L'hyper-présidence de M. Sarkozy a renforcé le déclin continu du Parlement... L'abstention record du 1er tour des élections législatives du 10 juin 2007 est le symptôme du retour en force du mythe antidémocratique de l'"homme providentiel"...

SIMONE DE BEAUVOIR

"Cette horreur qu’ont les gens du parlement...

Le fond de l’affaire, c’est qu’ils ne veulent pas être gouvernés par des égaux :

ils en pensent trop de mal, parce qu’ils pensent trop de mal d’eux-mêmes et de leurs proches voisins. [...]

Les gens demandent donc le non-humain, le surhumain,

le Grand Homme, qui sera honnête parce que lui, il est « au-dessus de ça »".

beauvoirSimone de Beauvoir,

La Force des choses

 

 

 

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Dès son élection à la présidence de la République, l'ancien maire de Neuilly-sur-Seine a fait le choix de se présenter aux Français comme un "président qui gouverne" -au mépris de l'article 20 de la Constitution qui pose que "le Gouvernement détermine et conduit la politique de la Nation" et sans la contrepartie de la responsabilité du Président.

Depuis longtemps la "politique-spectacle" a personnalisé la vie politique française. Mais le degré de sur-médiatisation atteint lors de cette dernière élection présidentielle a largement contribué à diffuser de M. Sarkozy l'image de l'"homme fort", puis du "président fort".

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Plus grave que cette image, ses premiers actes ont témoigné d'une volonté de réduire les pouvoirs des ministres et de leurs administrations:

.le projet d'installation à l'Elysée d'un "Conseil de Sécurité nationale" selon le modèle états-unien, mettra sous la coupe présidentielle les ministères de l'Intérieur, voire des Affaires Etrangères et de la Défense

.le redécoupage des ministères et la création du fameux "ministère de l'immigration et de l'identité nationale" priveront plusieurs autres ministères de leurs prérogatives -le Quai d'Orsay perdra ainsi la politique de délivraison des visas etc.

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Son "ouverture" à des personnalités de gauche, tel que le nouveau ministre des Affaires Etrangères, a en outre donné l'impression que le nouveau Président dominait désormais l'ensemble de la vie politique française et qu'il avait rallié à sa personne gauche et droite confondus. La crise des partis -dont l'article 4 de la Constitution dit qu'ils "concourent à l'expression du suffrage"- ne peut s'en trouver qu'aggravée, la confusion étant installée dans l'esprit public.

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D'où certainement cette abstention record de 40% au 1er tour des législatives du 10 juin 2007, véritable défaite pour notre vie parlementaire, notre démocratie représentative et la démocratie en général.

France_Paris_Assemblee_Nationale_2

L'Assemblée, lointaine héritière de l'agora grecque et du forum romain...

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Tout cela ne peut déjà en soi qu'aggraver les faiblesses de l'Assemblée nationale, où siègent les élus du peuple. Qu'accentuer les pratiques de la Vième République où dominait déjà largement le gouvernement dans l'écriture des lois, au détriment des députés, où un projet de loi peut être passé en force sans discussion grâce à l'article 49.3 -comme cela s'est produit pour le CPE.

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Cependant, un pas est franchi dès lors que c'est le président lui-même qui prend le pas sur son propre gouvernement, après avoir muselé "sa" majorité UMP. Laquelle majorité sera certainement écrasante à l'Assemblée Nationale, et docile à son "hyper-président".

sarkozy

Vers l'hyper-présidence?

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Or :

.il n'y a pas de politique sans discussion et confrontation d'opinions contradictoires

.la publicité de débats est un des piliers de la démocratie représentative

.tout projet de loi doit être discuté, critiqué et amendé avant d'être voté

.le peuple doit être informé des différents points de vue coexistant au sein de l'Assemblée

.la figure médiatique et populiste d'un "président proche des gens" ne saurait effacer le rôle de l'Assemblée des élus du peuple

.un vrai régime présidentiel implique une vraie responsabilité constitutionnelle du Président

.enfin, le Président ne doit pas s'enfermer dans son rôle de chef politique, il doit devenir le Président de tous les Français et même garantir la pluralité des opinions.

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Le risque, bien vu par Simone de Beauvoir, est que les citoyens cèdent au rappel de l'"homme fort" et renoncent au peu de pouvoir qui leur reste -le vote notamment. Dans ce cas, lorsque l'"homme providentiel" n'est pas contesté, les mesures passent dans le dos du peuple, alors que s'il se trompe, seule la rue demeure comme moyen d'expression, avec les risques de répression ou de délégitimation qui peuvent en découler -la droite arguant constamment du fait que "ce n'est pas la rue qui gouverne...".

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Le fameux sursaut démocratique invoqué lors de l'élection présidentielle risque donc de déboucher, nous l'avions déjà pressenti avant les législatives, sur une nouvelle désaffection de la participation démocratique, laquelle ne pourra que servir les dirigeants néo libéraux en place.