Nicolas Sarkozy, porte-parole si peu catholique du pape en France n'est donc plus le garant de la Constitution comme il est prévu à son article 5 : "Le Président veille au respect de la Constitution", puisque celle-ci prévoit en son article 1er que "La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale" et contient en son préambule la liberté d'opinion religieuse... L'accord de l'ancien maire de Neuilly-sur-Seine avec le pape Benoît XVI sur la nécessité d'enterrer la laïcité à la française au profit d'une "laïcité positive" en témoigne amplement.

Mais que se cache-t-il donc derrière ce concept flou de "laïcité positive"? Implicitement, il s'agit de condamner le modus vivendi historique entre l'Etat et les religions, ensuite de démolir celui-ci en intégrant les "religions" et les "religieux" dans le Préambule, lequel énonce les grands principes organisant la communauté politique républicaine France... Et ce probablement par le biais de la commission Veil....

CONSTITUTION DE LA Ve REPUBLIQUE

article Ier: "La France est une République indivisible, laïque,

démocratique et sociale."

Constitution_1958Constitution de la Ve République,

article 1er

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POURQUOI UNE "LAICITE POSITIVE"?

Pourquoi donc Nicolas Sarkozy a-t-il, lors de la visite du pape à Paris, à nouveau évoqué la notion, floue, de laïcité positive.

Religion et laïcité
Vidéo envoyée par KTOTV

Nicolas Sarkozy en appelant à "une laïcité positive" devant le pape, le 12 septembre 2008. On notera qu'il reprend à son compte le créationnisme avec cette idée que la religion s'intéresse à la nature et à sa préservation...

Il ne s'agit absolument pas d'un débat rhétorique ou d'une vaine polémique.

En effet, l'expression, certes, contient en elle-même l'idée que la laïcité telle qu'elle existe aujourd'hui est négative. Mais cela signifie surtout qu'il faudra la modifier.

L__glise_de_Charenton_le_Pont

La façade de l'église de Charenton-le-Pont, non loin de Paris, arbore la devise républicaine... Le maire l'avait à l'époque imposée à un curé trop zélé!

Et, d'après Anne-Marie Le Pourhiet, dans une tribune dans le Figaro du 25 mai 2008, c'est ce qui sera fait grâce à la modification du préambule de la Constitution. Selon elle, en effet, le comité pour la révision du préambule de la Constitution, présidé par Simone Veil, y introduira les concepts de:

  • "diversité religieuse" et de

  • "dignité des croyants".

Plusieurs questions se posent alors à nous.

QUE SONT UNE CONSTITUTION ET SON PREAMBULE?

Constitution_1958Une Constitution, c'est le texte qui définit les rapports entre le peuple et l'Etat, ainsi que le fonctionnement de celui-ci. C'est elle qui définit les grands principes politiques choisis par le peuple qui a voté cette même Constitution. Le préambule intervient ici puiqu'il contient précisément ces grands principes.

En l'occurence, le préambule de la Constitution de la Ve République contient la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789 (droits politiques), le préambule de la Constitution de 1946 (droits sociaux) ainsi que la Charte de l'environnement de 2004.

LA LAICITE ET LE RESPECT DES CROYANCES SONT DEJA DANS LA CONSTITUTION ET DANS SON PREAMBULE

Jusqu'ici, l'article 1er de la Constitution est très claire: "La France est une République indivisible, laïque,DDH démocratique et sociale".

Vis-à-vis des croyants, il est stipulé que la République "assure l'égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d'origine, de race ou de religion". Vis-à-vis des religions et au-delà des spiritualités, "elle respecte toutes les croyances".

On rappellera au passage que selon l'article 5, "le Président veille au respect de la Constitution".

La Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789 est elle-même très claire sur ce sujet, en son article 10: "Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l'ordre public établi par la Loi".

La loi de 1905 sur la séparation des Eglises et de l'Etat est pareillement équilibrée, assurant à l'article 1er "la liberté de conscience" mais distinguant la chose politique de la chose religieuse.

A évoquer une hypothétique "laïcité négative", Nicolas Sarkozy commet donc à nouveau ce que Ségolène Royal avait dénoncé comme une vision "révisonniste" de l'histoire de la laïcité...

LA LAICITE POSITIVE ET SES DANGERS

C'est cet équilibre, entre respect des religions et des croyants et neutralité de l'Etat et de la sphère publique, qui risque, selon Anne-Marie Le Pourhiet, d'être remis en question par le Comité Veil.

En effet, "introduire [...] , écrit-elle, la diversité dans le préambule revient à saper le principe d'égalité de tous devant la loi et à consacrer des assignations à identité sexuelle, ethnique, linguistique ou religieuse que le Conseil constitutionnel a toujours refusées au nom de l'universalisme révolutionnaire".

Abolition_des_privil_ges_dans_la_nuit_du_4_ao_t_1789S'agissant de la religion, le fait de distinguer les croyants "dignes" du reste de la population supposerait queUnit__de_la_R_publique l'unité du peuple, l'indivisibilité de la République et l'égalité de tous, en tant que citoyens et êtres humains n'ont plus cours. C'est donc toute la pensée libérale (au sens politique), humaniste et égalitaire (en droit) consacrée aujourd'hui dans la Constitution qui serait abandonnée.

Cette mention signifierait aussi un retour juridique sur la nuit du 4 août 1789, qui avait aboli les privilèges, puisqu'elle distinguerait de la population des individus ayant un traitement particulier... D'ailleurs les propos de l'ancien maire de Neuilly-sur-Seine affirmant que "ce serait une folie que de se passer des religions" impliquent évidemment qu'athées et agnostiques sont au mieux fous au pire futurs citoyens de seconde zone...

Paris__Palais_de_Justice__8_septembre_2006En outre, on peut s'interroger sur les conséquences de la constitutionnalisation de la "dignité des croyants". En effet, des "croyants" n'ont-ils pas récemment demandé à organiser un événement sportif, interdit aux hommes, au nom précisément de leurs croyances? N'est-ce pas au fond au nom d'une "croyance" qu'un homme a demandé et obtenu d'un tribunal de Lille l'annulation de son mariage pour cause de non-virginité de sa femme? N'est-ce pas au nom de croyances que des citoyens français réclament des dérogations pour leurs fêtes religieuses, parfois au mépris de la vie collective - et ce quelle que soit leur confession?

Toutes ces "affaires" ont soulevé des débats interminables, ont choqué nombre de personnes. Qu'en sera-t-il une fois le préambule modifié? Tous ces croyants n'auront-ils pas légitimement et juridiquement le droit de se réclamer d'une Constitution qui mentionne leur "dignité"?

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Bref, les débats réthoriques et autres péroraisons sans fin sur la "laïcité positive" sont certes importants. Mais ils cachent peut-être, si le comité Veil travaille bien dans le sens annoncé par Anne-Marie Le Pourhiet, un changement radical dans l'histoire de la République française.

Si les défenseurs de cette "laïcité positive" estiment au nom de la reconnaissance des cultures, de la diversité et autres que reconnaître les religions permettra de pacifier la société, on peut penser aussi tout l'inverse.

La confusion entre religion et politique empoisonne pourtant nombre de pays, occidentaux ou pas, comme elle joue un rôle des plus néfastes sur les relations internationales.

En tout cas, l'on aimerait que les travaux du comité Veil soient plus médiatisés, et qu'en cas de modification radicale de la laïcité, les citoyens soient appelés à se prononcer.

L'ingérence du pape dans les affaires politiques françaises, bénie par le président lui-même, les déclarations de ce dernier sur la laïcité ne sont que des moyens de préparer les esprits à ce chamboulement dont les conséquences seront inouës et qui marquera une rupture dans l'histoire de la République.

La confusion entre politique et religion, antirépublicaine et typique du monde anglo-saxon, avec tous les risques qu'elle comporte d'encouragement des fanatismes pseudo-religieux est donc en marche, dans la République  française.

Car les extrémistes de toutes confessions pourront donc désormais faire valoir juridiquement leurs exigences en termes de non-mixité des lieux publics - piscines, gymnases - ou de séparation des populations - reconnaissance des pratiques alimentaires, obtention de jours de congés pour toutes les "fêtes" qu'ils voudront, port du voile - ou encore de remises en cause multiples de la laïcité - reconnaissance du droit religieux par les tribunaux de la République, annulations de mariage pour non-virginité etc.

La loi de 1905 ne sera pas toilettée, mais annulée dans ses fondements philosophiques mêmes.

Tel est le sens du concept de "laïcité positive" et l'application qui en découlera.

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Vous pouvez lire et signer en ligne:

-l'Appel "Pour une vigilance républicaine":

Logo_Marianne

http://www.mesopinions.com/Pour-une-vigilance-republicaine-petition-petitions-c27aaf12a9782a846667a8ca95fd33ae.html

-Appel laïque: "Sauvegardons la laïcité de notre République":

La_cit__j__cris_ton_nom

http://www.appel-laique.org/index.php?option=com_joomlapetition&func=viewcategory&catid=1

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