destruction sarkozyste de l'école et, au-delà de l'éducation, au démantèlement de tous les services publics, à la suppression, tragique à l'école, d'un foncitonnaire sur deux, des territoires, à la montée conséquente des inégalités, des violences, du désarroi et de la peur de l'avenir.

En 1998, Ségolène Royal, ministre de l'Enseignement, présentait, le 4 décembre 1998, lors d'un communiqué de presse, les orientations, les axes et les actions qui pourraient être suivis, développés et mis en place dans le cadre des Contrats Educatif Locaux :

  • "apprendre la valeur de l'eau"
  • "des enfants planteurs d'arbres"
  • "le sport et la morale civique"
  • "citoyenneté, démocratie participative et projet d'établissement"
  • "journal et conseil d'enfants"
  • "un contrat moral de citoyenneté"
  • "une réflexion sur les discriminations"
  • "kilomètre delta"
  • "devenir citoyen de l'école"
  • "charte du collégien".

A l'école maternelle et élémentaire, puis au collège et au lycée, à l'appui des textes fondamentaux de la République, seront approfondis :

  • "la devise républicaine, la Liberté, l'Egalité, la Fraternité
  • la dignité de l'être humain, initiatives citoyennes en vue du respect de la dignité de chaque être humain, quels que soient sa nationalité
  • des initiatives citoyennes en vue du respect de la dignité humaine de chaque être humain, quels que soient sa nationalité, sa religion, son sexe, sa génération
  • la prévention de la violence
  • l'apprentissage de la démocratie
  • la laïcité
  • la solidarité
  • la loi et ses représentants
  • la nation et l'ouverture à l'universel".

C'est dans cet écrin, rassemblant autour de principes communs avec pour chacun des initiatives ou des activités concrètes à mener avec les élèves que l'Instruction devait pouvoir retrouver la place qu'elle était en train de perdre après des années de libéralisme.

C'est à ce prix que Ségolène Royal comptait rappeler à chacun que l'école est d'abord l'école de la République, un patrimoine commun menant à la citoyenneté, quelles que soient les tentations d'un "capitalisme de la séduction" ciblant familles et enfants.


S. Royal : Intervention à l'Université sur... par segolene-royal

Aujourd'hui, elle porte le projet présidentiel d'une refondation de l'Ecole de la République :

  • soutien scolaire gratuit individualisé au sein de l'école

 


Soutien scolaire : Je vote Ségolène par psparis10

  • ouverture d'un chantier national sur la refondation du métier des maîtres et d'Etats Généraux des enseignants sur le mode participatif 
  • introduction d'un 2e adulte dans chaque classe, notamment parmi les aides-éducateurs
  • rétablissement de l'année de stage rémunérée dans la formation des maîtres
  • rétablissement des Contrats Educatifs locaux et renforcement de la présence adulte dans chaque établissement

 


Ségolène Royal invitée par l'association "Z'y... par Galaxie66

  • initiation au civisme, des lycéens à la démocratie participative

 


2 ans d'actions en région - Education et formation par Region-Poitou-Charentes

  • lien fort entre parcours scolaire puis formation professionnelle
  • créer un service public de la petite enfance permettant d'accueillir dès 2 ans tous les enfants et prévenir leur apprentissage fondamental de la parole comme de l'écriture, la langue parlée devant être acquise

 


Petite enfance : réponse de Ségolène Royal par segolene-royal

  • limiter à 17 le nombre d'élèves par classe et fixer la dotation aux établissements par élève en difficulté à 25% de plus que la dotation ordinaire
  • limiter à 600 le nombre d'élèves par établissement
  • revenir sur la semaine à 4 jours et penser les rythmes de l'enfant puis de l'adolescent
  • personnaliser l'enseignement et accepter les expérimentations pédagogiques
  • réviser la carte scolaire pour en finir avec les ghettos scolaires et pour assurer une vraie mixité sociale, constituer des réseaux d'éducation prioritaire
  • faire de la culture, comme du sport, de la maternelle au lycée un levier pour tous les élèves, les collectivités locales assurant aussi la mise à disposition des matériels des plus traditionnels aux plus pointus au sein des établissements, une résidence d'artistes - pourquoi pas d'intermittents du spectable - pouvant y être associée
  • la mise en place "d'écoles de parents" en lien avec tous les services concernés, avec les chefs d'établissement, avec tous les adultes concernés pour les parents ayant besoin d'une aide pour éduquer leur enfant

 


Education : Je vote Ségolène Royal par psparis10

  • créer un service public national et personnalisé de l'Orientation
  • afficher une charte de la laïcité commune à tous les services publics de la République.

Ce n'est donc pas à une énième réforme que Ségolène Royal veut s'atteler. C'est bien à la refondation et de l'Instruction et de l'Education, associant le temps scolaire avec la vie pré- et para-scolaire des enfants. Que ceux-ci, ayant au coeur le respect de leurs maîtres, acquièrent le bagage requis pour choisir plus tard leur avenir professionnel. Véritable politique de civilisation.

__________

En guise de conclusion, je me permettrais seulement de transcrire 2 lettres postées par Ségolène Royal sur son blog officiel. Tout y est, les voici, en espérant que M. Sarkozy et son clan les liront...

 

Ségolène Royal 2012, le blog officiel

"27 mai 2011

 Je suis à Laval avec Guillaume Garot, le député de la circonscription. Nous nous rendons avec les parents, auprès des écoles occupées. Après une table ronde de travail, une réunion publique me permet de donner les grands axes de mon projet présidentiel, à partir des valeurs et constats suivants :

 


1) L'Ecole en danger, c'est la République en danger

Pas d’égalité républicaine sans école dispensant à chaque enfant le bagage de savoirs, de savoir-faire et de savoir être nécessaire à chaque époque.

 

Quand la République manque à sa promesse scolaire, c’est tout l’édifice qui vacille à perte de confiance dans les institutions, dans les adultes (ceux d’avant n’assument pas leur responsabilité à l’égard de ceux d’après), dans la valeur de l’effort et du mérite, dans l’avenir (la déception ou la défiance scolaire nourrit le pessimisme des jeunes et des parents pour leurs enfants)

 

C’est vrai dans tous les pays mais en France beaucoup plus qu’ailleurs car l’école de la République est un fondement de la nation (de l’identité nationale bien comprise).

 


 

2) Le premier gisement de croissance d’un pays, c’est son école.

La dépense éducative n’est pas un surcoût à éradiquer par tous les moyens mais le premier des investissements productifs. Cette dépense doit être rentable mais sa rentabilité, c’est la formation effective des générations appelées à prendre le relais et à redresser la France.

 

Ce n’est pas l’éducation nationale qui coûte cher à la France, c’est l’échec scolaire et son aggravation par les politiques destructrices et à courte vue.

 

De nombreux travaux d’économistes le montrent : des politiques scolaires socialement élitistes inhibent la croissance et sacrifient des chances de développement. C’est en développant son enseignement primaire et secondaire que la France a, dans les 30 Glorieuses, rattrapé son retard de productivité sur les Etats-Unis.

 


 

3) Je mettrai fin à la paupérisation programmée de l'école et nous remonterons la pente.

 

Optimiser la dépense éducative, ce n’est pas la sabrer aveuglément ! Former les enseignants, ce n’est pas un luxe (enseigner serait le seul métier qui ne s’apprendrait que sur le tas ?), c’est une nécessité.

 

On ne restaure pas l’autorité des maîtres en affichant l’obsession d’en réduire le nombre, en précarisant la profession à coups de vacataires mal payés. On ne lutte pas efficacementcontre les incivilités et les violences scolaires en rendant de plus en plus précoce le tri sélectif d’une école de plus en plus élitiste, en diminuant les taux d’encadrement et la présence adulte dans les établissements.

 


 

4) Aucune fatalité : d’autres pays comparables font mieux que nous sur le double plan de la réussite scolaire globale (totalité d’une classe d’âge) et de l’atténuation de l’impact de l’origine sociale sur les résultats scolaires. Pas seulement la petite Finlande mais aussi le Canada ou la Corée du Sud.

 

L’erreur majeure de l’éducation en France (pointée par toutes les comparaisons internationales, la Cour des Comptes, l’Institut Montaigne, etc.) = dissocier la réussite d’une élite scolaire et celle du plus grand nombre.

 

Résultat?

 

Une élite certes performante mais plus étroite qu’ailleurs (et une moindre mobilité sociale) et 15% à 20% d’une classe d’âge en grande difficulté scolaire puis professionnelle. Un facteur d’appauvrissement collectif. Un gâchis qui affaiblit le pays dans la compétition mondiale. Un élitisme contre-productif et fauteur de violences (quand la règle est vécue comme faussée et l’échec comme assuré, il ne reste souvent que la transgression pour sauver la face).

 


 

5) Les jeunes ne sont pas dupes du message anti-éducatif du pouvoir actuel

 

Comme leurs parents et comme leurs enseignants, ils perçoivent la gravité de l’entreprise de destruction en cours.

 

Ils ne sont pas dupes des mensonges sur l’égalité des chances et la fausse lutte contre l’échec scolaire, qui accentuent à leurs yeux la disqualification de la parole politique.

 

Ils décodent avec lucidité le double langage et les actes de ceux qu’ils appellent des « double face ».

 


 

6) Il n’y a pas 2 jeunesses, l’une qui serait vouée à la réussite et l’autre qui serait condamnée à l’échec

 

Il n’y a qu’une jeunesse de France, quelle que soit l’origine ou la profession de ses parents, l’endroit où elle habite, la couleur de sa peau ou les ressources de sa famille, la diversité de ses parcours de formation.

 

A cette jeunesse, l’école de la République doit les moyens de réussir ses études et la France des raisons de le vouloir. C’est à ces conditions que la société peut être exigeante pour ses enfants et donner à chacun le goût de se dépasser.

 

Les armes du savoir ne sont pas seulement nécessaires pour trouver un emploi ou le créer (rôle de la qualification mais aussi de la confiance en soi et de la capacité d’initiative, domaines dans lesquels les jeunes Français ne caracolent pas en tête alors que, pourtant, ils débordent d’énergie, d’idées, de projets): elles sont aussi nécessaires pour comprendre le monde, s’y inscrire et agir sur lui = citoyenneté active.

 

 

Rationalisation des moyens ou déraison éducative ? L’école, premier moteur de la relance

Je n’avais pas prévu de vous reparler si vite d’éducation après vous avoir fait part, il y a une dizaine de jours, des réflexions que m’inspirait le rapport sévère de la Cour des Comptes sur les difficultés de notre système scolaire à faire réussir tous les élèves, qu’aggravent tant les politiques sarkozystes.
Mais voilà qu’au même moment, à rebours de toutes les observations et recommandations de ce remarquable travail, la droite sarkozyste nous montre comment elle programme méthodiquement l’affaiblissement du service public de l’éducation nationale.

En effet, des scénarios récemment concoctés par le Ministère à l’intention des rectorats viennent d’être rendus publics sur le site du Café Pédagogique : édifiant ! Dans ces documents internes, les objectifs sont énoncés sans fard. De la maternelle à la terminale, une seule priorité : supprimer encore et toujours plus de postes. A tous les niveaux. Par tous les moyens. Au mépris de toute considération d’efficacité scolaire. Sans que jamais l’intérêt des élèves n’entre en
ligne de compte. Avec un mépris souverain pour les personnels et leurs missions.
Les enseignants ? Une simple variable d’ajustement.
Le leitmotiv ? Sabrer l’emploi pour réduire aveuglément les coûts.
13 fiches thématiques balayant le premier et le second degrés donnent crûment toutes les ficelles que les académies ont instruction d’utiliser pour mener à bien un brutal exercice de « cost killing » appliqué à l’école. Voilà qui en dit long sur le renoncement de ce gouvernement à toute ambition éducative.
Après avoir laissé filer les déficits et multiplié les cadeaux à ceux qui n’en avaient pas besoin, la droite sarkozyste inflige à l’école une cure d’austérité dont on peut hélas prévoir qu’elle n’assainira pas les finances publiques, n’améliorera pas les performances de notre système scolaire et affaiblira les ressorts de la croissance, au
premier rang desquels l’investissement éducatif.

L’aveu d’un renoncement

Un syllogisme cimente ce catalogue d’injonctions qui, sous prétexte de traquer les « gisements d’efficience », fera en réalité l’école moins efficace et plus injuste : puisque « le surcoût de moyens au profit de certaines académies ne permet pas d’atteindre une plus grande performance scolaire et d’égaliser les chances », c’est donc… qu’on
peut allègrement tailler à la hache dans les moyens humains et matériels de l’école sans porter atteinte aux conditions de la réussite scolaire ! CQFD…

La vérité, c’est que la mission théoriquement assignée par la Nation à son école et fermement rappelée par les sages de la Cour des Comptes – « favoriser la réussite scolaire de chaque élève, quelle que soit son origine sociale ou géographique » – est explicitement sacrifiée au dogme du non remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la
retraite et à l’obsession des réductions d’effectifs, calculette au poing.
Comme le dit fort justement le SNUIPP, syndicat majoritaire chez les professeurs des écoles, quel « aveu de résignation » !
Quelle démission de la responsabilité publique !
Vous connaissez mes positions : jamais je n’ai réduit les difficultés de notre système éducatif à la seule question de ses moyens et jamais je n’ai accepté qu’on en fasse l’alibi commode de bien des immobilismes. A l’école, un euro dépensé doit être un euro utile, efficace pour les élèves et efficace pour les enseignants. Dans ma conception de l’action politique, le bon emploi de l’argent public a rang d’obligation et l’évaluation rigoureuse des politiques mises en
œuvre doit permettre de corriger ce qui doi l’être en se gardant des pesanteurs routinières.
Mais « l’optimisation des moyens » n’est pas l’éradication mécanique des coûts. Elle suppose au contraire que l’allocation des moyens humains et matériels soit réfléchie en fonction d’objectifs scolaires et non seulement budgétaires. Elle suppose leur renforcement là où il y en a le plus besoin. Le gouvernement sarkozyste procède à l’inverse : la logique comptable prime sur l’ambition éducative.
N’en déplaise au porte-parole de l’UMP qui ne voit aucune raison pour que l’école « s’exonère » des coupes budgétaires drastiques programmées par le gouvernement sarkozyste, la diminution du nombre d’enseignants et l’augmentation du nombre d’élèves par classe n’accroîtront pas l’efficacité de la dépense publique scolaire mais
l’échec des élèves.
Car ce plan de casse méthodique fragilise notre système scolaire alors même qu’il n’a jamais eu autant besoin d’être renforcé et accompagné pour réussir sa mutation nécessaire.

Optimiser la dépense éducative n’est pas la sabrer aveuglément

Je rappelle quelques résultats qui disent l’urgence d’une autre politique scolaire et le besoin pour notre école d’un projet en phase avec les nouvelles donnes mondiales. Plus de 21% des élèves sortent du système scolaire avec de sérieuses difficultés de lecture et de maîtrise des compétences de base en français. En maths, 73% des élèves de 3ème ne maîtrisent pas le programme. Un élève sur 6 quitte le système scolaire sans diplôme ni qualification. Parmi les pays de l’OCDE, les performances scolaires de la France se situent dans une médiocre moyenne (17ème sur 30 pour la compréhension de l’écrit et des maths, 19ème pour les sciences). Entre la moitié des élèves qui réussit correctement ou très bien et l’autre moitié dont les résultats sont insuffisants (dont 20% en grande difficulté scolaire), l’écart ne
cesse de se creuser.
Nous sommes aussi l’un des pays développés où l’école reproduit le plus les inégalités sociales et culturelles de départ. Dans les années 50, 21% d’élèves d’origine populaire intégraient le trio des plus grandes écoles (Polytechnique, Normale Sup, l’ENA), ils sont aujourd’hui trois fois moins nombreux.
L’éducation prioritaire est plus que jamais le parent pauvre du système éducatif : la Cour des Comptes signale, dans son rapport, que 73% des élèves des établissements labellisés « Ambition-Réussite » échappent aux dispositifs d’accompagnement éducatif censés les épauler. Voilà ce qu’il faudrait prendre à bras le corps sans se payer
de mots.

En France, l’éducation nationale est le premier budget de l’Etat. Pour l’enseignement primaire et secondaire, cela représente 3,9% de notre Produit Intérieur Brut (4,3% en 2000) et nous classe au 11ème rang des
pays de l’OCDE. Certes, il n’y a pas de corrélation stricte entre le montant de la dépense d’enseignement et les performances du système.
Mais force est de constater que la Finlande, en tête de tous les classements internationaux, y consacre 5,7% de son PIB. Quand le Royaume-Uni a décidé de redresser son système d’enseignement public, il a augmenté son budget de 3,5% du PIB à 4,3% (soit très exactement le chemin inverse de celui emprunté par la France).
Il ne suffit donc pas de dépenser plus pour travailler mieux mais une chose est sûre : optimiser la dépense publique n’est pas la sabrer. Et aider les enseignants dans l’exercice d’un métier qui a beaucoup changé depuis le temps où seule une petite minorité d’élèves prenait le chemin du lycée, ce n’est certainement pas leur répéter année après année qu’ils seraient inutilement nombreux et coûteraient trop cher à la collectivité.

Formation initiale et continue des enseignants : un luxe ?

C’est pourtant le message de la droite sarkozyste, assorti de réductions croissantes des effectifs: 8 .700 postes en moins en 2007, 11.200 en 2008, 13.500 en 2009, 16.000 prévus à la rentrée 2010 et encore 16.000 pour la rentrée 2011. Pour faire passer la pilule, un peu de revalorisation salariale mais rien qui enraye la dégradation des conditions d’enseignement. Je ne reviens pas ici sur la « réforme » de la formation initiale des maîtres, la très critiquée «
mastérisation » qui réduit à la portion congrue la formation pédagogique des nouveaux enseignants titulaires du concours et prévoit leur remplacement pendant ces quelques semaines de stage par des étudiants encore moins formés.
C’est maintenant à la formation continue des professeurs des écoles que s’attaque le gouvernement en recommandant, pour diminuer le besoin d’enseignants remplaçants, de l’évacuer hors temps scolaire. Pas très
incitatif au perfectionnement professionnel…

Augmenter la taille des classes : le vrai et le faux

Avec, en moyenne, 25,55 élèves par classe en maternelle, 22,65 élèves en primaire et 24 élèves au collège, la France est l’un des pays de l’OCDE où les classes sont les plus chargées. Mais l’une des sources majeures d’économie préconisée par le gouvernement est d’augmenter encore la taille des classes car elle diminue arithmétiquement le
nombre d’enseignants nécessaires. Les éléments de calcul fournis aux rectorats envisagent de monter à 30 élèves par classe (32 en maternelles situées hors ZEP).
Dans le primaire, il est recommandé d’utiliser tous les leviers possibles : fermetures de classes et de petites écoles (généralement implantées en milieu rural), relèvement du seuil de création de nouvelles classes, fusions d’écoles, regroupements pédagogiques inter-communaux et autres « resserrements du réseau scolaire ».
Mentionnant qu’il s’agit d’un « sujet très sensible », le Ministère prodigue quelques conseils tactiques : surtout ne pas annoncer de mesure générale qui risquerait de soulever un tollé mais ne pas oublier qu’il suffit, pour fermer une classe ou une école, que l’Inspecteur d’académie retire des postes d’enseignants et qu’il peut, pour ce faire, se passer de l’accord de la commune…
Au collège, dont les effectifs ont augmenté de 16.300 élèves à la rentrée 2009 du fait d’une hausse de la natalité, même objectif et mêmes calculs. Aux académies de chiffrer par le menu la seule chose qui semble compter : les « gains proposés en emplois » du fait de l’augmentation du nombre des élèves par classe.

Même justification répétée pour le premier et le second degrés : « il n’est pas démontré que la taille des classes ait un effet probant sur les réussite des élèves ». Cette affirmation globale est une contre-vérité. Ce que disent les travaux de recherche français et étrangers est différent.
Je me souviens du rapport de Thomas Piketty sur « l’impact de la taille des classes et de la ségrégation sociale sur la réussite scolaire dans les écoles françaises » : il avait suivi une cohorte de 10.000 élèves entrés en CP en 1997 et montrait que l’abaissement à 18 élèves de la taille des classes en CP et CE1 permettait, en ZEP, un gain de performance scolaire de 40% qui avait un effet positif sur la réussite scolaire ultérieure. Il proposait, pour effectuer cette
opération à coût constant, d’augmenter d’un élève la taille des classes ne relevant pas de l’éducation prioritaire car cela, dans leur cas, ne pénalisait pas leur réussite scolaire.
Ces résultats allaient dans le même sens que ceux de l’étude américaine STAR qui avait suivi une cohorte de 11.000 élèves. Elle montrait que ceux qui avaient effectué leurs quatre premières années d’étude dans des classes à effectif réduit obtenaient de bien meilleurs résultats que les autres en maths et en maîtrise de la
langue. Ces performances perduraient tout au long de la scolarité après réintégration dans des classes à effectif normal. Elles étaient surtout deux fois plus élevées pour les enfants des milieux populaires et/ou des minorités ethniques.
Il n’est donc pas juste de dire que la taille des classes est sans effet sur les résultats scolaires : si elle est effectivement neutre pour les enfants de milieux favorisés, elle a en revanche un fort impact sur ceux issus de familles socialement vulnérables ou culturellement moins bien dotées.

Entre la rigueur budgétaire à tout prix et la réussite scolaire de tous les élèves, la droite sarkozyste a choisi. Mais les classes préparatoires aux grandes écoles n’ont, elles, aucune menace d’économie à redouter…

Ce gouvernement n’en est pas à une contradiction près : il prétend promouvoir l’individualisation des parcours mais la rend, dans le même temps, plus difficile en augmentant la taille des classes. Il prétend attaquer l’échec scolaire à la racine mais dépouille le primaire et le collège où se joue l’acquisition du « socle fondamental de connaissances et de compétences ». Il prétend ne s’en prendre qu’aux surcoûts injustifiés mais cible les maillons déjà les plus pénalisés par une allocation aberrante des ressources, comme l’a encore rappelé la Cour des Comptes. Il avait promis que les suppressions de postes se feraient sans toucher aux enseignants devant classe donc à taux d’encadrement constant mais les pistes privilégiées pour la période 2011-2013 semblent bien remettre cet engagement en cause.
Cette « rationalisation des moyens » témoigne en réalité d’une grande déraison éducative.

Déscolariser les moins de 3 ans

Autre cible clairement désignée : la scolarisation à deux ans dont on sait pourtant combien elle facilite l’intégration scolaire des enfants des quartiers populaires. On est déjà tombé de 34,8% d’enfants bénéficiant de ce mode de scolarisation précoce à 15,2% (et seulement 5% en Seine St Denis !). On aurait pu choisir de redresser la barre.
Le gouvernement préfère programmer la déscolarisation des moins de 3 ans, y compris dans les zones d’éducation prioritaire, au motif que « les études disponibles ne démontrent pas que la scolarisation des
enfants âgés de 2 ans constitue un avantage évident dans toutes les situations par rapport à d’autres modes de garde ». Encore une fois, les études ont bon dos…
Il est exact que, pour les enfants d’enseignants et de cadres, l’incidence de la scolarisation précoce sur les performances scolaires est mineure car ils ont, dans leur famille, bien d’autres atouts sur lesquels prendre appui pour réussir à l’école. C’est pour les autres, et ils sont nombreux, que cette première familiarisation scolaire est bénéfique. Mais aucun effort n’est prévu pour eux.

La preuve du mépris dans lequel la droite sarkozyste tient cette école des plus jeunes et l’aveu de sa totale ignorance de ce qui s’y apprend, c’est qu’elle l’assimile à un « mode de garde » parmi d’autres. Vous vous souvenez des propos de Xavier Darcos, alors Ministre de l’Education nationale, plaisantant lourdement, en 2008, sur l’utilité de « faire passer des concours bac + 5 à des personnes dont la fonction va être essentiellement de faire faire des siestes à
des enfants ou de leur changer les couches » ? Les enseignants de maternelle avaient été blessés de ce déni de leur métier. La bourde s’était retournée contre son auteur. Ce n’était pas une gaffe mais l’expression brutale d’une vision tenace qui ressurgit aujourd’hui :
pas besoin de payer des professeurs des écoles pour de vulgaires
tâches de garderie… Aux rectorats de chiffrer ce que ça rapporte en postes supprimés, y compris dans l’éducation prioritaire.
Remplacements : précaires et vacataires low cost

Autre « gisement d’efficience », comme ils disent : les remplaçants.
C’est, pour les parents, un vif sujet de mécontentement. En mars dernier, les parents d’élèves exaspérés de 5 écoles de Pantin, en Seine Saint Denis, ont introduit une cinquantaine de recours contre le Ministre de l’Education nationale. Ils dénonçaient l’inefficacité du système de remplacement des enseignants absents, ses conséquences négatives sur la scolarité des élèves, et réclamaient l’égalité du service public sur tout le territoire. Mais, pour le gouvernement,
l’heure est aux remplacements low cost. Et tant pis si la qualité du service en prend un coup.
Place aux vacataires qui coûtent moins cher que les titulaires. Aux étudiants sans formation pédagogique. Aux précaires en tous genres.
Comme le dit élégamment la fiche ministérielle adressée aux rectorats : « les non titulaires représentent une ressource plus flexible dont le rendement est proche de 100% ». Moins qualifiés, certes, que les brigades d’instituteurs remplaçants mais tellement plus économiques !

Dans le collimateur : les réseaux d’aide aux élèves en difficulté et les psychologues scolaires

Pour les enseignants spécialisés des RASED, ces réseaux d’aide aux élèves en difficulté, c’est carrément le coup de grâce. Cela fait un moment qu’ils sont dans le collimateur. Le précédent Ministre de l’Education nationale avait annoncé 3.000 suppressions de postes mais avait dû reculer devant la mobilisation. 2.000 postes ont été
supprimés à la rentrée 2009. Il est temps, pour la droite sarkozyste, d’achever le travail, au prétexte que les 2 heures d’aide personnalisée instituées dans le premier degré suffiraient au traitement de toutes les difficultés scolaires.
Il est temps d’aller plus loin en envisageant la suppression des recrutements de psychologues scolaires et l’augmentation du ratio d’encadrement des conseillers pédagogiques.

Dans le langage technocratique visiblement très en vogue dans les sphères de l’actuel gouvernement, cela s’appelle « sédentarisation des enseignants hors la classe ». Comme si tous ces personnels spécialisés étaient coupables de nomadisme impénitent, soupçonnés d’exercer des missions à l’utilité douteuse, considérés comme de quasi-déserteurs de ces classes ordinaires où il y aurait urgence à les rapatrier pour qu’ils y colmatent les trous creusés par les suppressions massives de postes. Pas un mot, dans les documents enjoignant aux académies de
traquer ces « marges d’optimisation », des gains scolaires escomptés et de l’impact de ces mesures sur la prévention ou le traitement de l’échec scolaire. Rien qu’un sec exercice de fausse rationalité budgétaire.

Dans le primaire, l’anglais sans anglophones ?

Le sort réservé à l’apprentissage des langues étrangères à l’école primaire en offre un exemple caricatural. Tout le monde s’accorde sur la nécessité de commencer tôt pour relever le niveau des élèves français qui n’est pas bien fameux. C’est une matière au programme et on nous ressasse que c’est une priorité forte.
Que fait le gouvernement sarkozyste ?
Il demande aux académies de programmer la diminution du nombre d’intervenants extérieurs et d’assistants en langues étrangères. Il invente, en somme, l’apprentissage de l’anglais sans anglophones ! Et cela au prétexte que le cursus des professeurs des écoles les habilite désormais à enseigner une langue vivante, ce qui n’en concerne encore qu’une minorité et, de l’avis même des enseignants concernés, ne réduit en rien l’utilité scolaire des locuteurs d’origine.

Apprentissage : rationner l’offre de CAP

L’apprentissage fait, lui aussi, les frais de cette irrationalisation des choix budgétaires appliquée à l’école. On chante les louanges de cette filière mais on programme en même temps le rationnement de l’offre de CAP.
On se félicite de « la rénovation de la voie professionnelle » en taisant tout ce qui reste à faire pour que cette orientation ne procède pas d’une sélection par l’échec mais d’un choix positif effectué par des élèves qui s’intéressent à un métier où les perspectives d’emploi ne soient pas source de déception. Et tout ce qu’il reste à faire, aussi, pour que la recherche d’un stage ne butte pas sur des discriminations persistantes. On fait mine de se réjouir que la plupart des académies aient développé leur offre de CAP mais c’est pour ajouter aussitôt que « cette stratégie initiale doit être questionnée » car ce qui doit l’emporter, ici encore, c’est la recherche obsessionnelle de postes à économiser.

Je ne prêche naturellement pas l’immuabilité des filières d’enseignement professionnel dans un monde qui évolue vite et où émergent de nouveaux métiers cependant que d’autres s’éteignent. Mais l’évolution des cartes des formations ne doit pas procéder d’une approche petitement comptable. L’intérêt des élèves, les besoins de l’économie et les opportunités, scolaires et professionnelles, qui en résultent pour les apprentis doivent primer sur les « gains de dotation potentiels » réalisés sur le dos d’élèves majoritairement issus des milieux populaires et encore trop souvent orientés vers des voies de garage aux perspectives d’emploi des plus incertaines.
Actualiser et développer l’apprentissage, voilà la priorité.

Les Itinéraires de Découverte, budgétairement suspects…

Les Itinéraires de Découvertes, ces 2 heures hebdomadaires qui doivent permettre aux collégiens de réaliser des « travaux croisés » interdisciplinaires et de travailler de façon autonome ou en groupe, n’échappent pas, eux aussi, à l’impératif ministériel de diminution des taux d’encadrement des élèves. Davantage de regroupements, des heures supplémentaires plutôt que des embauches, moins de postes encore et toujours. Ce n’est pas dit clairement car ils font partie des enseignements obligatoires mais ces moments de décloisonnement disciplinaire ne sont pas loin d’être considérés comme scolairement périphériques et budgétairement superflus.

Réforme du lycée : ce que valent les promesses présidentielles

Mais le clou de ce plan d’austérité tous azimuts, c’est l’aveu qu’une promesse pourtant formelle du Président de la République ne sera pas tenue : celle de réformer le lycée à moyens constants. C’est dit noir sur blanc : toutes les académies sont tenues de rechercher les « gains potentiels » permis par la réforme du lycée. Et cela dès la rentrée
2011.
Mise en réseau des établissements, tronc commun en première et terminales générales qui permet de réunir des classes des différentes séries, convention entre établissements pour les enseignements d’exploration, groupes de compétences en langues, rationalisation de la carte des langues rares, utilisation de la dotation globalisée… toutes les « possibilités significatives offertes par la réforme » doivent être utilisées pour dépenser moins. Concrètement, il est
demandé aux rectorats de chiffrer « le gain » résultant de diverses hypothèses de réduction des postes et de la dotation forfaitaire moyenne (à 39 heures, à 40 heures…). Ainsi se trouvent confirmées, contrairement aux engagements pris par le chef de l’Etat, les craintes exprimées depuis deux ans par les organisations syndicales et concernant le but non avoué de cette réforme.

Ecole à la diète = croissance en berne

Qu’elles sonnent faux les déclarations ronflantes sur l’autorité des maîtres quand le souci qui prévaut avant tout est d’en diminuer le nombre ! Qu’ils sonnent creux ces éloges du métier d’enseignant quand l’heure est à la précarisation de la profession à coups de vacataires pour pas cher ! Quelle hypocrisie de prétendre lutter contre l’échec
scolaire quand la paupérisation programmée de l’éducation nationale crée, dans le même temps, les conditions hélas propices à sa progression ! Et quelle hypocrisie, aussi, de prétendre lutter contre les incivilités et les violences scolaires quand, dans le même temps, on charge les classes, on réduit le taux d’encadrement des élèves et on diminue la présence adulte dans les établissements !

Les documents qui viennent d’être adressés aux académies ont au moins le mérite d’annoncer la couleur. La droite sarkozyste n’a d’autre projet pour l’école que la diète. Son choix est fait : affaiblir aveuglément le service public de l’éducation nationale plutôt que prendre les moyens d’en corriger réellement les dysfonctionnements.
C’est une orientation lourde de conséquences pour les élèves et tout particulièrement pour le grand nombre de ceux qui peinent à suivre.
C’est exposer l’institution scolaire à de redoutables ressentiments car les destins s’y scellent, en France plus qu’ailleurs. Mais c’est aussi, plus largement, affaiblir le pays en agissant, avec son école, à contre-sens et à contre-temps.
Car la dépense éducative n’est pas un poste de plus à comprimer comme n’importe quel autre. Et encore moins par gros temps, quand le pays doit mobiliser ses forces pour inventer de nouvelles formes de croissance, de nouveaux emplois, de nouvelles perspectives pour sa jeunesse, de nouveaux rapports au monde. Plus que jamais l’investissement éducatif devrait être considéré comme un investissement productif et comme un facteur prioritaire de relance.

Nous avons, bien sûr, de très nombreuses raisons de vouloir notre école plus efficace et plus juste mais je voudrais, pour conclure, mettre cette fois-ci l’accent sur l’enjeu proprement économique de la question scolaire. La droite sarkozyste, au prétexte de « la crise » et en vertu d’une conception étroitement comptable de la réduction des
déficits, n’en prend pas la mesure. Elle voit l’école comme un coût et non comme le plus sûr des moteurs de croissance. Elle ne voit pas l’urgence d’un plan de relance pour l’école.

Le cercle vertueux de l’école et de la croissance

Tous les économistes qui se sont penchés sur la question des relations entre éducation et croissance ont abouti aux mêmes conclusions, quelles que soient les écoles de pensée, ultra-libérales ou néo-keynésiennes, auxquelles ils appartiennent : c’est d’abord son système éducatif qui dynamise un pays et lui permet de relever les défis de l’innovation, de la production de richesses et de la création d’emplois. En période de crise, l’investissement éducatif n’est pas une dépense à juguler mais l’un des moyens les plus efficaces de minorer les risques récessifs.
L’une des études les plus probantes à ce propos a été réalisée par Robert Barro, économiste américain qui s’inscrit pourtant dans le sillage de l’école de Chicago, et Jong-wha Lee : passant en revue la
scolarisation de 146 pays sur la période allant des années 50 à aujourd’hui, ils montrent le « rendement » très fort d’un bon système éducatif sur la croissance.

Dans un rapport réalisé en 2004 pour le Centre d’Analyse économique, Philippe Aghion et Elie Cohen concluent eux aussi que l’éducation est un facteur essentiel de croissance. Ils évoquent les travaux d’autres chercheurs qui ont analysé la relation entre bagage scolaire en milieu rural et diffusion des innovations dans l’agriculture ; entre élévation du niveau général de formation, vitesse d’adaptation aux changements technologiques et impact de longue durée sur la croissance. Ils rappellent que des politiques scolaires élitistes (priorité aux universités sélectives et à la recherche de pointe, négligence de l’enseignement primaire et secondaire de masse) inhibent la croissance en sacrifiant des opportunités de développement. Ils rappellent aussi que c’est en développant son enseignement primaire et secondaire que la France a, durant ses 30 Glorieuses, rattrapé son retard de productivité sur les Etats-Unis.

Commentant ce rapport, Jean-Hervé Lorenzi cite les travaux de J.Heckman, lauréat américain du Prix Nobel, qui a mis en évidence la « rentabilité pour la collectivité » d’un fort investissement scolaire destiné aux jeunes enfants, en particulier ceux des milieux socialement fragilisés. Il souligne que l’un des principaux handicaps de l’économie française est l’impact négatif sur la croissance des contre-performances actuelles de notre système éducatif. Il conclue à la nécessité d’améliorer solidairement les différents niveaux d’enseignement (primaire, secondaire, supérieur) pour qu’ils concourent ensemble à une élévation globale du niveau scolaire de la population, qui stimule la croissance.

Je pourrais citer quantité d’autres travaux allant dans le même sens. Ceux aussi de Joseph Stiglitz ou d’Amartya Sen. Tous disent en creux pourquoi la politique de la droite sarkozyste handicape le pays en affaiblissant son école.

Il fut un temps, vous vous en souvenez, où Nicolas Sarkozy promettait d’aller chercher un point de croissance avec les dents. Je n’ai pas le souvenir que la méthode ait été probante. Le premier gisement de croissance du pays, c’est son école. A condition qu’on cesse de se payer de mots et d’incantations sur l’égalité des chances jamais
suivies d’effets. A condition qu’on ne l’abandonne pas aux ségrégations qui la minent. A condition que l’optimisation des moyens ne soit pas l’alibi de leur rationnement mais leur mobilisation cohérente au service de la réussite de chaque élève. Car ce n’est pas l’éducation nationale qui coûte cher à la France, c’est l’échec
scolaire.

 

 

Ségolène Royal