Après "deux offres raisonnables d'emploi", les chômeurs seront donc sanctionnés durement, leurs allocations pouvant être suspendues pendant deux mois, ce qui risque de les faire basculer de la recherche d'emploi à l'exclusion complète des mécanismes de solidarité nationaux et républicains, inscrits dans la tradition républicaine française... La République et l'Etat-Providence, issus de la Révolution française puis de la Libération sont en voie de disparition en France, alors que le capitalisme financier ne cesse de détruire des emplois... Ségolène Royal avait condamné cette proposition de Nicolas Sarkozy, proposant de bâtir une nouvelle croissance fondée sur l'économie solidaire, sur l'écologie, sur les nouvelles technologies éco-industrielles... Responsabiliser chômeurs et employeurs : oui. Stigmatiser les premiers sans solliciter les autres, c'est une infamie.

PREAMBULE DE LA CONSTITUTION DE 1958

Constitution de 1946

"Tout individu qui, en raison [...] de la situation économique,

se trouve dans l'incapacité de travailler a le droit

d'obtenir de la collectivité des moyens convenables d'existence."

La_Constitution_de_la_Ve_R_publique_d_chir_eConstitution de 1958

"Préambule"

alinéa 11

 

 

SEGOLENE ROYAL

"Je crois à l'efficacité d'un accompagnement gloabal de la personne, du sur mesure au cas par cas.

[...]

Je demande aux entreprises de comprendre que cette génération [de jeunes demandeurs d'emploi aujourd'hui] est leur avenir et qu'il faut miser sur elle en lui offrant d'autres perspectives que le chômage ou la précarité. Enfin, les universités et tous les lieux de formation seront responsables de l'accompagnement des jeunes vers l'emploi en contrepartie d'une plus grande autonomie."

Maintenant_de_S_gol_ne_Royal_avec_Marie_Fran_oise_ColombaniSégolène Royal

Maintenant,

Ségolène Royal répond à Marie-Françoise Colombani

La Constitution de 1958, voulue par le général de Gaulle et Michel Debré, surtout au vu des événements qui la justifiaient aux yeux de ses auteurs, à savoir la guerre d'Algérie et l'instabilité gouvernementale de la IVe, se devait d'indiquer clairement sa filiation dans l'hitoire de la République comme dans son moment fondateur : la Révolution française.

D'où l'intégration dans son  préambule d'une part de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789 etProgramme_CNR d'autre part du préambule de la Constitution de 1946, à savoir de la IVe République, lequel énonçait les droits sociaux imprescriptibles garantis à la Libération.

Parmi ces droits, qui ont donc toujours "valeur constitutionnelle", outre le droit de grève, aujourd'hui remis en cause par la politique sarkozienne, figurait bien évidemment le principe de l'allocation aux chômeurs, en son alinéa 11.

Et ce pour diverses raisons: "âge", "état physique ou mental" et, plus intéressant encore : au vu de la "situation économique".

Le grand principe de solidarité nationale énoncé à l'alinéa 10: "la Nation assure à l'individu et à la famille les conditions nécessaires à leur développement" annonce clairement l'alinéa 11 et l'idée qu'il faille aider concrèttement les personnes privées de travail.

On pourrait objecter ici qu'il ne s'agit que de principes circonstanciels, liés à la fin de la Seconde guerre mondiale ou encore à la nécessité d'encourager la reformation de la famille et la natalité.

Or, le chômage est d'abord une réalité consubstantielle de la société industrielle et de l'apparition du salariat. Il faudra tout de même la volonté politique pour la reconnaissance du statut de chômeur et de droits spécifiques attachés à ce statut... Comme en témoigne non sans humour Le chômeur de Clochemerle, de Jean Boyer, avec Fernandel.


Le chômeur de Clochemerle (partie 1).00 par alllannn

 

Constitution_de_la_IVe_R_publiqueEn outre, ce texte de 1946 s'enchâsse nettement dans la tradition républicaine mais aussi dans l'héritage de la révolution française.

C'est ainsi que l'on trouvait dès la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1793, jamaisD_claration_des_droits_de_l_homme_et_du_citoyen_de_1793 appliquée, la question sociale. En son article 21, on pouvait y lire que "les secours publics sont une dette sacrée" et que "la société doit la subsistance aux citoyens malheureux, soit en leur procurant du travail, soit en assurant les moyens d'exister à ceux qui sont hors d'état de travailler".

C'est donc bien du principe républicain de solidarité qu'il s'agit, et non d'un vague aménagement social lié à des événements particuliers et limités. Sans quoi celui-ci, s'agissant de la question des "sans-travail", n'eût jamais été constitutionnalisé.

Or, comme sur les questions de la Santé, de la laïcité ou de l'Education, la politique de Nicolas Sarkozy tourne une fois encore le dos à tout cet héritage fondamental qui garantissait l'unité de la République et du peuple qu'elle régissait.

Le projet de mettre à la rue, en les privant de toute subsistance, les chômeurs qui refuseraient deux "offres valables d'emploi", ruine dans leur fondement les principes de liberté du travail  et de solidarité nationale.


Chômage : l'offre valable d'emploi par Ptite_Mule

D'un point de vue politique, son aspect stalinien apparaît dès lors que, pour survivre, les Agence_nationale_pour_l_emploiayant-droit au chômage seront contraints par la nécessité d'accepter plus ou moins n'importe quel travail, au bon vouloir de l'administration.

D'un point de vue économique, il s'inscrit dans la politique économique générale et catastrophique du gouvernement : à savoir la précarisation du travail et l'alignement vers le bas de l'ensemble des entrants sur le marché de l'emploi.

En période de faible croissance, de destruction des instruments publics d'éducation et de formation, on ne peut que s'inquiéter de ce que le travail qualifié, seul à même de muscler l'économie française dans la mondialisation, reculera encore. On notera d'ailleurs que le principe des heures supplémentaires, application du credo sarkozien du "travaillez plus pour gagner plus" allait déjà dans le sens de cette régression.

Ségolène Royal, adversaire de gauche de Nicolas Sarkozy, avait pointé l'ignonimie de cette mesure comme son inefficacité économique. Estimant qu'il s'agissait d'abord de refonder et de relancer une nouvelle croissance, et par la suite, d'"accompagner", via une ANPE personalisée, chaque demandeur d'emploi sur un marché du travail de proximité.


Royal et l'économie A vous de juger par unleaded

D'un point de vue humaniste, on ne peut que rester, comme Ségolène Royal, que sans voix, en appeler au "respect" et l'arrêt de la division du peuple français...

Lequel, dans sa majorité, regrette certainemnt aujourd'hui d'avoir porté l'ancien maire de Neuilly-sur-Seine à l'Elysée.

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Une fois encore se mêlent au sommet de l'Etat inculture républicaine, mesures anti-sociales et incompétence économique.

On peut craindre que la destruction de l'Etat-Providence comme de la Solidarité nationale - lesquels sont redéployés et repensés ou redécouverts de par le monde, jusqu'aux Etats-Unis d'Amérique - n'amènent que malheur, injustice et inefficacité économique pour les individus comme pour le pays.

Si l'alinéa 11 du préambule de la Constitution de 1946, partie intégrante et exécutoire de notre Constitution justifiait l'aide aux "sans-travail" au motif d'une "situation économique" dégradée, on pourra noter que non seulement le gouvernement est responsable de l'état lamentable des finances et de l'économie française mais aussi d'une des plus grandes régressions sociales s'agissant du chômage.

Livrer les chômeurs à la vindicte populaire s'inscrit de plus dans la stratégie sarkozienne de division du peuple français : entre immigrés "choisis" et "immigrés subis", entre étrangers et Français, entre jeunes et adultes, entre élèves, parents d'élèves et enseignants, entre croyants et non-croyants, entre catholiques et autres ou encore entre riches et pauvres.

Le principe d'unité de la République ne veut malheureusement plus rien dire lorsque la solidarité nationale n'existe plus. Le président de la République, comme l'avait dit récemment Manuel Valls à propos de l'accueil sarkozien du pape, non seulement "dénature sa fonction" mais ne "veille" plus "au respect de la Constitution", comme l'y oblige normalement l'article 5 de celle-ci...

Ségolène Royal en avait appelé au "respect" des chômeurs comme de tous les Français, à "l'accompagnement personnalisé" des demandeurs d'emploi, liant justice sociale et efficacité économique via le développement de services publics universels de proximité.