Journal d'un ségoléniste ! Et autres petites histoires !

21 avril 2016

RAMA YADE, NICOLAS SARKOZY ET LA "CAUSE DES NOIRS" : L"ARROSEUR ARROSE ? SEGOLENE ROYAL PRONE UNE FRANCE METISSEE MAIS UNIE !

NDLR : Le billet ci-dessous date de 2009. Depuis, Mme Yade s'est éloignée de M. Sarkozy et se positionne au centre, ni gauche-ni-droite. Elle est candidate déclarée à la Présidentielle de 2017 !

D'une culture libérale-libertaire-communautariste proche de celle du courant ayant dominé pendant les années Jospin le Parti socialiste, Rama Yade était spontanément sarko-compatible.

La_v_rit__d_une_femme_de_S_gol_ne_Royal

Elle s'était donc engagée en politique pour défendre les "Noirs"... Sauf que seul Nicolas Sarkozy était favorable à la discrimination raciale, à la reconnaissance de minorités raciales, jamais Ségolène Royal, ayant condamné depuis 1996 dans La vérité d'une femme, le communautarisme comme générateur de "conflits de proximité", lui préférant une lutte impitoyable contre toutes les discriminations négatives, seule garante de l'érection d'une "société fraternelle".

 

Mme Yade avait accusé, lors des municipales à Colombes, son adversaire politique socialiste de "racisme" à son égard, sans la moindre preuve. Ajourd'hui, nouvelle posture. Opportunisme, compréhension enfin des bienfaits de la lutte contre l'ethnicisation du politique? Laquelle, chez Nicolas Sarkozy fonctionne depuis toujours à double tranchant?

 

PIERRE-ANDRÉ TAGUIEFF

"En visant à légitimer l'emploi polémique du mot racisme hors des limites préconstituées par l'anthropologie raciale, on légitime par présupposition le découpage racial de l'humanité, on autorise la différenciation du genre humain en races présumées naturelles (origine) et scientifiquement distinctes (fait, fonctionnement)."

La_force_du_pr_jug__de_Pierre_Andr__TaguieffPierre-André Taguieff,

La force du préjugé,

essai sur le racisme et ses doubles

 

 

SEGOLENE ROYAL

"C'est [...] dès le mois de janvier 2007, lors d'un voyage aux Antilles, soit dès l'ouverture de la campagne présidentielle, que j'ai défendu l'idée d'une France métissée et qui se reconnaîtrait comme telle. Lors de mes multiples déplacements, j'ai répété que les jeunes de toutes origines n'étaient pas le problème, mais une grande partie de la solution. Nicolas Sarkozy, à l'inverse, a fait campagne, chacun s'en souvient, sur le thème de la peur et du rejet. A travers la proposition d'un ministère de l'Immigration et de l'Identité nationale début mars 2007 jusqu'aux émeutes de la gare du Nord scandaleusement exploitées. [...]

Le 5 févrrier, dans l'émission A vous de juger, sur TF1, il évoqua les moutons que l'on égorge dans les baignoires, ce qui suscita la réaction indignée d'une jeune femme musulmane d'origine algérienne, présente sur le plateau [...] avec un objectif électoral précis - récupérer les électeurs du Font national.

La France métissée, comme aujourd'hui l'Amérique métissée de Barack Obama, a d'abord besoin de se reconnaître comme telle. Cette réalité n'est pas regardée en face et n'est pas reconnue. Son invisibilité économique, sociale et politique est le premier obstacle à lever, pour avancer. Car il y a bien des mécasnismes de stigmatisation et de relégation dans la société française, de discrimination négative et donc, de talents gaspillés.

[...]

Imaginer la France ne va plus de soi parce qu'elle s'elle s'est beaucoup transformée, pluralisée, diversifiée et colorée sans admettre encore ce qu'elle est advenue.

[...]

Nous devons faire converger les énergies, les talents, les potentiels. Il y en a beaucoup, énormément dans cette France qui ne demande qu'à repartir de l'avant."

Si_la_gauche_veut_des_id_es_de_S_gol_ne_Royal_et_Alain_TouraineSégolène Royal,

in Ségolène Royal et Alain Touraine,

Si la gauche veut des idées

 

 

 

SEGOLENE ROYAL

"Je n'ai jamais partagé [la] vision ethniciste de la discrimination positive [de Nicolas Sarkozy] à laquelle je préfère la ferme volonté d'une égalité républicaine non formelle mais réelle dans une France fière de sa diversité. Ce désaccord n'est pas artificiel car il renvoie à deux visions opposées du monde, de la nation et de sa cohésion sociale."

Ma_plus_belle_histoire_c_est_vous_de_S_gol_ne_RoyalSégolène Royal,

Ma plus belle histoire, c'est vous

 

 

 

Étonnante, Rama Yade...

Aujourd'hui, elle déclare qu'elle ne veut pas "être une parachutée ethnique", envoyée dans le Val-d'Oise, suite aux propos d'une élue UMP expliquant qu'elle y fera "couleur locale"...

Et pourtant, le 30 janvier 2008, elle expliquait lors du dîner du CRAN (Conseil Représentatif des Associations Noires), son engagement auprès de Nicolas Sarkozy pour la seule défense de la cause des Noirs : "ne serait-ce que par intérêt, y'a Ségolène Royal y'a Nicolas Sarkozy", "Sarkozy avait 50% de chances". [...] "Qu'est-ce qu'on fait [...] c'est fini pour les noirs" ; "pourquoi moi je suis rentrée dans le gouvernement", "parce je voulais pas avoir souffert pendant toute la campagne électorale et qu'après y'ait tout le monde y'a pas moi"...


Rama Yade
envoyé par Bondy_Blog. -

C'est que Rama Yade, non seulement se rangeait derrière le mieux placé, mais aussi derrière celui qui était favorable à l'adoption du modèle communautariste des États-Unis avec statistiques ethniques et discrimination raciale positive : Nicolas Sarkozy.

Ainsi l'auteur de Noirs de France, les nouveaux Neg’marrons, récit d’un rendez-vous manqué entre la République et les Afro-antillais déclarait sur Even.fr, en mai 2007 :

Noirs_de_France

"Il serait criminel de ne rien essayer sous prétexte que la discrimination positive, ce n’est pas dans la tradition républicaine" ou encore, "en réalité, il n’y a rien de plus républicain que la discrimination positive puisqu’on l’applique déjà aux personnes handicapées dans les entreprises et aux femmes pour les élections". 

 

Le problème c'est précisément que le modèle de la politique "ethnique" aux États-Unis ou ailleurs est celui qui veut qu'à électeurs noirs il y ait élus noirs, en instaurant des quotas par la loi.

 

Elle disait s'être engagée avant tout pour les "Noirs" mais refuse d'assumer cette position face au suffrage universel...

Pire encore, à Colombes, en campagne pour les élections municipales sur la liste de l'UMP, Mme Yade avait accusé, lors d'une réunion publique, la gauche d'être raciste.

Prétextant d'une ancienne polémique à Aubervilliers, sur les sans-papiers, elle avait subitement agoni la gauche, dont elle se disait autrefois proche, au risque de la diffamation - non seulement du candidat socialiste Philippe Sarre mais aussi de l'ensemble de la gauche française. Au risque aussi, compte tenu de la politique menée par le gouvernement de droite sarkozyste dont elle est membre, du plus profond ridicule:

"Cette gauche qui dit défendre les modestes, les minorités et les immigrés, c'est cette gauche [...] qui s'en prend à moi parce que je suis noire."

Reportage sur les propos de Mme Yade accusant M. Sarre, candidat socialiste à la mairie de Colombes, d'être raciste. Ce dernier réclamait des excuses publiques, qu'il n'obtiendra évidemment jamais, et a déposé plainte depuis pour diffamation.

Rama Yade d'enfoncer le clou le même jour en ajoutant que la gauche n'aimait pas que les noirs réussissent...

Sur quoi donc Mme Yade étayait-t-elle ses accusations? Sur un différend qui l'avait opposé avec la maire communisteAffiches_de_SOS_racisme d'Aubervilliers et qui n'avait absolument rien à voir avec la "couleur de sa peau"? Sur les politiques menées par la droite depuis 5 ans en France? Sur la présidence Chirac qui a duré quant à elle 12 ans? Sur la permanence des discriminations d'origine xénophobe, voire raciste? Mais en quoi celles-ci seraient-elles imputables à la gauche?

Mme Yade feignait de parler du racisme, mais elle mentait, une fois de plus.

Cette jeune femme qui se vantait, avec une grotesque arrogance, malgré toute l'étendue de son inculture et de son incompétence au ministère des Affaires étrangères, d'être la plus diplômée de tout le gouvernement, ferait bien d'aller en bibliothèque relire l'histoire de ce que l'on a appelé l'"antiracisme".

Logo_Ligue_des_Droits_de_l_HommeLogo_LICRALogo_MRAPLogo_SOS_racisme

La ligue des droits de l'homme était créée en 1898 en pleine Affaire Dreyfus; la Ligue internationale contre le racisme et l'antisémtitisme apparaissait en 1927, pour lutter contre l'antisémitisme avant de mener, dans les années 30, le combat antifasciste; le Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples apparaissait en 1949, proche du Parti communiste, et SOS racisme, proche du Parti socialiste, était fondé en 1984 pour lutter contre les discriminations subies par les enfants des dernières vagues d'immigration, africaine principalement.

Tract_du_MRAP_lors_du_congr_s_fondateur_en_1948Quoi qu'on en pense, ce mouvement est, depuis ses origines, représenté par des associations liées à la gauche historique, des républicains dreyfusards aux communistes et "anti-impérialistes". Leur credo fut certes philosophico-politique, participant nettement du recul des idées racistes ou des préjugés hérités des XIXe et premier XXe siècles. Mais leur point commun fut aussi leur volonté de lutter contre les entorses à l'égalité républicaine par le droit, et non par la violence.


malek oussekine
envoyé par aliwada. -

 

Dans la nuit du 5 au 6 décembre 1986, Malek Oussékine était frappé à mort par deux policiers de la brigade des voltigeurs motoportés à Paris, en marge des manifestations lycéennes et étudiantes contre la loi Devaquet du gouvernement RPR dirigé par Jacques Chirac. Le 8 décembre suivant, un million de personnes entamèrent une marche silencieuse à la mémoire de ce jeune Français d'origine algérienne, victime d'une "bavure" policière qui s'apparentait certainement à un "crime raciste", tant l'acharnement sur sa personne, alors qu'il était de santé très fragile, fut violent et gratuit.

Charles_Pasqua_et_Jacques_ChiracMme Yade semblait bien mal connaître l'histoire politique, même récente, de la France. Lorsque Jacques Chirac était Premier ministre de François Mitterrand, avec pour ministre de l'Intérieur Charles Pasqua, un million de Français avaient manifesté en silence leur indignation et leur tristesse face à la mise à mort, par deux policiers, d'un jeune Français d'origine algérienne, Malek Oussékine, souffrant de déficiences rénales et sous dialyse. Tout cela s'inscrivait dans un bras de fer entre les étudiants et le gouvernement de droite, à propos de la loi Devaquet sur les universités, finalement retirée.

La gauche, dans l'opposition, avait condamné fermement la politique policière brutale menée par Charles Robert_PandraudPasqua -un des modèles de M. Sarkozy -, lequel ne présenta jamais ses excuses à la famille du jeune Malek Oussékine. Robert Pandraud, ministre RPR délégué auprès du ministre de l'Intérieur chargé de la sécurité, déclara même à la presse:

"Si j'avais un enfant malade et sous dialyse, je ne le laisserai pas sortir la nuit"...

Fran_ois_Mitterrand_au_chapeauLe président de la République, le socialiste François Mitterrand, se rendit auprès de la famille pour lui faire part de ses condoléances.

Qui manifesta alors? Qui s'indigna à juste titre? Qui osa faire le lien entre l'origine magrhébine de la jeune victime et son tabassage à mort, sinon la gauche et en tête des cortèges, l'association SOS racisme, honnie par la droite?

Et si l'on pouvait parler de récupération politicienne, il y avait eu mort d'homme, crime gratuit commis par des policiers. Rien n'empêchait M. Charles Pasqua d'exprimer au minimum ses regrets, de comprendre la persistance des clichés racistes dans les rangs des forces de l'ordre et de prendre des mesures en conséquence. Il n'en fut rien, tel était le choix politique.

La_tombe_de_Malek_Oussekine

La tombe de Malek Oussékine, victime de la prégnance du racisme dans les rangs des forces de l'ordre et de l'indifférence de certains des plus hauts dirigeants du RPR à cette mort effroyable.

Que Mme Yade révise donc sa copie sur l'histoire de la gauche française. Laquelle n'a aucune leçon à recevoir d'une membre d'un gouvernement qui, sur les questions d'immigration et de modèle de société - tests ADN et statistiques raciales -, fait honte à nombre de républicains, de gauche mais aussi de droite.

CGT_d_fendant_des_travailleurs_sans_papiers

La CGT, syndicat, de gauche, et oui Mme Yade, manifestant pour la régularisation des sans-papiers exploités en toute illégalité par des entreprises capitalistes, ici une chaîne de restauration...

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Aujourd'hui choquée qu'on parle d'elle en termes ethniques, au sujet d'une élection, Rama Yade semble avoir changé de point de vue sur la question...

 

Le modèle qu'elle encensait, c'est peut-être pour les autres, mais pas pour elle... Et la République qui ne reconnaissait selon elle pas les races par "cécité" ne lui déplaît plus tant que ça...

 

C'est en fait cette République, trahie par une certaine gauche libertaire-libérale, qu'a toujoursMa_plus_belle_histoire_c_est_vous_de_S_gol_ne_Royal défendue, voulue réhabiliter pour enfin la réaliser, l'adversaire politique de Nicolas Sarkozy, la socialiste Ségolène Royal. Elle écrit à ce propos, dans Ma Plus belle histoire d'amour, fin 2007 :

 

"Je veux une France de l'égalité de traitement, où la justice n'est pas à géométrie variable. Je veux une République du respect où les lois sont toutes les mêmes pour tous et s'appliquent à tous (...).

 

[...]

 

La France présidente, c'est la France qui sait que tout se tient : [...] la bataille pour le droit au logement, le soutien aux familles fragilisées, la fin des exlusions scolaires et des discriminations qui font injure à la République.

 

[...]

 

Je ne confonds pas la nation avec le nationalisme et cela m'a permis d'ailleurs d'appeler les Français à comprendre la nation telle qu'elle était devenue, d'avoir le courage de se regarder tels qu'ils sont, en se disant que c'est une chance, cette diversité, cette France colorée - j'ai même parlé de France métissée."

 

Tandis que Nicolas Sarkozy aura passé sa carrière de ministre à racialiser ou à ethniciser les problèmes sociaux et sociétaux, dans un sens xénophobe puis dans un autre, Ségolène Royal aura eu le courage politique, de mettre sur le devant de la scène la réalité des discriminations raciales et xénophobes, pour, tâche bien plus dure, les resocialiser et mieux les combattre.

 

L'enjeu est de taille... L'éclatement identitaire et le rejet d'un côté, l'unité dans la pluralité fraternelle de l'autre.

 

Rama Yade, clarifiez donc un tant soit peu vos idées...

Posté par JR Levy-Cochaud à 22:02 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

08 septembre 2014

De la croissance à la "créa-sens" verte : Royal pour la social-écologie!

(Attention: ce billet date de 2010, le contexte français a déjà changé et Ségolène Royal est aujourd'hui numéro 3 du gouvernement traitant précisément du sujet développé ici!)

Sociaux-démocrates-libéraux et ultra-néo-libéraux partagent une même idée, pourtant périmée : celle que la croissance économique à tout prix résoudra tous les problèmes du monde...

Ainsi d'un Jospin estimant lorsqu'il était Premier ministre, alors que l'on changeait de millénaire, que la relance de la croissance économique entraînerait la création d'emplois et, comme par magie, résoudrait les questions hautement politiques de la cohésion nationale, du vivre-ensemble harmonieux, de l'insécurité etc.

Il n'en fut rien, on le sait... Ségolène Royal, prônant une révolution socialiste et donc, selon la formule de Jaurès, "la démocratie jusqu'au bout", renverse la vapeur ! C'est avec un Etat Préventif puissant, des services publics au plus près des citoyennes et citoyens, des habitants de France, des forces vives de la nation qu'il faudra inventer une croissance intelligente, ce que l'on pourrait appeler une "créa-sens" !

GILBERT RIST

"La critique du développement est plus que jamais d'actualité et elle doit s'exercer d'abord dans le champ de la théorie économique. [...]

Il existe [...] des pratiques sociales qui échappent à la théorie économique, laquelle prétend pourtant expliquer l'ensemble des comportements humains. [...]

Si l'idée du développement subsiste encore aujourd'hui, c'est parce qu'elle symbolise, pour certains, un idéal de justice et d'équité. Croyance respectable. Ceux qui la partagent encore, sans se rendre compte des dégâts qu'elle peut entraîner, devraient pourtant se rendre compte qu'elle n'a rien à voir avec la lutte contre la pauvreté aujourd'hui proposée."

Le_d_veloppement__Histoire_d_une_croyance_occidentale_de_Gilbert_RistGilbert Rist,

Le développement,

Histoire d'une croyance occidentale

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SEGOLENE ROYAL

"Je pense que le social et l'écologie peuvent sauver l'économie. Avec un nouveau rapport de forces à imposer. [...] La défiance, la méfiance, la non-reconnaissance des savoir-faire, l'achaïsme du management, le manque de transparence et donc l'incapacité à fédérer toutes les énergies pour anticiper, provoquent inefficacité économique, tensions et délocalisations sauvages. [...]

La gauche économique ou gestionnaire des années 90, elle, s'adapte à la profonde transformation de l'intervention de l'Etat dans l'économique et le social. Transformation qui signifie d'abord libéralisation, c'est-à-dire perte des outils de contrôle sur les prix et les salaires (hormis le SMIC), moindre efficacité des politiques keynésiennes dans une économie globalisée, crise profonde des finances publiques et sociales, sans parler bien sûr d'une politique monétaire décidée ailleurs [...].

Pour repenser [la croissance, les services publics et la protection sociale], il faut se mettre en tête que la lutte contre les inégalités se fait à la racine, avant même que les injustices ne verrouillent les destins. Cette idée d'un Etat préventif, qui intervient et investit prioritairement avant, plutôt qu'après, on peut la décliner dans bien des domaines."

Si_la_gauche_veut_des_id_es_de_S_gol_ne_Royal_et_Alain_TouraineSégolène Royal,

in Ségolène Royal, Alain Touraine,

Si la gauche veut des idées

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Tandis que le soir de l'élection présidentielle de 2007, le soir de la victoire de la nouvelle droite antirépublicaine de Nicolas Sarkozy et de la ploutocratie de Neuilly-sur-Seine, Dominique Strauss-Kahn se lamentait de ce que la "révolution sociale-démocrate" du socialisme français n'avait pas eu lieu (sic), tandis que Martine Aubry, en 2008, partageait l'idée d'une taxe carbone - une "écologie punitive" en fait - qui intervient après la production industrielle de voitures polluantes, imposée à tous sans disctinction de revenus, alors que Pierre Moscovici concocte encore aujourd'hui un programme "social-démocrate" pour le PS de 2012, Ségolène Royal a bien compris que tout cela n'était qu'archaïsme, vieille vision économiste de la société, compromission du socialisme avec le libéralisme...

Ségolène Royal, elle, prône une double révolution politique avec une participation active aux décisions publiques d'un plus grand nombre de citoyens et l'érection d'une puissance publique forte mais préventive, agissant en amont sur les choix économiques nationaux, européens voire mondiaux.

Tandis que la vision sociale-démocrate-libérale pose qu'il faut seulement "réguler" l'économique et réparer ses dégâts humains et sociaux "après coup", le ségolénisme promeut une intervention préventive de l'Etat afin de remettre l'économie à sa juste place, au service de l'humain et non l'inverse.

Comme le dit Rist, dans Le développement, Une croyance occidentale :

"il s'agit de considérer d'abord les réalités Le_d_veloppement__Histoire_d_une_croyance_occidentale_de_Gilbert_Ristsociales au lieu de propager, notamment dans les universités, des théories - parfois vieilles de plus de deux siècles - qui ne les expliquent pas, ou qui, sous prétexte de la faire, les ramènent à des schémas qui les travestissent".

Renversement de la pensée économique...

La moralisation du capitalisme, Ségolène Royal s'en moquait et affirmait ne pas y croire dès 1995, rejetant même le slogan d'"entreprise citoyenne".


Segolene Royal sur Europe1 [26/03/2009]
envoyé par segolene-royal-videos. - L'actualité du moment en vidéo.

Deux exemples peuvent être cités, très concrètement, à l'appui de cette révolution démocratique de l'économie :

  • Ségolène Royal, dès l'annonce de l'invention de la taxe carbone, sous l'égide de M. Michel Rocard, voulue par Nicolas Sarkozy et applaudie par les Verts comme par Martine Aubry, condamna vivement ce nouvel impôt, évoquant une "écologie punitive".

Au lieu de "laisser-faire" la production massive de véhicules polluants pour en taxer sans disctinction les conducteurs après coup, Ségolène Royal en appelait au lancement, par un Etat préventif, stratège, anticipateur et accompagnateur du tissu productif national, d'une politique de production de véhicules non polluants. De 1992 comme ministre de l'Environnement de François Mitterrand à la reconversion de l'usine Heuliez en société de production de voiture électrique, elle ne varia pas de discours...


En avance en 92
envoyé par Joonatan2003. - L'info internationale vidéo.

PPPPPPPPPP


Ségolène Royal: voiture ecolo et croissance verte
envoyé par segolene-royal. - Regardez les dernières vidéos d'actu.

Telle serait une déclinaison du passage de la croissance à la créa-sens, le passage d'une économie de court terme, financiarisée de surcroît, non contrôlée à une économie orientée dès le départ, par la puissance publique et citoyenne vers une production intelligente, prenant en compte l'après-pétrole, le souci de la survie de la planète Terre comme de la salubrité de ses territoires envahis par les voitures polluantes.

  • Le 27 novembre 2010, devant les Jeunes socialistes, Ségolène Royal a condamné l'inertie des gouvernements Sarkozy s'agissant de la lutte contre le sida mais aussi relativement à l'explosion des grossesses non désirées parmi les jeunes femmes, le tout dans un contexte de ruine des associations de prévention de Santé, du planning familial bien entendu. Ségolène Royal, dans ce climat de recul de l'Etat voulu par la droite sarkozyste, promeuvait le Pass' Contraception, inventé dans sa Région et repris par d'autres. Pass' permettant aux jeunes filles d'accéder à des examens de santé et des consultations gratuites relativement au dépistage de maladies, dont le sida, à des informations sur l'IVG et les moyens d'éviter une grossesse non désirée, aboutissant à des avortements malheureux ou à des catastrophes familiales couteuses à tous points de vue. Le tout à rebours de la privatisation de notre système de santé publique entamée avec les franchises médicales et la fermeture des hôpitaux...

Voici une seconde illustration de ce que pourrait être l'action, dans le domaine de la Santé, d'un Etat préventif...


Ségolène Royal au Grand Journal de Canal+
envoyé par segolene-royal. - L'info internationale vidéo.

Révolution démocratique, étatique et économique, où chaque pôle reprend sa juste place, rupture avec la social-démocratie "périmée", dixit Ségolène Royal ou "contaminée" par le néolibéralisme selon Jacques Julliard...

Sur un sujet qui a conditionné les trois dernières défaites aux Présidentielles de la gauche, la sécurité, la paix civile, c'est évidemment un Etat préventif fort, refusant l'emprisonnement illico presto, aggravé par les peines-planchers de Rachida Dati, des jeunes délinquants, s'attaquant à la racine de la spirale de l'hyper-violence et proposant des alternatives fermes à la prison, qui pourrait agir avec efficacité et humanité...


Ségolène Royal invitée de Midi, Antenne 2
envoyé par Mau04. - L'info video en direct.

Bref, le progrès, la croissance de biens de consom-munication générateurs de violence qui tous deux avancent sous le masque de l'épanouissement, de la jouissance ou de la société du care, proposée par Martine Aubry, doivent être repensés. La caricature qu'en a, avec son incroyable talent, créée le rappeur Sam Tach' est croustillante et à méditer, les paroles comme le clip vidéo en sont d'une profondeur rare !

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Que la prise de conscience des dégâts humains, sociaux, de civilisation à tous les niveaux sur notre planète, de ce mythique "progrès" synonyme de "croissance économique" s'accélère !

Mais surtout qu'elle ne débouche pas sur d'aporétiques propositions comme la "décroissance" qui n'est que la face dialectique de ce qu'elle conteste. La croissance doit, en amont, comprendre le bien commun comme le souci de l'Environnement!

La "créa-sens", remettant l'économique à sa place, sous la République et la démocratie, tel est peut-être un enjeu de civilisation à enfin comprendre.

En 2012, au sein de la gauche et au sein du parti socialiste, chacun devra clarifier sa position sur ces thèmes. Ou bien tout continue comme avant, ou bien l'on ose rompre avec un archaïsme source d'un "désordre" par définition "injuste"...

Il ne faudra jamais oublier que Martine Aubry aura étouffé la proposition de Ségolène Royal de donner suite politique au mouvement populaire contre la destruction de la retraite par répartition, par un référendum d'initiative populaire. Décidant, en bonne vieille sociale-démocrate, que les syndicats, et surtout les manifestants, devaient lutter seuls... Sachant très bien que le très thatchérien Nicolas Sarkozy ne prendrait jamais en compte aucune manifestation...

A bon entendeur...

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11 novembre 2013

Du "courage", vite. Les réformes structurelles n'attendront pas, le peuple non plus. Ségolène Royal, Bonnets rouges et New Deal.

Depuis 2008, les peuples du Sud de l'Europe se soulèvent contre la crise et l'austérité commandée contre eux par le FMI et la Commission européenne. Ce Fonds monétaire international aujourd'hui dirigé par Christine Lagarde, dont la nomination avait été soutenue par Martine Aubry et François Hollande, contre l'avis de Ségolène Royal qui soutenait une candidature altermondialiste. On se félicitait jusqu'ici, au pays de Robespierre, de la quiétude du peuple de France.

Emeutes_populaires_en_Europe_contre_l_aust_rit_

Les structures survivantes de l'Etat-Providence, l'action des collectivités locales, les restes du Conseil National de la Résistance, les solidarités invisibles - ces dons et contre-dons intra-familiaux qu'a longuement analysés Ségolène Royal dans Le Printemps des grands-parents, les aides communautaires ou amicales, le travail des associations caritatives, les maigres acquis du droit du travail : tout cela semblait comme pallier l'avancée d'une crise globale de la France. 

En 2012 arrivait la gauche au pouvoir, après une élection serrée qui avait vu le Front national de Marine Le Pen encore progresser. Les archontes et jeunes pousses de profession sociaux-démocrates de se féliciter de l'alternance, de l'apaisement des moeurs politiques, après 5 ans de violence sarkozyste. De se satisfaire légitimement des promesses du nouveau Président élu : François Hollande.

L'une d'elles cependant devait vite tomber dans le ruisseau. Cruciale. La renégociation du Traité européen Merkel-Sarkozy, imposant une politique d'austérité, de réduction des dépenses publiques, paralysant toute velléité politique de relance économique - l'ajout du Pacte de croissance paraît à beaucoup anodin. Les avertissements de certains élus de gauche, socialistes minoritaires, des communistes ou du Parti de Gauche étaient raillés et ce renoncement aux conséquences sociales dramatiques n'intéressait pas le "monde médiatique".

Depuis 1 an, les "bâtons flottants de l'actualité" - du mariage pour tous à l'affaire dite Leonarda, en passant par le scandale Cahuzac, la guéguerre Valls-Taubira ou encore les débats sur le racisme ou non de la famille Le Pen -, dissimulent une situation sociale explosive.

C'est en cela que la fronde bretonne contre une nouvelle taxe dite écologique - avatar de la sarkozienne taxe carbone - doit être bien comprise, comme l'a fait Ségolène Royal le 10 novembre dans Le Supplénent de Canal +. Elle n'est qu'une flammèche de la fureur populaire généralisée contre une hausse des impôts concomitante d'un effondrement de nos systèmes publics nationaux, qu'ils sont censés abonder. Inflation fiscale concomitante d'une paralysie de notre économie, d'une cacophonie inouïe jusqu'au sein même du bureau de la Présidence de la République, d'un aveuglement journalistique insupportable.

Où sont les réformes structurelles qui pourraient donner du sens à l'action publique, à la levée des impôts, à l'acquiescement des Français aux efforts dits nécessaires?

Ségolène Royal regrettait que les décisions relatives au mariage pour tous, à la fiscalité, à l'encadrement des salaires des grands patrons, etc. n'aient pas été prises, même par décrets, dès l'arrivée de la gauche au pouvoir. Elle énumère sans relâche ces mesures urgentes à prendre tant la France s'enfonce dans le déclin :

  • accompagnement de la mutation écologique, "collaborative", solidaire et cybernétique de notre économie

  • renouvellement de la classe politique et participation citoyenne - le non-cumul des mandats, ça doit être maintenant

  • création d'un autre modèle social européen avec pour horizon des Etats-Unis d'Europe.

S'agissant de la révolte des "Bonnets rouges", il faut - après avoir condamné les débordements - relire Hannah Arendt et son Essai sur la violence, plutôt que de prendre panique. Car "c'est seulement au cas où l'on a de bonnes raisons de croire que [les conditions sociales inacceptables] peuvent être changées, et qu'elles ne le sont pas, que la fureur éclate". Au gouvernement et au Président, à tous nos élus et aussi à l'opposition de comprendre la fureur qui s'exprime.

Du_mensonge___la_violence_de_Hannah_Arendt

La France présente un taux de prélèvement obligatoire des plus élevés lorsque ses services publics nationaux primordiaux, l'Ecole et la Santé, n'ont plus les moyens de répondre aux besoins des contributeurs - la situation des Urgences, des hôpitaux publics, de l'école est préoccupante comme nulle part ailleurs en Europe. Les PME, gages d'emplois non délocalisables et d'innovation, 3 fois moins nombreuses qu'en Italie, 5 fois moins qu'en Allemagne, à l'image d'Heuliez, que Ségolène Royal accompagne depuis tant d'années, ne sont pas encouragées par le pouvoir.

La situation est grave et si la révolte ne signifie pas la fin de tout espoir, elle demande du courage, de l'audace et des réponses énergiques de la part des responsables politiques et économiques. De tout l'échiquier politique républicain comme de toute la société civile.

Dans son dernier ouvrage, Cette belle idée du courage, Ségolène Royal évoque longuement le Président Roosevelt et son courage à faire face à la Grande Dépression des années 1930 aux Etats-Unis d'Amérique. Et d'y puiser du sens pour maintenant :

"Le courage de Roosevelt fut de comprendre que les grands dangers exigent de grands moyens.

L'actualité de Roosevelt tient, pour moi, tout entière, dans ce parti pris [de la relance].

Je crois à la nécessité d'un New Deal à la hauteur de la crise globale dans laquelle les pays d'Europe s'enlisent [...]. N'en déplaisent aux "austériens"."

Cette_belle_id_e_du_courage_de_S_gol_ne_Royal

L'alternance, c'est fait.

Le courage, c'est pour quand?