Leçons républicaines à l'attention de M. Sarkozy

"La République pour ceux qui l'ont oubliée et pour M. Sarkozy". Ou comment la nouvelle droite met en DANGER notre héritage COMMUN: la République. [Ce blog n'engage que mes SEULES opinions personnelles, au titre de la liberté d'expression.]

25 avril 2008

LA FRANCE DE SARKOZY, FILLE AINEE DES ETATS-UNIS NEOCONSERVATEURS DE BUSH EN AFGHANISTAN ET A L'OTAN

Envoi de troupes dans le bourbier afghan, réintégration pleine et entière dans le commandement de l'OTAN: la mise à mort de l'indépendance nationale et de la voix de la France dans le monde vient d'être décrétée par Nicolas Sarkozy. Contrairement à ses positions de campagne mais conformément aux premiers gestes de sa présidence, l'ancien maire de Neuilly-sur-Seine se rapproche des Etats-Unis de l'administration Bush et, surtout, valide, au nom de la France, ses thèses ineptes et nocives sur la lutte pour une pseudo expansion par les armes de la "démocratie". L'expérience multiséculaire de la France dans le monde, notamment arabo-musulman, sa vision, affirmée par le général de Gaulle, après la disparition de l'Empire français, d'un monde multipolaire pour éviter la politique du bloc contre bloc, prévalant pendant la Guerre froide, la lucidité du quai d'Orsay et de la présidence Chirac s'agissant du nouveau rôle que pouvait jouer la France après la chute du mur de Berlin, face à l'émergence de nouvelles puissances et face au risque d'un "choc des civilisations", le primat accordé à la diplomatie, au renseignement et à une vision politique des conflits mondiaux, non idéologique et non exclusivement militaire: tout cet héritage précieux est aujourd'hui jeté au caniveau par le président Sarkozy.

RICHARD NIXON

"[...] Nous souhaitons une Europe économique forte

avec une France politiquement indépendante. [...]

Tout cela est dans l'intérêt de la stabilité mondiale.

Après la Deuxième Guerre mondiale, nous étions seuls

à détenir la puissance. Cela a changé. Aujourd'hui,

d'autres pays ont remonté la pente et nous nous en félicitons."

Georges_Pompidou_de_Eric_RousselRichard Nixon,

"Confidentiel",

Entretien entre le président de la République et le président des Etats-Unis,

à la Maison-Blanche, le mercredi 24 février 1970, de 10h35 à 12h15,

in Georges Pompidou de Eric Roussel.

LA POLITIQUE D'INDEPENDANCE NATIONALE ENTERREE A LONDRES, DEVANT LE PARLEMENT BRITANNIQUE

Londres_sur_le_drapeau_du_Royaume_UniC'est depuis Londres, le 18 juin 1940, que le général de Gaulle appelait, sur les ondes de la BBC, les Français à la résistance aux Allemands, à la poursuite la guerre et au refus de l'armistice.

Le 26 mars 2008, c'est depuis cette même ville, devant le Parlement britannique, en territoire étranger, que Nicolas Sarkozy, tout fanfaronnant, a confirmé officiellement l'envoi de soldats français supplémentaires au front en Afghanistan, pour soi-disant lutter contre les Talibans et Al Qaeda. C'est devant un Parlement britannique tout entier rassemblé, à savoir composé de députés élus mais aussi de Lords nommés pour certains à titre héréditaire, que le président de la République a choisi d'annoncer l'enterrement de 40 ans de politique étrangère française autonome et libre.


Vidéo envoyée par Rive-gauche

Nicolas Sarkozy, président de la République et chef des armées, annonçait, le 26 mars 2008, devant le Parlement britannique l'accroissement du nombre de soldats français en Afghanistan, oubliant au préalable d'en informer la représentation nationale... française.

Ce faisant, c'est dans le plus complet mépris du Parlement français, et, ipso facto, du peuple français, que Nicolas Sarkozy a liquidé tout l'héritage diplomatique et géopolitique national, amorçant la mise en pratique d'une rupture philosophique consternante avec la position traditionnelle de la France dans le monde. L'Allemagne, censée être devenue notre "allié héréditaire", a, quant à elle, été balayée d'un revers de bouche de Nicolas Sarkozy, qui lui préfére clairement le Royaume-Uni - avec lequel la France aurait, d'après lui, "la même vision de l'avenir"...

Au passage, le président de la République revenait sur une de ses affirmations de campagne - une de plus - , à savoir le "retrait" des troupes françaises d'Afghanistan, pour lequel il s'était prononcé le 26 avril 2007, à quelques jours de l'échéance fatidique du second tour des élections présidentielles.


Vidéo envoyée par Raoul3B

Nicolas Sarkozy a-t-il sciemment menti, à l'approche du second tour des élections présidentielles du 6 mai 2007, sur un sujet aussi sensible que l'engagement des toupes françaises en Afghanistan? S'agissait-il du souci bien compris de ne pas s'aliéner le vote de Français de droite attachés à l'héritage gaullien comme à l'indépendance nationale?

Devant le tollé suscité par l'annonce à l'étranger de la nouvelle politique militaire française, l'opposition a finalement obtenu un débat à l'Assemblée nationale, à l'occasion du dépôt d'une motion de censure à l'encontre du gouvernement, rejetée le 8 avril 2008 par la majorité présidentielle. Le débat a permis de dévoiler clairement la rupture de la droite sarkozienne, assumée par le Premier ministre, François Fillon, avec le gaullisme, dont l'héritage est désormais défendu par la gauche, le parti socialiste notamment et le député Nicolas Dupont-Aignan, membre malheureux de l'UMP.


Vidéo envoyée par Ptite_Mule

Le 8 avril 2008, le Premier ministre de Nicolas Sarkozy a reproché à la gauche de se revendiquer de l'héritage gaullien et a décrété que la France s'inscrirait désormais pleinement dans "la guerre contre le terrorisme"...

LE MYTHE DE LA "RECONCILIATION" FRANCO-ETATS-UNIENNE ET LE DECLIN CONTINU DE L'EUROPE COMME DE LA FRANCE

Soldats_fran_ais_en_AfghanistanQu'on ne s'y trompe pas: la France est déjà présente en Afghanistan, en tant qu'alliée des Britanniques et des Etats-Uniens notamment, en tant que membre de l'OTAN bien entendu.

Mais désormais, les missions comme le positionnement de ses troupes changent de nature, contrairement à ce qu'affirment en choeur les affidés du président et ses conseillers diplomatiques. Il ne s'agit absolument pas d'une bénigne réconciliation, qui n'avait pas lieu d'être, mais d'une trahison brutale des principes défendus depuis des années par le Quai-d'Orsay. De la formation de l'armée afghane, du renseignement, de la sécurisation de zones à risques, de l'appui logistique à nos alliés, de l'aide à la reconstruction, de l'action humanitaire, nous passons à des opérations de guerre au front, nous rallions le mythe bushiste de la fameuse "guerre globale contre le terrorisme".

C'est là que se situe la rupture la plus désastreuse engagée par le chef des armées. Rupture que confirme l'annonce Logo_OTANquasi concomitante du retour complet de la France dans le commandement militaire intégré de l'OTAN, le 3 avril 2008, lors du sommet de Bucarest.

De_Gaulle_et_NixonAinsi se trouve parachevé le processus visant à annuler la décision prise par le général de Gaulle en 1966, méprisée aujourd'hui par les sarkozystes, de retirer la France de ce commandement militaire intégré, afin d'assurer son indépendance, prise en étau avec l'Europe, entre les Etats-Unis d'Amérique et l'Union soviétique. La possession de l'arme nucléaire était alors un argument de poids dans la vision gaullienne.

Boycott_de_la_France_oppos_e___la_guerre_en_IrakLa droite sarkozyste puis le nouveau pouvoir ont largement contribué à diffuser le Fran_ois_Fillon_chantre_de_la_guerre_contre_le_terrorismemensonge selon lequel l'indépendance de la "voix de la France" et les éventuels désaccords pouvant surgir avec nos alliés - le dernier en date étant l'opposition à la calamiteuse guerre en Irak - équivalaient à une rupture de nos alliances, caricaturée comme étant la manifestation d'un "antiaméricanisme primaire". Soupçon largement répandu aux Etats-Unis d'Amérique depuis des décennies et admis comme un état de fait par l'administration Bush pour conspuer la présidence de Jacques Chirac et, au-delà, la France entière. Menterie reprise textuellement par François Fillon dans son discours du 8 avril 2008 contre la gauche!

Le mythe de l'épopée sarkozienne voudrait nous faire croire que la France, depuis son opposition à la guerre en Nicolas_Sarkozy_et_George_WIrak en 2003, brouillée avec les Etats-Unis d'Amérique, affaiblie par ce désaccord, aurait eu besoin d'un "sauveur" prêt à renouer le fil soi-disant rompu de cette alliance et de cette "amitié". Or, les Etats-Unis et la France, après le déclenchement de la guerre en Irak avaient déjà repris leur collaboration, notamment militaire, notamment en Afghanistan, sous la présidence de Jacques Chirac lui-même, sans que la France eût à revenir sur sa décision de 2003.

Historiquement parlant, les argumentaires sarkozystes voudraient nous faire croire que la France était en guerre latente avec les Etats-Unis depuis 1966 et la mise en place par   De Gaulle d'une politique étrangère autonome, en pleine Guerre froide.

Georges_Pompidou_et_Richard_NixonVision démentie par les faits et dont le président Nixon avait lui-même bien conscience, lorsqu'il discutait avec Georges Pompidou, successeur de De Gaulle, fermement attaché à maintenir le legs de son prédécesseur. Au-delà de tous les mensonges propagés ici ou là, au-delà des désaccords ponctuels, la France était demeurée, dans tous les moments difficiles, un allié de poids des Etats-Unis d'Amérique, sans jamais s'en faire la vassale.

Drapeau_des_Etats_Unis_d_Am_riqueAlors que l'URSS n'existe plus, alors que l'Europe - la France et l'Allemagne - aurait pu, dès 1989, jouer uneDrapeau_URSS carte offensive face aux Etats-Unis dans leur tentative de demeurer les leaders exclusifs de "l'Occident", alors que l'émergence de nouvelles puissances mondiales - Chine, Inde etc. - justifierait une refonte et un renforcement du droit international et de l'ONU, alors que le terrorisme international a été incompris par la dernière administration états-unienne, la France, au lieu de jouer sa carte, rallie avec empressement l'OTAN tout en faisant mine d'encourager une hypothétique défense européenne, que son ancrage outre-atlantique, par Royaume-Uni interposé, condamne par avance à l'alignement.

Le tout sans parler de la colère des peuples occidentaux à l'égard des dirigeants qui les ont conduits en 2003 dans la guerre contre l'"Axe du Mal" de George W. Bush.

Manifestations__tats_uniens_contre_la_guerre_en_Irak

Manifestations de citoyens états-uniens pour le retrait des troupes d'Irak.

La question civilisationnelle sous-jacente, est bien celle-ci: les Etats-Unis représentent-ils à eux seuls l'Occident? L'Europe et la France doivent-elles être diluées dans une pseudo-alliance euro-états-unienne, qualifiée d'"occidentaliste"...

Otan_ou_Europe

La_libert__guidant_le_peuple_de_Eug_ne_DelacroixLe renoncement de la République française à son héritage occidental et à sa capacité à représenter un Occident ouvert aux autres civilisations, fondés non pas seulement sur la force militaire, la "diplomatie des marchands" ou encore le messianisme militaro-démocratique, mais aussi sur le logos: un tel renoncement est-il une fatalité? Voilà, à long terme, une question que les historiens trancheront... Si elle a encore quelque pertinence.

La décision de Nicolas Sarkozy et de ses conseillers, obnubilés par la puissance actuelle des Etats-Unis d'Amérique, étrangers au sens patriotique le plus élémentaire, plus mondialistes qu'européens, paraît aller à rebours du sens de l'histoire. Une fois encore, le court terme l'emporte sur une réflexion profonde qui éclairerait des pistes d'avenir.

L'OTAN, TREMPLIN DES NOUVEAUX CANICHES DE WASHINGTON ET D'UN OCCIDENTALISME VOUE A L'ECHEC

Aujourd'hui, le raisonnement apparemment "de bon sens" de Nicolas Sarkozy pose que la mission première de l'OTAN, à savoir faire contre-poids à l'expansion du communisme en Europe voire dans le monde, ayant pris fin, il serait "logique" que la France réintégrât pleinement le commandement militaire de l'OTAN. On pourrait penser exactement l'inverse.

Attentats_du_11_septembre_2001Car l'OTAN n'a plus de carnet de bord clairement établi. Dominée par les intérêts, l'influence géopolitique etLes_soldats_de_Bush philosophique états-unienne, elle s'est assigné très tôt une mission messianique souvent ressentie comme un miasme du colonialisme ou de l'impérialisme occidental. A savoir "lutter pour la démocratie" dans le monde quitte à se transformer en une hypothétique "gendarmerie mondiale" et, depuis le 11 septembre 2001, en un fer de lance de la "guerre globale contre le terrorisme".

Renouant nolens volens avec un discours pontifiant, d'une arrogance et d'une inncocence effroyables, hérité de la Guerre froide mais dans lequel le monde arabo-musulman, l'Islam ou l'islam, le terrorisme - selon qui parle - auraient remplacé l'URSS, les Etats-Unis de George W. Bush ont calibré leur interventionnisme selon une vision binaire du monde, bloc contre bloc, entre "monde libre", "démocratie" et "axe du Mal".

L_Am_rique_messianique_de_Alain_Frachon_et_de_Daniel_VernetComme l'expliquent Alain Frachon et Daniel Vernet dans L'Amérique messianique, Les Ronal_Reaganguerres des néo-conservateurs, ces derniers "ont eu leur heure de gloire sous les deux mandats de Ronald Reagan [donnant] le ton d'une politique musclée vis-à-vis de l'URSS". Mais ces mêmes néo-conservateurs "trouvent une deuxième jeunesse avec George W. Bush, après les attentats du 11 septembre 2001". Occasion de redécouvrir "le pouvoir des idées au moment où l'Europe annonce la mort des idéologies" et d'affirmer que "l'Amérique a une mission à accomplir, qu'elle est porteuse de valeurs universelles adaptées aux aspirations et aux besoins des peuples", de porter la conviction "que la promotion de la démocratie, fût-ce à la pointe des baïonnettes, est dans l'intérêt des Etats-Unis et de leur sécurité".

Discours_de_Fran_ois_Fillon_devant_l_Assembl_e_nationaleLe discours du Premier ministre de Nicolas Sarkozy a d'ailleurs clairement entériné cette vision d'une  "Amérique dominant et modelant le monde entier selon ses propres idéaux", en justifiant par le concept douteux de "guerre contre le terrorisme" l'envoi de soldats français supplémentaires en Afghanistan,.

Il a déroulé la théorie de l'existence de blocs en guerre les uns contre les autres, matrice du fameux "choc des civilisations", que la France voulait jusqu'ici éviter à tout prix. Le 8 avril 2008, François Fillon, connu pour ses discours caricaturaux sur la gauche et ses dérapages verbaux à répétition, a donc cru bon d'asséner dans l'enceinte même de l'Assemblée nationale:

"Mesdames et Messieurs les députés,

Nous sommes en Afghanistan parce que 11 septembre 2001

n'était pas seulement un signal sanguinaire adressé aux Etats-Unis.

C'est aussi un affront lancé à toute la communauté internationale.

Ce qui est arrivé à New-York aurait pu, et pourrait toujours, arriver à Paris (sic).

Il faut se souvenir de ce qu'est le terrorisme de masse, et il ne faut pas se leurrer

sur les objectifs meurtriers et méthodiques de ses auteurs.

Al-Qaïda hait et rejette tout ce qui n'obéit pas à ses desseins.

[...]

Cette motion de censure [contre la nouvelle politique étrangère de Nicolas Sarkozy]

est donc d'abord tournée vers ceux qui décidèrent avec courage et lucidité

d'engager la France dans un processus, certes difficile mais juste.

[...]

Al-Qaïda et les talibans n'ont que faire de ces formules [celles de la gauche affirmant qu'il ne

fallait pas "ajouter la guerre à la guerre"], qui, au demeurant, ont toujours

servi à la victoire des dictatures et à la défaite des démocraties."

Tout y est:

  • les attentats du 11 septembre 2001 ne doivent pas être compris dans leur complexité, au confluent des rapports entre les Etats-Unis, l'Arabie Saoudite et le Moyen-Orient et d'un anti-américanisme haineux qui prend pour part sa source dans la politique menée par les Etats-Unis au Moyen-Orient ou encore dans le Golfe Persique

  • il faut comprendre le 11-Septembre non pas comme une tragédie nationale subie par les Etats-Unis, dont nous avons été et sommes solidaires, mais comme un évènement à l'échelle ipso facto "universelle", frappant selon Fillon la "communauté internationale" soit, en vérité, le "bloc occidental" et ses alliés, de fait opposé à un "autre bloc compact hostile"

  • les attentats multiples ayant frappé la France au cours des 30 dernières années n'avaient pourtant pas appelé une guerre parce qu'ils étaient compris comme une atteinte à l'intégrité nationale à laquelle l'OTAN devait demeurer étrangère, mais contre laquelle tous les moyens de "police" - renseignements, actions des services secrets - nationaux et alliés, tous les efforts diplomatiques - officiels ou officicieux - étaient mis en oeuvre

  • l'"exceptionnalisme américain", théorisé par les néoconservateurs, par contre, justifie qu'une attaque contre la nation états-unienne prenne la dimension d'une "guerre mondiale" (sic)

  • la France donc serait prise, bien qu'elle n'ait pas, pour l'instant, été frappée par Al Qaeda, dans un "processus" dont on ne connaît ni les buts militaires ni les limites - l'Afghanistan, le Pakistan? Tout refus d'intégrer ce mystérieux "processus", tout rejet de l'alignement sur l'interprétation en termes de guerre du terrorisme, constituent un manque de "courage" et de "lucidité" (sic).

  • la guerre en Afghanistan, toujours dans la bouche de François Fillon, doit être entendue comme une guerre des "démocraties" contre les "dictatures", à l'échelle planétaire, logique hasardeuse qui suppose que la France fasse la guerre à la moitié des pays de la Terre...

  • Pour comprendre l'inanité de la notion de "guerre globlale contre le terrorisme", appliquée à l'Afghanistan, par l'exécutif français lui-même, il faut prendre le temps d'écouter divers spécialistes, chacun dans leur domaine respectif, évoquer une situation éminemment complexe. Irréductible aux fumeuses théories de la "lutte pour l'expansion de la démocratie" ou de la "lutte du Bien contre le Mal".


    Vidéo envoyée par Homer-Dalort

    Le 3 avril 2008, l'émission Ce soir ou jamais diffusée sur France 3, était consacrée à la situation afghane. L'inanité de l'application à celle-ci du concept de "guerre pour la civilisation" ou de "guerre globale contre le terrorisme" y était clairement mise en évidence...

    L'Europe entière, qui n'en finit pas de se lamenter masochiquement sur son passé colonial, connaît pourtant bien les rengaines et les dangers drainés par tout messianisme civilisationnel expansionniste. Pas M. Sarkozy.

    Voilà quelle vision du monde et option géostratégique majeure la France, en réintégrant le commandement de Logo_ONUl'OTAN, valide, renonçant à toute option différente. Le problème n'est pas tant quantitatif, logique ou de "bon sens", il ne s'agit pas de savoir si les Etats-Unis sont oui ou non nos alliés. Il s'agit avant tout de savoir si la France a encore une vision du monde, des rapports Nord-Sud, du dialogue entre les différents pôles émergents, une proposition de civilisation conforme à des principes et à des "valeurs" propres et différenciés mais aussi au droit international, une réponse intelligente face au défi du terrorisme mondialisé.

    La vision manichéenne et messianique du monde et de l'"Occident" a pourtant déjà échoué en Irak, comme elle est en train d'échouer en Afghnanistan. Les pays qui s'y sont ralliés, le Royaume-Uni et l'Espagne, ont en outre été frappés par des attentats sanglants, que leurs auteurs ont justifié par la guerre en Irak.

    Sont-ce là la place et l'avenir de la France? Pour Nicolas Sarkozy et ses ouailles: clairement " oui "...

    _________

    En d'autres temps, le pilotage par le président de la République - qui est le "chef des armées" (art. 15 de la Constitution) - de la politique militaire française depuis un pays étranger, en l'occurence l'annonce de l'envoi de soldats français au front afghan depuis Londres, aurait été vécu comme un scandale national. C'est avec effarement que les députés et sénateurs français ont vu Nicolas Sarkozy donner la primeur de sa nouvelle politique étrangère aux parlementaires britanniques puis lors du sommet de Bucarest.

    De plus, le président a justifié le retour de la France au sein du commandement intégré de l'OTAN par la construction d'une improbable défense européenne. Comme l'a souligné le Premier secrétaire du parti socialiste le 8 avril 2008, à l'Assemblée nationale, en vérité, "nous allons donner un autre cours à la construction européenne qui ne sera qu'un pilier du monde occidental au lieu de constituer une capacité autonome de décision".

    Les contraintes qu'imposera inévitablement à la France sa réintégration dans le commandement militaire de l'OTAN - largement dominé par les Etats-Unis - change de fait la nature du projet d'une défense européenne. Le rapprochement avec les Britanniques et leur politique, jusqu'ici calquée sur celle des Etats-Unis d'Amérique, vide en amont de son sens ce projet toujours repoussé.

    Dans cette nouvelle défense européenne "occidentaliste", c'est-à-dire identique à celle des Etats-Unis d'Amérique, la France aura perdu tout le poids de la parole qu'elle conservait encore.

    Parole et action qui, dans les régions les plus compliquées du monde, où sévissent des conflits cruciaux pour la paix du monde, avaient jusqu'ici prouvé, à long terme, leur pertinence - que l'on pense seulement à la nécessité de la cohabitation d'un Etat palestinien à côté de l'Etat d'Israël, dont la reconnaissance et la sécurité restaient les préalables, aujourd'hui reconnue par toutes les parties, affirmée par la France depuis des décennies et conspuée en son temps; que l'on songe aux conditions du déclenchement de la guerre en Irak en 2003 et à la façon dont elle a été conduite, jugées imprudentes par la France et l'Allemagne, et dont aujourd'hui tout le monde s'accorde à dire qu'elles ont conduit à un fiasco durable.

    Insidieusement, nous assistons à un alignement idéologique catastrophique, à une identité de vue inédite entre la France, les Etats-Unis et leur allié européen britannique - comme si l'exécutif français n'avait plus de projet en matière étrangère -, alignement dont les effets se manifesteront très vite en Afghanistan. Et ce par la volonté présidentielle, celle de Nicolas Sarkozy et de son aéropage de conseillers atlantistes.

    La confusion conceptuelle qui préside à la conduite de la politique militaro-diplomatique états-unienne imprégnera désormais la politique française suiviste. Les risques de brouillage entre l'ethnique, le religieux, le communautaire ne trouveront plus de contradicteur. En tout cas pas en France, où la politique de défense, de promotion et de renforcement des Etats reconnus par la commaunauté internationale, le souci du respect du droit international censé réguler à terme leurs relations, l'aide apportée dans de nombreux pays aux forces politiques laïques et de progrès, sont des positions mortes et enterrées.

    La guerre civile ethno-religieuse qui sévit aujurd'hui en Irak, résulte pour part de l'application des stratégies états-uniennes à la gestion de ce pays après le renversement de Saddam Hussein. La dissolution de l'armée irakienne, le conflit sanguinaire entre chiites et sunnites, ne sont que des exemples parmi d'autres de l'ineptie des vues comme de la philosophie politique de l'administration Bush. Les gens votent, certes, mais ils s'entretuent avant tout. Les envolées lyrico-messianiques sur la démocratisation du Moyen-Orient ne résistent pas à la réalité politique complexe de la région. La démocratie sans Etat est un leurre.

    En outre, le ralliement de la France, et plus largement de l'Europe, aux visions et visées stratégiques de Washington donnera de l'Occident l'image d'un seul bloc unifié, "en guerre globale pour la civilisation", laquelle, malheureusement, fait comme écho à la propagande islamiste qui instille l'idée qu'un camp de Croisés combattrait l'islam. La France, alignée, prend le risque gravissime de se laisser entraîner dans des conflits sans fin qui s'apparenteront bel et bien, nonobstant les dénégations de M. Sarkozy ou de M. Fillon, au fameux "clash des civilisations".

    Enfin, le leadership de l'Occident est donc abandonné aux seuls Etats-Unis d'Amérique, ce que redoutaient en leur temps tant les présidents états-uniens que français: c'est le contenu évident, vu le rapport de force, de l'occidentalisme.

    A long terme cette situation de domination unilatérale à l'Ouest provoquera l'aggravation du déclin de la France et de l'Europe, la dissolution de leurs concepts en politique étrangère ou en matière de diplomatie dans une OTAN semblant reléguer l'ONU à l'état d'une impuissante Société de protection des peuples. Face aux velléités russes ou chinoises, rien de moins inquiétant. L'extension des thèses néoconservatrices en matière étrangère - ce qui n'a rien à voir avec ces mêmes thèses dans le domaine de l'organisation interne de l'Etat, de la société et de la vie politique - ne présage rien de bon.

    Quant à la France, elle risque gros pour son image, son "âme", ses soldats comme pour la sécurité de son territoire et de ses ressortissants. La fascination sarkozienne pour la puissance aura pour résultat l'enterrement de ce qui restait de puissance à la France...

    Posté par Citoyen r j à 10:28 - LA FRANCE DANS LE MONDE - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

    Commentaires

    Salut RJ,

    Je suis d'accord avec toi.

    Nous sommes des vassaux.

    Cordialement

    Eric

    Posté par eric bloggeur, 25 avril 2008 à 18:01

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